Richesse pandémique

Globalement, les Canadiens se sont enrichis durant la pandémie avec une valeur nette par individu augmentant, en moyenne, de près de 32 % entre 2019 et 2020. On le devine, cet enrichissement a été davantage ressenti dans les marchés immobiliers en surchauffe de l’Ontario et de la Colombie-Britannique. Mais il n’y a pas que l’immobilier. La tiédeur des Québécois face aux valeurs mobilières aurait également contribué à creuser l’écart.

D’entrée de jeu, il est précisé que les revenus des particuliers, gonflés par le soutien du gouvernement fédéral dès le printemps 2020, ont joué un rôle de premier plan dans cette valorisation accrue de la santé financière. La faiblesse de la consommation et les revenus supérieurs à ceux précédant la pandémie ont permis une forte accumulation de l’épargne personnelle l’an dernier, rappellent Hélène Bégin et Lorenzo Tessier-Moreau, respectivement économiste principale et économiste senior au Mouvement Desjardins, dans leur petite analyse publiée lundi.

Cette épargne excédentaire a été canalisée en partie vers la réduction de la dette à taux élevé, essentiellement dans l’allègement des cartes de crédit. Il y a contraste pour les autres formes de dette non hypothécaire. On peut observer que les prêts personnels traditionnels, liés à l’achat de biens durables, n’ont pas diminué durant la pandémie, mais que c’est au Québec qu’ils étaient les moins élevés. Le Québec comptabilise aussi une réduction du solde des marges de crédit personnelles, contrairement à l’Ontario et à la Colombie-Britannique. « Ce classement est semblable à celui des prix moyens des propriétés. Les emprunteurs plus coincés par des paiements d’hypothèque importants […] ont tendance à utiliser davantage leur marge de crédit », expliquent les auteurs.

La frénésie immobilière compte donc pour l’essentiel de l’endettement accru. « Selon une récente étude de Statistique Canada, le crédit hypothécaire a enregistré une augmentation sans précédent au pays en 2020 », comptant désormais pour 75 % de l’endettement total des particuliers. La forte activité résidentielle ainsi que la flambée des prix ont entraîné cette accélération. Au niveau provincial, la dette hypothécaire moyenne a donc augmenté plus rapidement en Ontario et en Colombie-Britannique, où les prix sont nettement plus élevés qu’ailleurs au pays, ce qui n’a pas empêché le Québec de talonner l’Ontario, lit-on.

Accroissement généralisé de la valeur nette

Puisque la valeur de l’actif a progressé plus fortement que celle de l’endettement, il en résulte un accroissement généralisé de la valeur nette par individu. La progression entre 2019 et 2020 dépasse les 23 % au Québec, mais les 31 % à l’échelle canadienne, cette dernière moyenne ayant été gonflée par la hausse de plus de 33 % en Colombie-Britannique et de plus de 36 % en Ontario.

L’écart se veut beaucoup plus important encore en argent, la valeur nette moyenne par individu se situant autour de 291 000 $ au Québec contre 520 000 $ au Canada, mais plus de 673 000 $ en Ontario et 703 000 $ en Colombie-Britannique. La composante immobilière résidentielle de l’actif vient expliquer en partie l’existence d’un tel fossé, l’augmentation moyenne des prix ayant été de 20 % au Canada (de 23 % en Colombie-Britannique et de 27 % en Ontario), contre 8 % au Québec. Le tout calculé sur des prix moyens poussés à des niveaux de 2 à 2,5 fois plus élevés en Ontario et en Colombie-Britannique qu’au Québec.

L’autre partie de l’explication du différentiel vient de la performance des éléments d’actif financiers, dont la valeur moyenne a crû de 35 % au Québec. Si cette performance tient pourtant la comparaison avec la moyenne canadienne (38 %), la différence pourrait venir de cette part des individus détenant des investissements sous forme de valeurs mobilières. Elle atteindrait les 62,1 % en Ontario et les 60 % au Canada, contre moins de 50 % au Québec, où la sécurité des comptes chèques et d’épargne aurait été davantage recherchée, semble-t-il.

Côté sombre

Derrière ce tableau déjà contrasté se cache une ombre qui pourrait noircir pour devenir opaque sous l’impulsion d’une poussée de fièvre inflationniste persistante et de pressions haussières sur les taux d’intérêt.

Selon la diffusion récente des Comptes économiques répartis pour le secteur des ménages, les ménages les plus riches (20 % supérieurs) détenaient 67,5 % de la valeur nette, tandis que ceux se classant dans les deux quintiles les plus faibles, qui englobent 40 % de tous les ménages, détenaient 2,5 % de cette valeur au quatrième trimestre de 2020, a déjà précisé Statistique Canada.

Dans son rapport du deuxième trimestre 2021 publié le 31 août, l’agence Equifax Canada faisait notamment ressortir un bond de 22 % des prix des propriétés résidentielles par rapport au trimestre correspondant de 2020. Dans l’intervalle, le nombre de nouvelles marges de crédit hypothécaire, souvent associées à des taux variables, a augmenté de 56,7 %, « ce qui équivaut au taux le plus élevé des dix dernières années », avait-elle souligné.

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