Écart de revenu homme-femme

L’écart de revenu homme-femme parvenait à rétrécir bon an mal an, largement aidé en cela par les transferts gouvernementaux. Puis la pandémie est venue s’imposer au quotidien.

L’Institut de la statistique du Québec (ISQ) a publié mercredi son analyse sur le revenu et le faible revenu au Québec de 1996 à 2019. Globalement, le revenu médian après impôt était de 32 700 $ pour les particuliers et de 59 800 $ pour les ménages en 2019, contre 20 900 $ et 42 800 $ respectivement 25 ans plus tôt.

Le revenu médian des femmes après impôt était estimé à 29 300 $, comparativement à 36 600 $ pour les hommes, soit un écart de 7300 $, ou 20 %. Il faudrait s’en réjouir, car « cet écart est en nette diminution par rapport à 1996, où il s’élevait à près de 40 % », souligne l’ISQ. Cette évolution n’est toutefois pas sans refléter toute la portée des transferts gouvernementaux et de leur effet d’atténuation. Si l’on exclut du calcul l’impôt et les transferts, le revenu médian dit de marché s’établit à 22 300 $ pour les femmes et à 34 900 $ pour les hommes, soit un écart de 12 600 $, ou 36 %. Pour les ménages, la différence de revenu selon que le principal soutien est une femme ou un homme passe de 17 400 $ avec le revenu après impôt à 21 700 $ avec le revenu du marché, soit un écart de 26 % et de 34 % respectivement.

L’analyse rappelle aussi que les femmes restent plus représentées dans les tranches inférieures de revenu après impôt, avec une proportion de 22 %, contre 17 % pour les hommes. À l’inverse, seulement 5 % des femmes étaient dans la tranche de revenu supérieure, comparativement à 11 % des hommes.

Et l’ISQ d’ajouter : « L’analyse des statistiques se rapportant au revenu du marché indique que lorsque les transferts et les impôts sont pris en compte, le poids de la tranche de revenu inférieure subit une baisse importante. En 2019, la proportion de femmes dans la première tranche de revenu du marché était de 41 %, comparativement à 30 % pour les hommes, ce qui témoigne de l’incidence des mesures redistributives de la richesse […] »

L’arrivée de la COVID-19 et de ses variants n’a pu que noircir le portrait. Cette pandémie a été plutôt exigeante en matière de conciliation travail-famille et a été particulièrement ressentie dans les secteurs où l’on observe une surreprésentation féminine. D’autant, aussi, que les travailleurs à temps partiel et payés au salaire minimum sont majoritairement des femmes. Selon le bilan d’Emploi Québec qui compare les données de décembre 2021 à celles de février 2020, l’emploi était en hausse de 0,1 % par rapport à son niveau prépandémique. L’accroissement a été observé dans le temps plein (+1,1 %), alors que le temps partiel affichait une baisse de 4,4 %. Il a été mesuré chez les hommes (+0,6 %), tandis que l’emploi des femmes se situe à 0,4 % sous son niveau prépandémique.

Il faut par contre retenir que cette crise sanitaire a généré un effet de richesse. À la fin décembre, les ménages canadiens avaient accumulé une épargne supplémentaire de 277 milliards depuis le début de la pandémie. Cet excédent déborde sur l’ensemble des quintiles de revenus. Les économistes de la Banque Nationale ont calculé que 29,8 % de cette épargne supplémentaire se retrouvait dans la portion supérieure, où les ménages ont un revenu disponible moyen de 183 000 $, et 24,6 %, dans celle des 107 000 $. Les quintiles dits inférieurs revendiquent ainsi près de 46 % de l’épargne excédentaire dégagée lors de la crise sanitaire, soit 19,3 % pour la tranche de revenu disponible moyen des ménages de 80 000 $, 14,7 % pour celle des 58 000 $ et, finalement, 11,6 % pour la tranche des 30 000 $, a-t-on déjà écrit. Or, la valeur de cette épargne supplémentaire n’est pas sans subir l’effet érosif de l’inflation élevée, davantage ressenti dans les quintiles inférieurs. Les économistes de la Nationale citent une étude de la Réserve fédérale de Boston selon laquelle aux États-Unis, la propension marginale à consommer passe de 97 % dans la plus faible portion à 48 % dans le segment supérieur, un écart qui ne serait pas tellement différent au Canada. Et cette tranche la plus faible consacre proportionnellement davantage de ressources à l’alimentation, au logement et aux autres dépenses courantes visant à répondre à des besoins primaires — où l’inflation frappe plus durement — qu’aux services et aux dépenses discrétionnaires.

Quant au volet Faible revenu de l’analyse de l’ISQ, 16 % des ménages se retrouvaient dans cette situation en 2019, selon la mesure de faible revenu et après impôt — la différence avec la Mesure du panier de consommation n’est pas statistiquement significative —, ce niveau se maintenant stable depuis 1996. Chez les particuliers, 11 % étaient en situation de faible revenu, une proportion également stable depuis 1996 qui se mesure tant chez les femmes que chez les hommes.

Par contre, en 2019, le taux de faible revenu des ménages soutenus principalement par une femme était de 21 %, comparativement à 12 % pour ceux soutenus par un homme.

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