Voyages sans restriction

Le gouvernement fédéral prévoit communiquer cette semaine des changements aux mesures sanitaires appliquées aux frontières. Une COVID-19 devenue endémique et le pire d’Omicron derrière nous invitent à l’application de mesures rationnelles et proportionnelles au risque.

Dans une lettre ouverte adressée au premier ministreJustin Trudeau, la Table ronde canadienne du voyage et du tourisme appelle à la fin des restrictions liées à la COVID-19 appliquées aux voyages. « Le Canada entre dans une nouvelle phase de la pandémie de COVID-19, marquée par une vaccination généralisée contre le virus au sein de la population canadienne et un taux d’infections antérieures élevé, ce qui permet désormais à de nombreux médecins hygiénistes de qualifier le virus d’endémique. »

« Du Danemark au Royaume-Uni, en passant par la Suisse, l’Irlande et la Norvège, de nombreux pays avant-gardistes ont reconnu que le moment est venu d’éliminer les restrictions de voyage liées à la COVID-19 pour les personnes entièrement vaccinées. Nous pensons que le Canada devrait faire de même. » Cette lettre comprend 32 signataires occupant des postes de haute direction parmi les chambres de commerce et les industries du tourisme, du voyage, de l’hôtellerie, des aéroports des transporteurs aériens et des concerts-événements.

« Depuis le début de la pandémie, seulement 1 % de tous les cas positifs de COVID-19 au Canada ont été liés à des voyages. De plus, tout au long de la dernière vague d’infections, le taux de tests positifs dans la population en général a atteint dix fois celui qui a été observé à nos frontières », écrivent ces dirigeants.

Un texte du collègue Boris Proulx publié dans Le Devoir du 22 janvier dernier indiquait que, selon les données de décembre de l’Agence de la santé publique du Canada, un voyageur de l’étranger entièrement vacciné sur vingt a découvert qu’il avait contracté la COVID-19 grâce au test PCR obligatoire à l’aéroport. Et ce, même s’il est exigé de montrer la preuve d’un test PCR négatif datant de moins de trois jours pour monter à bord d’un avion.

Si, auparavant, seulement une fraction de 1 % de ces tests revenaient positifs, les taux de positivité ont radicalement augmenté entre les semaines du 12 décembre (0,74 %), du 19 décembre (2,26 %) et du 26 décembre (4,93 %), pouvait-on lire. Ce qui vient illustrer le degré de contagiosité d’Omicron.

À titre de comparaison, quant au risque associé aux voyages internationaux, le taux de positivité sur les tests effectués à la frontière terrestre entre le Canada et les États-Unis atteignait 12 % sur les prélèvements auprès de voyageurs vaccinés sélectionnés aléatoirement durant la semaine suivant Noël. Pour les personnes partiellement ou non vaccinées qui ont traversé la frontière durant cette même semaine, le taux s’élevait à 19 %. Globalement, le taux de positivité des tests PCR effectués dans les centres de dépistage du Québec a culminé à plus de 30 % dans les premiers jours de janvier, poursuit le texte du Devoir.

L’échantillon temporel est peut-être restreint, mais il est parlant. D’ailleurs, le ministre fédéral de la Santé, Jean-Yves Duclos, promettait vendredi des changements aux mesures sanitaires aux frontières s’appuyant sur la « science et la prudence ». « Le pire d’Omicron étant derrière nous, notre gouvernement évalue activement les mesures en place à nos frontières. Nous devrions être en mesure de communiquer des changements à ce sujet dès la semaine prochaine », a-t-il dit selon les propos recueillis par La Presse canadienne.

Restrictions les plus sévères

 

Sur la carte de l’Association du transport aérien international(IATA, en anglais) proposant une recension des mesures appliquées par les pays, on y observe, pour le Canada, une longue liste de restrictions, ce qui fait de lui l’une des destinations appliquant les restrictions les plus sévères à l’entrée de son territoire. Vaccination adéquate, test PCR négatif 72 heures avant l’arrivée, puis test obligatoire à l’arrivée avec isolement dans l’attente des résultats… L’on se demande encore si le Canada n’a pas surréagi.

Citant les résultats d’une étude menée en Italie et en Finlande, l’IATA exhortait en février les pays d’Europe et les États-Unis à ramener les restrictions imposées aux voyageurs internationaux à une vaccination adéquate. « L’expérience d’Omicron a clairement montré que les restrictions de voyage n’ont que peu ou pas d’impact sur la prévention de sa propagation. De plus, comme Omicron est déjà largement présent […] les voyageurs entièrement vaccinés n’apportent aucun risque supplémentaire à la population locale. Les voyageurs internationaux ne devraient faire l’objet d’aucune exigence de contrôle supplémentaire par rapport à ce qui s’applique aux voyages intérieurs. En fait, à ce stade de la pandémie, les voyages devraient être gérés de la même manière que l’accès aux centres commerciaux, aux restaurants ou aux bureaux », a déclaré Willie Walsh, directeur général de l’IATA.

Cela vaut pour le Canada.

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