Un Québec plus paritaire

Les entreprises québécoises se démarquent par l’importance qu’elles accordent à la représentativité féminine au sein de leur conseil d’administration. Elles affichent toutefois la même timidité que les entreprises du reste du Canada lorsque la lecture porte sur la haute direction.

Depuis l’entrée en vigueur, fin 2014, de la réglementation sur l’Information concernant la représentation des femmes au sein des conseils d’administration des émetteurs assujettis, le pourcentage des postes d’administrateur occupés par des femmes est passé de 11 % à 22 %. Il y a eu, certes, doublement sur cet horizon de sept ans, mais la représentativité féminine demeure encore loin de la référence mondiale, qui situe la zone de parité hommes-femmes optimale entre 40 et 60 %.

Selon la taille des entreprises, elle a crû beaucoup plus fortement chez les petites capitalisations boursières, soit de 8 à 16 % dans l’intervalle temporel chez les capitalisations inférieures à 1 milliard de dollars, et de 11 à 24 % pour celles se situant entre 1 et 2 milliards. Le pourcentage de sièges occupés par une femme est passé de 17 à 28 % chez les capitalisations entre 2 et 10 milliards, et de 21 à 30 % pour les tailles supérieures.

Les données des Autorités canadiennes en valeurs mobilières (ACVM) portant sur un groupe de 599 émetteurs dont la fin d’exercice tombait entre le 31 décembre 2020 et le 31 mars 2021 indiquent également que le nombre d’entre eux comptant au moins une femme à leur conseil se chiffre désormais à 82 %, contre 49 % dans la première édition de l’examen annuel. C’est donc dire qu’il y a absence d’administratrice pour 18 % de ces émetteurs. En outre à peine 6 % des postes de président du conseil sont occupés par une femme.

Comparaison québécoise

 

À partir de ces données des ACVM, Louise Champoux-Paillé, administratrice de sociétés certifiée, a distingué, dans une étude publiée lundi, les émetteurs selon qu’ils relevaient du fédéral ou de la province du Québec. Des 599 émetteurs composant l’échantillon, 57 appartiennent au deuxième groupe. On observe une démarcation claire. Le pourcentage de femmes aux conseils d’administration approche les 26 % chez les émetteurs québécois, contre 21 % pour ceux relevant du fédéral. Plus probant, le pourcentage des émetteurs ayant atteint la zone de parité s’élève à 11 % et à 7 % respectivement, à 23 % et 17 % respectivement dans le segment 30-39 % de représentativité féminine.

« Il est permis de penser que nos entreprises québécoises seraient plus sensibles à l’importance d’une représentation féminine au sein de leurs conseils d’administration puisque seulement une entreprise [soit 2 % de l’échantillon] ne compte aucune femme au sein de son conseil d’administration, alors que ce pourcentage atteint 18 % pour l’ensemble des émetteurs couverts par cet exercice de divulgation », fait ressortir Mme Champoux-Paillé. Ce pourcentage est de 20 % pour les émetteurs relevant du fédéral.

Mais là s’arrête l’avancée québécoise. Lorsque la lecture s’étend à la présence féminine dans les postes de haute direction, on obtient le même taux dans les deux groupes, avec seulement 5 % de femmes dans les fonctions de p.-d.g., entre 16 et 18 % dans celles de chef des finances. « Cette situation est d’autant plus préoccupante qu’avec la pandémie, plusieurs femmes ont choisi de mettre leur carrière sur pause ou de privilégier des emplois à temps partiel afin de se donner plus de flexibilité pour absorber le surcroît de travail à la maison. »

Au-delà des effets de la pandémie, Mme Champoux-Paillé cite une étude et une analyse rappelant que le choix du temps partiel ou d’un emploi offrant la flexibilité nécessaire pour la conciliation travail-famille a des répercussions tant sur la rémunération à long terme que sur le choix des cheminements de carrière.

Ce choix signifie souvent que les femmes choisiront des emplois d’appui (dits « staff ») plutôt que reliés directement au modèle d’affaires ou aux opérations courantes de l’organisation (dits « line »). Une étude de la firme McKenzie révèle que les femmes travaillent davantage dans des postes d’appui, dans des domaines tels que les communications ou les services juridiques, alors que la majorité des hommes occupent des fonctions dites opérationnelles telles que directeur des ventes, des technologies, d’unités d’affaires, écrit Mme Champoux-Paillé. « Or, on sait que les emplois d’appui mènent plus rarement à des fonctions de président-directeur général, de vice-président de filiales ou d’unités d’affaires », ajoute-t-elle.

L’administratrice aurait pu réitérer que l’expérience à titre de p.-d.g. demeure un critère important dans la sélection d’un administrateur.

Petit rappel

 

La Loi canadienne sur les sociétés par actions ayant pour objectif « d’augmenter la diversité observée au sein des conseils d’administration et de la haute direction des sociétés inscrites en Bourse » est en vigueur depuis janvier 2020.

Cet élargissement suit l’entrée en vigueur, au 31 décembre 2014, de la réglementation sur l’Information concernant la représentation des femmes au sein des conseils d’administration et des instances des émetteurs assujettis. Au Canada, les autorités de réglementation n’ont pas retenu la formule des quotas, préférant plutôt une approche de divulgation s’étendant à la haute direction selon la formule « se conformer ou s’expliquer ».

L’on parle donc d’un engagement moral, non contraignant, qui s’insère cependant dans une mouvance plus généralisée d’adoption des critères environnementaux, sociaux et de gouvernance auprès des investisseurs reconnaissant la portée et la contribution de la diversité.

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