Singulier face à la pandémie

Voyagiste entièrement intégré et seule entreprise canadienne à détenir une chaîne hôtelière dans les destinations soleil, Sunwing vit la pandémie à sa façon.

Colin Hunter, président du conseil et fondateur du Groupe de voyage Sunwing, accordait samedi sa première entrevue à un média francophone depuis le début de la pandémie. Rencontré entre deux prestations musicales, après une absence sur scène de près de deux ans, celui qui porte aussi l’étiquette de « président-crooner » parle de hauts et de bas, d’une demande redevenue en dents de scie. Il ose entrevoir un retour à la stabilité quelque part en février ou en mars et une normalité prépandémique à partir de l’été 2022.

« L’on se doit d’être optimiste. Mais des événements peuvent survenir à tout temps. » Il donne l’exemple du variant Omicron, dont l’annonce de l’existence le 26 novembre a eu un effet immédiat sur les réservations. La reprise de la demande pour les destinations soleil était bien ressentie, puis il y a eu une cassure. Mais le rythme commence à reprendre, dit-il. « Nous allons devoir apprendre à vivre avec ce virus tant que la couverture vaccinale ne sera pas généralisée » mondialement.

Avec un portefeuille de 34 hôtels détenus ou gérés par la marque Blue Diamond et une capacité de plus de 32 200 lits, le voyagiste intégré n’a pas vécu la pandémie de la même façon que ses concurrents canadiens. Selon les chiffres publiés par son actionnaire à 49 %, TUI Group, Sunwing a dû composer avec un taux d’occupation qui est passé de 70 % à 51 % entre les exercices financiers 2020 et 2021 clos le 30 septembre, une statistique qu’il faut cependant situer dans le contexte d’une augmentation de 84 % de son offre hôtelière dans l’intervalle.

L’exercice 2021 s’est évidemment soldé par une perte d’exploitation. Celle-ci s’est toutefois avérée semblable à celle de l’exercice précédent, qui comprenait cinq mois d’activité « normale ». Il y a eu un arrêt des activités au Canada, rappelle Colin Hunter. Le tempo durant l’exercice est cependant venu des États-Unis. Les Américains ont imposé la logique de marché, avec une croissance de la demande dans les centaines de points de pourcentage. « Normalement, le marché américain est plutôt réactif et sensible aux chocs mondiaux. Avec la pandémie, ce fut l’inverse. » Le président du conseil se réjouit que la division hôtelière s’en soit tirée « avec de bons chiffres » et qu’il y ait eu peu de suppressions d’emplois afférents dans les destinations concernées.

Sunwing doit également vivre avec les problèmes de logistique des chaînes d’approvisionnement, qui n’épargnent pas les transporteurs aériens. Notamment en matière de pièces de remplacement, ce qui pouvait prendre une journée peut désormais nécessiter un délai de livraison de trois à quatre jours. Un temps précieux pour une compagnie aérienne.

Puis Omicron

Omicron est toutefois venu rappeler que les gouvernements peuvent n’en avoir que pour l’immunisation et devenir rapidement paralysés par les données. La semaine dernière, le directeur général de l’Association du transport aérien international, Willie Walsh, exhortait les leaders politiques à une prise de décision basée sur la science, estimant qu’ils avaient surréagi au variant Omicron. « On ne peut pas tout fermer à chaque apparition d’un nouveau variant », a-t-il souligné.

À la fin novembre, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) appelait aussi les gouvernements à adopter une approche scientifique basée sur l’évaluation des risques. Lors d’une séance d’information sur Omicron destinée aux États membres, le directeur général de l’OMS disait bien comprendre « le souci de tous les pays de protéger leurs citoyens contre un variant que nous ne comprenons pas encore parfaitement. Je suis tout aussi préoccupé par le fait que plusieurs États membres introduisent des mesures générales et brutales qui ne sont ni fondées sur des données probantes ni efficaces en soi, et qui ne feront qu’aggraver les inégalités […] Nous appelons tous les États membres à prendre des mesures rationnelles et proportionnelles au risque, conformément au Règlement sanitaire international », l’instrument juridique de référence pour l’OMS et les pays signataires, peut-on lire dans un texte de l’Agence France-Presse.

Au Canada, avec les données sur ce variant qui demeurent très parcellaires, beaucoup évoquent la confusion des directives fédérales, et se demandent si Ottawa n’a pas également agi dans la précipitation en ajoutant un test à l’arrivée même pour les voyageurs adéquatement vaccinés. Sans compter ces avertissements répétés du ministre fédéral de la Santé aux Canadiens désirant voyager. À tout le moins, Colin Hunter croit qu’il faudrait manifester une confiance à l’endroit des personnes vaccinées, estimant que le gouvernement dispose d’une capacité de pister.

Il appuie la position de l’industrie qui préconise une approche fondée sur l’évaluation des risques. Pour ajouter que l’industrie canadienne du transport et du voyage n’a finalement pas été adéquatement représentée et défendue au sein du gouvernement depuis le début de la pandémie.

Au sujet de la saison 2021-2022, celui qui concentre ses activités sur les destinations soleil prévoit déployer 70 % de ses capacités prépandémiques. Au Québec, la construction du siège social régional de Sunwing sur un terrain acheté à Laval venait d’être achevée lorsque la pandémie a frappé. Le bâtiment viendra cimenter la concentration, ici, des activités québécoises liées à l’administration, à l’exploitation, au marketing, aux relations auprès de la clientèle et au centre d’appels.

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