Un optimisme de façade

Derrière l’optimisme déclaré des entreprises québécoises se cache une certaine morosité et une crainte montante pour leur capacité à survivre au-delà des 12 prochains mois. D’entrée de jeu, 83,4 % des entreprises québécoises se disent plutôt ou très optimistes quant à l’avenir que leur réservent les 12 mois à venir. Les moins optimistes se concentrent dans les services d’hébergement et de restauration, ainsi que les services immobiliers, de location et de location à bail.

Une fois cela dit, elles sont 55,6 % à déclarer pouvoir poursuivre leurs activités à leur niveau actuel de revenus et de dépenses au-delà de l’année à venir avant d’envisager la fermeture ou la faillite. Elles étaient 75,9 % à faire une telle affirmation lors du sondage réalisé au trimestre précédent. Aussi, la proportion des entreprises ne sachant pas pendant combien de temps elles pourront continuer à fonctionner (avant d’envisager la fermeture ou la faillite) est en forte hausse par rapport au trimestre précédent, à 38,5 %, contre 16,2 %, peut-on lire dans l’analyse des attentes des entreprises québécoises au troisième trimestre de 2021 publiée jeudi par l’Institut de la statistique du Québec (ISQ). Les données utilisées proviennent de l’Enquête canadienne sur la situation des entreprises réalisée par Statistique Canada. Pour le Québec, les résultats sont basés sur les réponses de 4654 entreprises.

Autre changement notoire, 54,6 % des entreprises affirment pouvoir poursuivre leurs activités à leur niveau actuel de revenus et de dépenses au-delà de l’année à venir avant d’envisager de licencier du personnel. Elles étaient 65,9 % à faire la même déclaration au deuxième trimestre précédent. Et 30,3 % ne savent pas pendant combien de temps elles pourront continuer à fonctionner. C’était le cas pour 14,4 % des répondants au trimestre précédent.

De plus, 15,3 % des entreprises soutiennent ne pas être en mesure de s’endetter davantage. On s’en doute, cette situation se rencontre davantage dans les services d’hébergement et de restauration, ainsi que dans le secteur des arts, du spectacle et des loisirs. En revanche, 23,1 % des entreprises ne savent pas si elles ont la capacité de s’endetter davantage, une situation qui se vit plus durement dans les secteurs de la finance et des assurances, du transport et de l’entreposage, ainsi que de la construction.

Les obstacles à surmonter demeurent nombreux. Ainsi, elles sont toujours près de la moitié à s’attendre à rencontrer des difficultés de recrutement d’employés qualifiés ou une pénurie de main-d’œuvre ; le tiers a des difficultés de maintien en poste d’employés qualifiés.

Le même niveau d’anxiété persiste quant aux difficultés d’approvisionnement : le tiers d’entre elles entrevoient une augmentation du coût des intrants, alors qu’un peu plus de 20 % craignent des difficultés d’acquisition des intrants, une augmentation des coûts liés au transport et une hausse d’autres coûts, comme ceux des assurances.

Les inquiétudes liées au recrutement d’employés qualifiés se rencontrent davantage dans les services d’hébergement et de restauration, le commerce de détail, la construction, les services administratifs, de soutien, de gestion de déchets et d’assainissement, ainsi que de la fabrication. Celles associées à la pénurie de main-d’œuvre s’observent davantage dans les services d’hébergement et de restauration, la fabrication et le commerce de détail, où plus de six entreprises sur dix se disent préoccupées.

Le maintien en poste d’employés qualifiés est mentionné plus clairement par plus de quatre entreprises sur dix issues des industries de la finance et des assurances, des services d’hébergement et de restauration, du commerce de détail, ainsi que de la fabrication.

Pression inflationniste

Pour sa part, l’augmentation du coût des intrants se veut davantage un obstacle pour plus des deux tiers des entreprises dans la fabrication ; les trois cinquièmes de celles dans l’agriculture, la foresterie, la pêche et la chasse, ainsi que les services d’hébergement et de restauration ; et la moitié de celles dans la construction, ajoute l’ISQ. Les difficultés liées à l’acquisition des intrants se ressentent, pour leur part, davantage dans la construction, la fabrication, ainsi que l’agriculture, la foresterie, la pêche et la chasse. Les entreprises dans ces deux derniers secteurs sont également plus nombreuses à pointer en direction des coûts liés au transport.

Enfin, l’éventualité d’une hausse de la facture d’assurances est davantage relevée dans l’agriculture, la foresterie, la pêche et la chasse, étant évoquée par plus de la moitié des entreprises du secteur, et dans les services administratifs, de soutien, de gestion des déchets et d’assainissement, et les services d’hébergement et de restauration, pour le tiers d’entre elles.

Quant à leur capacité à refiler ces coûts additionnels à leurs clients, 26,7 % prévoient d’augmenter leurs prix de vente au cours des trois mois à venir, alors que 66,2 % n’anticipent pas de changement de prix.

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