Huawei Canada n’a pas dit son dernier mot

Huawei n’est pas près de quitter le pays. C’est à la fois une bonne et une moins bonne nouvelle. La marque chinoise et son système mobile Harmony OS pourraient représenter dans le marché de la mobilité nord-américain la troisième option, après l’iPhone et les téléphones Android, tant souhaitée par de nombreux consommateurs qui aimeraient se tenir loin d’Apple et de Google.

Le Canada a interdit à la mi-mai à l’équipementier chinois de participer à l’érection de l’infrastructure 5G nationale, comme l’ont fait avant lui les États-Unis et des pays européens. Or, pour en savoir plus sur son avenir au Canada, Huawei suggère depuis de regarder du côté de l’Europe, où la marque continue malgré tout d’être présente.

Évidemment, l’entreprise chinoise va adapter ses activités au Canada pour se conformer au cadre légal qui lui sera imposé. Huawei Canada ne sera plus un équipementier qui vendra son matériel à Bell, à Telus et à autres. Il se convertira en fabricant d’appareils connectés comme des téléphones, des ordinateurs personnels, etc. En Europe, la marque vend aussi d’énormes téléviseurs et différents accessoires connectés pour la maison.

William Tian, le grand dirigeant de Huawei en Europe, confiait à des médias français, au moment même où François-Philippe Champagne et Marco Mendicino confirmaient le bannissement dans la 5G canadienne de Huawei, que le fabricant chinois allait continuer à mettre en marché de nouveaux téléphones tout au long de l’année à venir. Le dirigeant chinois a, dans la foulée, mentionné le Mate Xs 2, un téléphone à écran pliable qui aurait dû, s’il n’avait perdu les services de Google dans la foulée d’une décision du gouvernement américain, en découdre sur le marché nord-américain avec les appareils pliables du groupe coréen Samsung.

William Tian a aussi tenu à rappeler que Huawei investissait 20 % de son chiffre d’affaires dans la recherche et le développement de nouvelles technologies qui se retrouveront pour la plupart dans ses futurs produits mobiles.

De retour en 2023

 

Malgré la chute des revenus de Huawei provoquée par son expulsion des infrastructures 5G de nombreux pays, son investissement en R-D représente encore aujourd’hui une somme importante. Huawei continue de vendre ses appareils mobiles par millions, en Asie surtout. Depuis que Google a cessé de lui fournir sa propre version du système Android, y compris sa boutique d’applications Play Store, Huawei a dû créer son propre dérivé d’Android appelé Harmony OS.

Selon Huawei, on compte aujourd’hui 150 millions d’appareils actifs dans le monde qui sont animés par Harmony OS, qui pourrait être qualifié du système Android chinois. Dans la foulée, Huawei a fait comme Google et Apple font depuis des années, et a imité les autres services mobiles de ses principaux concurrents : Huawei Music, Huawei Wallet et les autres sont en train de s’imposer en Chine et en Europe.

Au Canada, Huawei vend, pour le moment, trois modèles de sans-fil : le P30, le P40 et le P40 Pro. Ces appareils sont tous vieux d’un an ou plus, une éternité dans un marché où les fabricants renouvellent leur catalogue tous les six mois. Et pourtant, le P40 et le P40 Pro n’ont aucun complexe face aux téléphones Android les plus récents signés Google ou Samsung. Il ne manque que quelques services connectés (comme le paiement mobile sans contact) pour qu’ils offrent le même niveau d’expérience à l’utilisateur.

Huawei est donc en train de bâtir sa propre plateforme mobile là où ses produits sont encore demandés. Des porte-parole de l’entreprise croisés à l’occasion du Mobile World Congress à Barcelone au début mars prévoyaient déjà un retour de ses produits mobiles au Canada au plus tard en 2023. C’est d’ailleurs la date qu’avance le président de sa filiale européenne quand on lui demande la date où il voit Huawei repartir à l’offensive dans la 5G. Seule différence : ce ne sera pas une offensive du côté interentreprises, mais du côté des consommateurs.

La (fameuse) troisième voie

 

Le positionnement de Huawei dans le marché du sans-fil canadien sera simple : nous sommes la seule marque capable de réellement provoquer de l’innovation. Huawei veut jouer les trouble-fête là où Apple et Google semblent satisfaits d’offrir sensiblement la même expérience mobile, malgré des écosystèmes logiciels rivaux : des appareils photo plus performants, une interaction plus intuitive entre son téléphone, son ordinateur personnel et ses autres appareils connectés, ainsi de suite.

Cette affirmation fera sourciller bien des critiques qui reprochent à Huawei son rôle dans la déconfiture de l’équipementier canadien Nortel au début des années 2000. Des ex-dirigeants de Nortel ont reproché à Huawei par la suite un manque de respect de leur propriété intellectuelle qui lui a permis de créer des produits concurrents à prix moindre.

Huawei n’ira probablement pas si loin dans le marché du sans-fil, mais les fabricants chinois de tous les horizons se gênent beaucoup moins que les fabricants nord-américains ou européens pour s’inspirer généreusement des bonnes idées de leurs rivaux. On pense à des autos de marque chinoise qui pourraient tout aussi bien avoir été dessinées par les designers de Jaguar ou de Buick…

Il suffit de voir les appareils actuellement vendus par Huawei pour comprendre que sa stratégie ne sera pas loin d’être de la même eau : l’interface de Harmony OS est un heureux mélange de ce qui rend les mobiles de Samsung et d’Apple agréables à utiliser.

Et bien des consommateurs qui ne portent pas particulièrement Apple ni Google dans leur cœur risquent d’apprécier cette troisième voie. Ce ne sera pas BlackBerry. Ce ne sera pas non plus Microsoft, toujours incapable de s’imposer dans le sans-fil. Mais ça pourrait bien être Huawei.

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