La minoune libérale

L’anémie qui caractérise le Parti libéral du Québec en ce début de campagne ne date pas d’hier. En 2016, le président de la Commission politique, Jérôme Turcotte, qui s’est retrouvé quatre ans plus tard au cabinet de Dominique Anglade, avait présenté à la direction du parti un rapport qui en dressait un portrait alarmant.

« À l’heure actuelle, plusieurs militants, dont moi-même, ont le sentiment que le PLQ est de plus en plus en train de devenir une marque de commerce servant à faire élire une aile parlementaire, qui a délaissé le militantisme et est de moins en moins un réel parti ancré dans une participation citoyenne active », constatait-il.

Pourtant, le chef du parti et premier ministre à l’époque, Philippe Couillard, avait eu la prétention de redonner au PLQ sa vitalité d’antan. Il reprochait à son prédécesseur, Jean Charest, de l’avoir laissé s’étioler et de l’avoir réduit à une simple machine à ramasser de l’argent et à faire élire des députés.

Dans un document d’orientation qu’il avait présenté à l’exécutif du parti en 2013, alors qu’il était candidat à la chefferie, il écrivait : « Le Parti libéral appartient à ses membres. Le personnel politique et le personnel du parti ne sont pas là pour diriger les membres et les instances du parti. Ils sont là pour les servir. » Il entendait aussi en refaire l’instrument de réflexion qui avait jadis inspiré la Révolution tranquille.

Les bonnes résolutions du futur chef se sont envolées rapidement. Deux ans après que M. Couillard soit devenu premier ministre, Jérôme Turcotte constatait plutôt une baisse dramatique du nombre de membres, une déconnexion des députés de la base militante, un contrôle excessif du bureau du premier ministre, etc. La personnalité et la conception du pouvoir de M. Couillard s’accordaient mal avec l’animation d’un parti politique.

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Depuis le début de la présente campagne, on a noté la faible participation aux rassemblements de Dominique Anglade, mais c’était déjà le cas en 2018. On était très loin des démonstrations de force auxquelles les libéraux nous avaient habitués dans le passé.

Le resserrement de la Loi sur le financement des partis politiques a éliminé les levées de fonds massives qui avaient entraîné les abus constatés par la commission Charbonneau, mais la règle est la même pour tous, et le PLQ est aujourd’hui celui dont les membres contribuent le moins, au point où il a dû hypothéquer deux immeubles lui appartenant pour être en mesure de financer sa campagne. Après avoir roulé en Cadillac pendant des années, les libéraux doivent se contenter d’une minoune.

En janvier, quand le PLQ a lancé un appel aux candidatures sur son site Internet, Mme Anglade s’était bien défendue d’avoir du mal à recruter. « Il y a des centaines de personnes qui se sont manifestées », avait-elle assuré. Pourtant, même dans une circonscription au passé libéral aussi glorieux que Jean-Talon, elle a dû demander à un membre de son personnel de se porter volontaire. Où prendra-t-elle ceux et celles qui manquent encore ou qui commencent à se désister ?

Il est vrai que les sondages ne sont pas de nature à encourager les candidatures, particulièrement dans les comtés francophones, où il devient presque gênant de défendre les couleurs libérales, mais les projections sont encore plus sombres pour le PQ, qui a pourtant réussi à pourvoir les 125 circonscriptions.

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La période d’intérim qui a suivi le départ de Philippe Couillard et la mise sur pause des activités partisanes imposée par la pandémie n’ont pu qu’aggraver les problèmes constatés par Jérôme Turcotte, mais l’arrivée de Mme Anglade, élue cheffe par défaut, n’a pas amélioré les choses. Au printemps 2020, son équipe avait songé à poursuivre le parti en justice si le calendrier de la course à la chefferie était modifié en raison des contraintes sanitaires. Rien pour détendre l’atmosphère.

Deux ans plus tard, elle souffre toujours d’un déficit de notoriété. Au congrès de novembre dernier, on avait même cru nécessaire de simuler une entrevue intimiste animée par Alexandra Diaz pour faire connaître la cheffe à ses propres militants.

Si on en croit le dernier sondage Léger, elle ne fait pas meilleure impression sur l’électorat libéral. Des quatre chefs des partis d’opposition, elle est celle dont les électeurs sont les moins nombreux à la juger la plus apte à occuper les fonctions de premier ministre ou de chef de l’Opposition officielle.

Il n’y a rien de plus éprouvant pour un chef de parti en campagne que de devoir répondre quotidiennement, tout en gardant le sourire, aux questions sur des problèmes d’organisation qui occultent son message, mais on ne peut pas récolter ce qu’on a négligé de semer.

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