«Désancrage» inflationniste?

Chez les consommateurs, l’inflation est devenue la variable économique la plus importante, devant l’emploi, l’impôt et les taxes. Pour leur part, les entreprises n’entendent plus retarder l’incorporation de l’augmentation des prix des intrants et des salaires dans leurs prix de vente. Devant ce risque de « désancrage », que fera la Banque du Canada la semaine prochaine ?

Tant chez les entreprises que chez les consommateurs, on s’attend à ce que l’inflation mesurée par l’Indice des prix à la consommation (IPC) demeure élevée au cours des deux prochaines années en raison des problèmes d’approvisionnement causés par la pandémie. Elle se chiffre présentement à 4,7 %. Les consommateurs estiment la progression de l’IPC à 4,9 % sur un horizon d’un an, à 4,1 % sur un horizon de deux ans et à 3,5 % sur cinq ans. Ils se disent plus préoccupés par l’inflation qu’avant la pandémie et jugent qu’elle est devenue plus difficile à maîtriser. Ils en ressentent les effets. Ils évoquent des hausses rapides des prix, principalement des biens de base comme la nourriture.

Contrairement aux entreprises, les consommateurs s’attendent plutôt à ce que les augmentations salariales restent modérées, voire à ce que la croissance de leur salaire demeure sensiblement la même. Afin d’éponger l’écart devenu important entre la croissance de leurs dépenses et la croissance de leur revenu, et dans ce qui semble refléter des anticipations d’autres poussées des prix, les consommateurs envisageraient d’emprunter davantage ou de puiser dans leur surplus d’épargne.

« Les attentes d’inflation des Canadiens à l’horizon d’un an et de deux ans ont atteint des sommets », peut-on lire dans l’Enquête sur les attentes des consommateurs au Canada – Quatrième trimestre de 2021, publiée par la Banque du Canada lundi. Dans cette enquête comprenant des données colligées avant l’arrivée d’Omicron, on retient toutefois que la hausse des attentes d’inflation à court terme ne se répercute pas sur celles à long terme, ce qui laisserait croire que les attentes inflationnistes restent bien ancrées à la fourchette cible de 1-3 % de la Banque du Canada. « Les attentes à l’horizon de cinq ans ont légèrement augmenté, mais demeurent sous leur moyenne d’avant la pandémie », préfère-t-on mettre en exergue. « En général, les répondants pensent que la Banque du Canada pourra atteindre sa cible d’inflation lorsque la pandémie sera terminée. »

Pressions sur les entreprises

 

Chez les entreprises, les deux tiers des répondants à l’enquête portant sur leurs attentes pensent désormais que l’inflation se maintiendra au-dessus des 3 % pour les deux prochaines années. Perturbations des chaînes d’approvisionnement, augmentation du prix de l’essence, des autres produits énergétiques et des aliments de base, effet des politiques monétaire et budgétaire expansionnistes… S’ajoute à cette liste la pression haussière sur les salaires, cette source inflationniste ayant été citée plus souvent dans l’enquête publiée lundi que dans les sondages précédents, surtout par les entreprises prévoyant que l’inflation demeurera au-dessus de la cible de 2 % pendant une plus longue période. On tient cependant à souligner qu’« en réponse à une question spéciale, la plupart des répondants ont toutefois déclaré s’attendre à ce que les pressions inflationnistes élevées du moment se dissipent avec le temps, et à ce que l’inflation revienne près de la cible d’ici un à trois ans ».

Si un nombre croissant d’entreprises affichaient une solide reprise des ventes dans la foulée de l’élimination des restrictions, davantage d’entre elles subissaient les effets de la pénurie de main-d’œuvre et des perturbations des chaînes d’approvisionnement. « Pour faire face à ces pressions, la plupart sont prêtes à accroître leurs investissements et prévoient augmenter les salaires pour être en mesure d’attirer des travailleurs et de retenir leur personnel », lit-on.

La grande majorité des entreprises ont l’intention de majorer les salaires à un rythme accéléré au cours des 12 prochains mois. « Avec les pénuries de main-d’œuvre qui se sont intensifiées, le besoin d’attirer et de retenir les travailleurs est devenu le principal facteur qui alimente les pressions sur les salaires. On fait état d’une intensification de la concurrence salariale entre les entreprises, et ce, dans la plupart des régions et des secteurs », souligne l’enquête de la Banque du Canada.

Aux pressions haussières sur les salaires se greffe l’augmentation du coût de la vie. « Certaines entreprises ont indiqué avoir l’intention de faire du “rattrapage salarial” en accordant les augmentations qu’elles n’avaient pas les moyens d’offrir plus tôt durant la pandémie. »

On entrevoit une forte augmentation des prix de la plupart des intrants, comme ce fut le cas l’an dernier. Mais cette fois, le raffermissement généralisé de la demande permettra aux entreprises d’incorporer l’augmentation des prix et des salaires dans leurs prix de vente. « On prévoit ainsi une forte croissance du prix des extrants. Dans bien des cas, ces hausses avaient été retardées tout au long de la dernière année en raison de la grande incertitude liée à la pandémie. » Il y aura rattrapage. « Beaucoup d’entre elles comptent le faire au cours des six prochains mois. »

La semaine prochaine, la Banque du Canada fera l’annoncedu taux directeur, assortie de la publication du Rapport sur la politique monétaire et d’une conférence de presse.

À voir en vidéo