La finance durable s’impose

La finance durable impose son rythme. Les initiatives et les engagements se multiplient ici et là sur la planète sous un leadership diplomatique, en l’absence d’action politique en phase avec l’urgence de la situation climatique. Les investisseurs institutionnels veulent presser le pas dans la réduction de l’empreinte carbone de leurs portefeuilles et dans leur engagement actionnarial.

Il y a encore cette approche du très court terme, dominée par des impératifs budgétaires des gouvernements et de revenu d’intérêt des prêteurs. Le 24 septembre, le Fonds monétaire international (FMI) indiquait que les subventions directes et indirectes aux combustibles fossiles atteignaient les 5900 milliards de dollars américains en 2020 dans le monde, soit environ 6,8 % du PIB mondial. Selon ses projections, ces subventions et crédits d’impôt passeront à 7,4 % du PIB de la planète en 2025.

En outre, la sensibilité grandissante dans l’univers de l’investissement s’observe encore difficilement dans celui du financement direct. Dans un rapport de mars coiffé du titre « Banking on Climate Chaos » issu de la collaboration entre Reclaim Finance, Rainforest Action Network, BankTrack, Indigenous Environmental Network, Oil Change International et le Sierra Club, on pouvait lire que les 60 grandes banques commerciales et d’affaires dans le monde ont injecté au cumul 3800 milliards dans l’industrie des énergies fossiles de 2016 à 2020. Même si l’engagement direct a chuté de 9 % en 2020 dans un contexte pandémique, il demeurait plus élevé qu’en 2016, année suivant l’Accord de Paris.

La finance institutionnelle, avec sa perspective plus lointaine, est toutefois en mesure d’imposer le rythme. D’autant que ses arbitrages entre le rendement et les enjeux environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG) tendent à converger. Et que ce nécessaire rendement se heurte désormais au risque toujours plus grand de se retrouver avec des actifs échoués dont le poids dans les indices ou portefeuilles de référence s’atrophie au rythme des décotes, des désinvestissements et d’une performance boursière à la traîne.

Les fonds d’investissement interpellés

Le FMI invitait, lundi, l’un de segments de cette industrie, celui des fonds d’investissement, à s’engager plus à fond dans la carboneutralité en 2050 ou avant. L’institution chiffre à 20 000 milliards les investissements supplémentaires nécessaires au cours des deux prochaines décennies pour atteindre cette cible. Avec leur poids de 50 000 milliards sous forme d’actif sous gestion, ces fonds peuvent à la fois contribuer largement au financement de l’effort nécessaire et exercer leur capacité d’influencer la direction des entreprises.

Le FMI interpelle d’autant plus cette industrie que l’investissement d’impact ou ciblé autour des critères ESG demeure marginal dans l’univers des fonds d’investissement, ne comptant que pour 3600 milliards, soit 7 % du total. Ceux consacrés spécifiquement au climat ne comptabilisaient qu’un actif de 130 milliards. Mais il y a croissance et engouement. Au total, à l’échelle mondiale de la finance, la valeur des actifs mondiaux investis selon les critères ESG atteignait les 40 500 milliards de dollars américains, selon Pensions & Investments, soit plus du triple du montant de 2012.

À cette réduction tendancielle de l’empreinte carbone dans les portefeuilles s’ajoute le militantisme actionnarial de plus en plus ressenti. Le FMI illustre que les fonds d’investissement traditionnels ont voté en faveur de près de 50 % des résolutions d’actionnaires liées au climat en 2020, contre 20 % en 2015, s’approchant ainsi du vote favorable de 60 % des fonds ESG.

Le militantisme largement priorisé

Dans son édition de mai, le magazine spécialisé Avantagesrappelait, d’ailleurs, que si la mobilisation environnementale se divise entre l’exclusion et l’engagement actionnarial, le militantisme demeure l’approche largement priorisée. « ­En tant qu’investisseurs, nous pouvons jouer un rôle actif et encourager les engagements en ce sens sur l’ensemble de la chaîne de valeur. Si tu n’es pas actionnaire, tu n’as pas cette influence », dit-on.

« ­Le changement climatique est un risque systémique », résumait ­Dustyn ­Lanz, chef de la direction de l’Association pour l’investissement responsable. À quoi sert de désinvestir dans le pétrole si l’on continue, par exemple, à investir dans le transport, dans l’agriculture, dans les cimenteries ou si l’on demeure exposé à la combustion industrielle ? Sauf si l’on peut modifier les comportements, influer sur les choix vers une transition et les accélérer. « ­Vendre ses actions pétrolières ne change en rien la demande pour le pétrole et le gaz. Ça ne contribue pas à réduire les émissions de ­GES. »

­Pour Dustyn ­Lanz, « l’engagement actionnarial est une partie importante de l’équation. Exercer son influence d’actionnaire […] devient un important facteur de changement et d’accélération de la transition ».

Reste à renforcer l’architecture d’information autour de la compilation des données, de leur divulgation et de leur classification, à appliquer une réglementation visant à endiguer l’écoblanchiment, à établir des normes comptables internationales permettant de mesurer et de comparer les performances des entreprises en matière de développement durable, à tendre vers une normalisation harmonisée et une référence indicielle offrant des baromètres universels crédibles à l’investissement à impact positif.

La mobilisation est là.

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