Et la peur de la récession?

Le recentrage des préoccupations de l’inflation vers la récession, observé sur les marchés financiers, ne transpire pas dans les plus récentes enquêtes menées auprès des entreprises et des consommateurs. Les deux groupes s’attendent à une inflation élevée persistante et à une activité économique soutenue. Ce qui n’empêche pas une montée de l’incertitude.

Les perspectives inflationnistes demeurent haussières, et ce, sur un horizon d’un an et de deux ans, pour atteindre un nouveau sommet historique. Dans l’Enquête sur les attentes des consommateurs au deuxième trimestre de 2022 de la Banque du Canada, menée du 28 avril au 13 mai avec des entrevues de suivi en juin, ils sont nombreux à entrevoir la continuité d’une forte montée du prix des dépenses essentielles tels les aliments, l’essence et les loyers. « La perception répandue est que l’inflation est désormais plus généralisée qu’auparavant. »

Les répondants attribuent la responsabilité de ce dérapage inflationniste aux problèmes de chaîne d’approvisionnement, à la pandémie de COVID-19 et aux dépenses publiques élevées avec, en toile de fond, la guerre en Ukraine. Et ils ne s’attendent pas à ce que ces problèmes se règlent de sitôt.

De plus, la confiance baisse quant à la progression des salaires et aux conditions sur le marché du crédit. Les travailleurs ne croient pas que les hausses salariales vont suivre l’inflation. À cette érosion du pouvoir d’achat s’ajoute un indicateur de confiance relatif aux conditions de crédit également sous la moyenne historique, sous l’impulsion de la remontée des taux d’intérêt. Les consommateurs entrevoient un accès au crédit plus difficile et une probabilité accrue de ne pas pouvoir rembourser leurs dettes, peut-on lire.

Ce qui ne les empêche pas de prévoir dépenser davantage au cours des 12 prochains mois, une croissance alimentée par l’épargne excédentaire accumulée lors de la pandémie. « Comme au premier trimestre de 2022, ils ont l’intention de dépenser environ le quart de ce surplus au cours de 2022 et 2023. » Cela dit, l’inflation fera son oeuvre avec un volume d’achats attendu en baisse sous l’effet d’une augmentation des prix supérieure à celle des dépenses. « Résultat : ils en auront moins pour leur argent. »

Les consommateurs manifestent toutefois une forte confiance, au-delà de la moyenne historique, à l’égard des conditions du marché du travail et de la conjoncture économique en général. La hausse du coût de la vie vient toutefois influer sur les arbitrages. Parmi les répondants âgés de 18 à 54 ans qui ne composent pas la population active, environ la moitié se mettraient à la recherche d’un emploi si les salaires étaient meilleurs. De leur côté, « des travailleurs bientôt en âge de prendre leur retraite ont précisé que le haut niveau d’inflation pourrait les forcer à continuer de travailler plus longtemps, car ils s’inquiètent que leur pension ne suive pas l’augmentation du coût de la vie ».

En réponse à l’inflation élevée, plus de la moitié du groupede répondants hors population active ont dit qu’ils envisageraient de chercher un emploi s’ils avaient la possibilité de télétravailler ou d’avoir des modalités de travail flexibles.

Et les entreprises ?

La Banque du Canada a également publié son Enquête sur les perspectives des entreprises, deuxième trimestre 2022, menée entre le 9 et le 27 mai. Il en ressort que les pressions sur la capacité de production sont appelées à demeurer élevées, avec des entreprises s’attendant à des augmentations plus rapides des salaires et des prix des intrants et des extrants. Toutefois, l’amélioration des indicateurs de ventes « laisse entrevoir une progression continue des ventes dans l’avenir, renforçant leurs intentions d’investir davantage et d’embaucher ».

On observe que l’incertitude face à la conjoncture économique apparaît comme étant un « thème émergent » dans cette édition de l’Enquête. « Pour la plupart des entreprises, cette incertitude fait planer des risques sur leurs perspectives, mais elle n’a pas encore d’incidence sur leurs activités ou leurs attentes à l’égard des ventes. »

Il est évoqué un ralentissement des ventes, qui surviendrait après un fort rebond associé à la fin des restrictions et des mesures de confinement. Cependant, « ce ralentissement tiendrait en grande partie à une évolution de la demande vers des conditions normales ». Les entreprises consultées entrevoient tout de même une forte croissance, se référant à l’amélioration de leurs carnets de commandes et à une demande de renseignements accrue de clientscanadiens et étrangers. Et si elles admettent que la pénurie de main-d’oeuvre pèsera sur cette croissance, la pression sur la capacité de production « laisse supposer la présence d’une demande excédentaire au sein de l’économie, en raison d’une croissance soutenue de la demande conjuguée à des conditions difficiles du côté de l’offre ».

Reste la pression sur les coûts. Le prix des intrants et des extrants a déjà connu une hausse plutôt remarquée au cours des 12 derniers mois, et ce n’est pas fini. De nombreuses entreprises estiment encore que ces prix vont augmenter de manière importante et à un rythme plus rapide. Les principales causes seraient une facture plus salée en matière de sous-traitance, d’assurances, de loyers et de taux d’intérêt, les problèmes d’approvisionnement et les hausses salariales.

Et la peur d’une récession dans tout cela ?

 

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