La patience peut être payante

Que vous soyez un investisseur autonome ou détenteur de parts dans des fonds d’investissement, vous avez des défis communs et quelques dangers vous guettent… Vous le savez sûrement si vous avez laissé vos émotions vous guider en mars 2020 !

La patience (n’est pas synonyme de laxisme)

Un portefeuille devrait idéalement être rééquilibré une fois par année. Si vous êtes accompagné d’un conseiller, celui-ci s’occupe de la vigie entre vos rencontres et il vous fera signe si une décision en cours de route s’impose. Si vous le gérez vous-mêmes, il serait sage de garder un œil plus attentif sur votre portefeuille. Un écart de 5 % à sa composition et à vos objectifs de départ est un signal qu’un rééquilibrage doit être envisagé. Toutefois, je vous invite à ne pas confondre ce conseil avec le mythe qu’un bon portefeuille présente un taux de rotation élevé. D’ailleurs, les placements sont bien la seule sphère de ma vie où je fais preuve de patience ; souhaitons que mes enfants ne soient jamais jaloux de mes clients.

Illustration: RGP Investissements La répartition des actifs est l’un des éléments qui influent le plus sur la qualité de votre portefeuille, en assurant son rendement dans le temps tout en diminuant les risques.

Les investisseurs qui savent rester patients demeurent les plus favorisés. Dans un texte que j’ai lu récemment, Ben Graham, un chercheur sur la recherche fondamentale de la valeur des actions, rappelle que tout peut arriver avec des actions à court terme et que, plus l’horizon temporel est court, plus la probabilité que le hasard entre en jeu dans vos rendements est élevée. Par exemple, même si une entreprise augmente ses revenus et ses bénéfices, le cours de ses actions peut toujours reculer pour des raisons autres que financières. À long terme, toutefois, si l’entreprise maintient sa rentabilité, ces facteurs positifs finiront par se refléter dans le cours de son action.

Sur les marchés financiers, la durée moyenne de détention des actions américaines par les investisseurs particuliers serait passée de huit ans dans les années 1960 à moins de cinq mois en août 2020. Ne sommes-nous pas plus pressés dans toutes les sphères de notre vie aujourd’hui ? En ne tenant compte que du profit à court terme, on augmente les risques : augmentation des coûts pour investir, plus de probabilités de vous tromper et de commettre une erreur, impossibilité d’apprendre à connaître les entreprises que vous détenez et de les voir se développer. Cette tendance se voit aussi dans les fonds d’investissement, puisque la pression pour battre les indices à court terme est forte.

Cette impatience des investisseurs accroît donc le risque de rotation excessive dans le portefeuille. Je vous conseille de faire attention aux effets de mode du moment qui peuvent vous faire douter de votre position à long terme. Warren
Buffett, lui, l’a compris depuis longtemps. Saviez-vous par exemple que ce dernier a moins bien fait que l’indice S&P 500 pour plus du tiers d’une période de 52 ans, même si au final il a obtenu des rendements supérieurs à l’indice de 11 % ?

La diversification (n’est pas synonyme d’éparpillement)

La répartition des actifs est l’un des éléments qui influent le plus sur la qualité de votre portefeuille, en assurant son rendement dans le temps tout en diminuant les risques. Elle se fait à partir de plusieurs éléments : les catégories d’actifs (p. ex. obligations, actions), les secteurs d’activité (p. ex. consommation de base, énergies), les régions géographiques. Si vous utilisez les fonds d’investissement, les styles de gestion sont aussi à prendre en compte (p. ex. le style axé sur la valeur par rapport à celui axé sur la croissance) afin de profiter des forces de chaque style selon le stade du cycle boursier. Les grandes régions du globe doivent être représentées de façon stratégique, notamment afin de tenir compte de la synchronisation inégale de la croissance économique mondiale. Une image vaut mille mots, en voici une qui illustre l’importance de diversifier votre exposition aux secteurs d’activité pour protéger votre portefeuille au fil des années.

Vous détenez des comptes dans plusieurs banques ou sociétés de placements et la composition de votre portefeuille n’est pas nécessairement diversifié : vous risquez, même sans le savoir, d’avoir augmenté votre exposition à un titre ou un secteur en particulier ! Par ailleurs, travailler avec plusieurs conseillers ne facilite pas leur travail de rééquilibrage et multiplie les rencontres de suivi. Je vois souvent des clients qui, au fil des années, parce qu’ils ont fait affaire à plusieurs intermédiaires, ont perdu la vue d’ensemble des objectifs de leur politique de placement.

Attention, je ne dis pas que vous ne devriez pas recourir à plusieurs sociétés de placement, au contraire. Mais il pourrait être avantageux pour vous de le faire par l’entremise d’un cabinet indépendant. De cette façon, vous n’auriez à apprendre à connaître et à rencontrer qu’un seul représentant, ce qui faciliterait cette vue d’ensemble.

Pour les investisseurs individuels, cette diversification est tout aussi importante et comporte un enjeu encore plus grand. En effet, il peut être tentant de faire une sélection de titres en fonction de nos biais et connaissances personnelles, ce qui augmente le défi de demeurer diversifié tant au niveau des secteurs d’activités, que géographiquement. Enfin, l’utilisation de fonds indiciels, ou FNB, requiert aussi de tenir compte de la diversification dans la composition du portefeuille.

Bref, vous gagnerez tous à procéder à une diversification stratégique, à la rééquilibrer régulièrement et à éviter de vous égarer en portant trop d’attention aux rumeurs ambiantes.

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