Résister à la tentation des prédictions

Commençons par une confession : j’accorde une grande place au développement personnel. Je suis une adepte convaincue de ce type de lectures, et je participe régulièrement à des séances d’accompagnement professionnel et à des formations. Parmi les grands principes que j’ai pu y acquérir, je chéris spécialement celui d’être maître de sa vie en choisissant les bonnes
pensées, les bonnes paroles, les bons actes.

Face à une situation inconfortable, je m’efforce donc de passer rapidement du rôle de victime à celui de personne en action.

Cette approche est moins anodine qu’il n’y paraît.

Avec la baisse des marchés observée depuis le début de l’année, énoncer ce principe nous amène à réfléchir ensemble à la tentation — très grande en cette période d’incertitude — de prédire la suite pour synchroniser nos investissements avec l’air du temps. 

La firme Dalbar, qui publie depuis 1994 son rapport QAIB (Quantitative Analysis of Investor Behavior), nous fournit toutefois de nombreuses preuves que l’investisseur est souvent lui-même son pire
ennemi.

Une de ses conclusions est récurrente : les investisseurs moyens sont incapables de battre l’indice S&P 500. Cela s’explique entre autres par le fait que leurs choix sont erronés 50 % du temps pendant les baisses de marché.

La peur et l’ego apparaissent donc comme de bien piètres conseillers, et il ne faut surtout pas sous-estimer l’influence de ces dimensions psychologiques lorsque vient le temps de prendre des décisions en matière de placements.

Par ailleurs, en théorie, la stratégie parfaite d’investissement consiste à vendre lorsque les titres sont d’une valeur élevée (tout juste avant leur baisse) et à acheter lorsque les marchés sont au plus bas (tout juste avant que ceux-ci ne
remontent).

Mais en pratique, cette stratégie est presque impossible à mettre en place — ces conjonctures favorables sont très difficiles à déceler, que vous soyez dans votre salon ou que vous ayez les deux pieds sur le parquet de Wall Street.

Cet état de fait explique pourquoi votre conseiller financier répète sans doute qu’il faut résister à la tentation de vendre lorsque les marchés vont mal : non seulement ce choix cristallise votre perte, mais il vous place dans une situation vous forçant à prédire le meilleur moment pour réinvestir le marché.

Sachant que même les indicateurs économiques ne sont pas la meilleure source d’information — les marchés boursiers rebondissent généralement avant la reprise en tant que telle —, comment déterminerez-vous le bon moment ? À plus forte raison si la reprise se fait de façon rapide. Vous manquerez alors les meilleures journées de rendement. Et cela pourrait s’avérer très
coûteux.

En effet, en analysant le rendement de l’indice S&P 500 entre janvier 1986 et décembre 2021, selon des données recueillies par l’entreprise Refinitiv, on constate qu’un investissement initial de 10 000 $ aurait une valeur de plus de 188 000 $ s’il est investi sans interruption, alors qu’il ne serait que de 26 384 $ sans les 40 meilleures journées. N’y a-t-il donc rien à faire pour être proactif devant un contexte de marché aussi déprimant ? Voici quelques pistes de réflexion qui s’appliqueront peut-être à votre
situation.

Réalisation volontaire d’une perte en capital Dans un compte de placement non enregistré, tant détenu personnellement que par votre société, la vente d’un titre dont le coût fiscal est inférieur à celui du marché déclenche une perte en capital, laquelle peut être appliquée contre un gain en capital. La stratégie consiste ici à déclencher volontairement cette perte en rachetant un titre similaire.

Sinon, gare aux pertes apparentes. Les marchés baissiers représentent parfois une bonne occasion de vous départir de certains titres, mais vous devez être accompagné de vos conseillers fiscaux pour mettre cette mesure en œuvre.

 

Investir avec l’achat périodique de titres Vous continuez à investir avec une vision à long terme en diminuant votre exposition à la volatilité des marchés par rapport à un investissement unique. Bien qu’il puisse réduire le gain potentiel, l’étalement alors possible du coût représente, bien sûr, une excellente protection face au risque.

Recours temporaire au crédit Si vous êtes à la retraite et en décaissement, vous pourriez ne retirer que les montants minimums de votre fonds enregistré de revenu de retraite (FERR), s’il y a lieu, et financer temporairement le coût de la vie grâce à votre marge de crédit hypothécaire (plutôt que d’encaisser des pertes dans vos placements). Cette stratégie est encore plus utile si vous avez besoin d’importantes sommes. Ce n’est pas le temps de payer vos voitures et vos travaux de rénovation en liquidités ; le recours temporaire au financement doit être envisagé dans certaines situations. Avec la hausse des taux en cours, il s’agit, bien entendu, d’une décision dont la pertinence est unique à chacun.

Limiter votre retrait RAP Vous placez de l’argent depuis deux ans en vue d’acquérir une première résidence ? Vous auriez peut-être intérêt à maintenir les sommes dans votre portefeuille de régime enregistré d’épargne-retraite (REER) et à ne fournir que la mise de fonds minimale requise pour le financement, surtout si vous avez joué d’audace et investi le marché avec un horizon de placement à court terme !

Les taux des prêts assurés sont parfois plus bas que ceux des prêts non assurés, et vous aurez du temps pour retrouver votre capital. Sortez vos calculettes et recourez aux conseils de votre courtier
hypothécaire.

 

Que vous soyez accompagné par un conseiller ou un investisseur autonome, votre désir d’être maître de votre vie ne doit pas vous faire oublier que demeurer investi a, dans le passé, prouvé sa rentabilité
accrue !

 

À voir en vidéo