Une hausse des taux « mollo »

Toutes choses étant égales par ailleurs », pour reprendre une expression chère aux économistes, la Banque du Canada va adopter le scénario modéré de hausses de son taux directeur cette année.

Aux États-Unis, la poussée plus forte que prévu de l’inflation en janvier a amené cette semaine plusieurs analystes à entrevoir une Réserve fédérale plus « agressive » fixant des hausses de taux d’intérêt plus musclées. De ce côté-ci de la frontière, le scénario dit modéré demeure dominant, avec quatre hausses de 25 points cette année, poussant le taux cible du financement à un jour de la Banque du Canada à 1,25 %. Deux augmentations additionnelles suivraient en 2023 pour atteindre du taux dit neutre de 2 % entre la fin de l’an prochain et la mi-2024. Il faut préciser que la Banque du Canada situe le taux neutre au milieu de l’intervalle 1,75-2,75 %. Pour sa part, le scénario plus musclé repose sur six hausses en 2022, poussant le taux directeur à 1,75 % en décembre, puis à 2 % quelque part au premier semestre de 2023.

Le tout étant accompagné de la réduction de la taille du bilan de la banque centrale.

 

Oxford Economics ne croit pas à cette dernière trajectoire. Un tel « dynamisme » serait trop nuisible à la relance économique, dit la firme d’analyses. La Banque du Canada devra manœuvrer avec prudence, vu le niveau d’endettement élevé des ménages. Vu, également, la surévaluation des prix de l’immobilier résidentiel. D’autant, aussi, que la poussée inflationniste est mondiale, qu’elle s’alimente de la flambée des prix énergétiques et des distorsions sur les chaînes d’approvisionnement, engendrant un choc d’offre contre lequel les autorités monétaires ne peuvent pas faire grand-chose.

Mais il lui faut combattre la partie nationale de l’inflation attisée par la pénurie de main-d’œuvre et un marché du travail tendu pouvant générer une spirale salaire-prix susceptible de désancrer les attentes inflationnistes de la cible du 2 %. « Il y a crainte d’une hausse du salaire réel au-dessus des gains de productivité tendanciels », a résumé Oxford.

Côté immobilier, Oxford estime que le prix des propriétés résidentielles se situait à 15 % au-dessus de la capacité d’emprunt des ménages au troisième trimestre de 2023 (sur la base du revenu médian), et que ce pourcentage est appelé à doubler cette année. Aussi, à un bas record de 6,2 % au troisième trimestre de 2021, le ratio paiement d’intérêt/revenu disponible passerait à 8 % après les quatre hausses de cette année, soit un niveau similaire à celui mesuré lors du dernier resserrement monétaire de 2018-2019. Le scénario plus « dynamique » pourrait le pousser à son niveau d’avant la récession de 2008-2009. « Une approche plus “agressive” risquerait d’entraîner une correction des prix de l’immobilier, provoquant des secousses sur l’économie et sur le système financier. »

Au Mouvement Desjardins, on mise également sur quatre hausses du taux directeur cette année, et sur une normalisation du marché immobilier résidentiel. La remontée des taux hypothécaires devrait toutefois montrer ses effets vers le milieu de 2022. L’analyse évoque une augmentation des prix ramenée autour de 5 %, contre près de 20 % l’an dernier. « La hausse des taux hypothécaires qui se poursuivra en 2023 freinera davantage la demande et pourrait entraîner une légère baisse des prix d’environ 3 % l’an prochain. » L’économiste principale Hélène Bégin ajoute : «Les marchés qui sont déjà surévalués, et aussi alimentés par une forte demande d’investisseurs, tels que Montréal, Ottawa et Toronto, sont plus vulnérables à un ajustement des prix en 2023. »

Côté inflation, Oxford prévoit qu’elle oscillera autour de 5 % en ce début d’année, pour tendre lentement vers les 2 % mi-2023. Mais il y a des risques. D’abord, que les pressions à la hausse sur les salaires viennent modifier les attentes inflationnistes. Ensuite, que les pressions inflationnistes perdurent selon l’évolution de la pandémie et si les tensions géopolitiques ou autres facteurs maintiennent leur pression haussière sur les cours pétroliers et gaziers.

Les cours du pétrole s’enflamment en Ukraine

Les cours du pétrole se sont enflammés vendredi, et Wall Street a montré une forte nervosité alors que le risque d’une invasion de l’Ukraine par la Russie s’est intensifié, selon la Maison-Blanche. Le prix du baril de Brent de la mer du Nord pour livraison en avril a terminé sur un bond de 3,3 %, à 94,44 $US, au plus haut depuis septembre 2014. À New York, le baril de West Texas Intermediate pour livraison en mars a pris 3,6 %, à 93,10 $US, également au plus haut depuis plus de sept ans.

 

« Il y a beaucoup de nervosité sur le marché boursier », a observé Peter Cardillo, de Spartan Capital. « S’ils envahissent [l’Ukraine], évidemment, ça va mettre les actions sous pression », a expliqué l’analyste. « Cela veut dire que les prix vont monter », principalement de l’énergie et des matières premières, « que le revenu disponible va diminuer », a prévenu l’analyste. « Si le marché n’avait pas complètement intégré le risque d’une incursion russe en Ukraine, il pourrait bien commencer à la faire », a relevé pour sa part Art Hogan, stratège en chef pour National Securities.

 

Les dirigeants occidentaux ont brandi des menaces de sanctions « rapides et radicales » contre Moscou en cas d’invasion, qui vont cibler d’abord les secteurs financier et énergétique.



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