La lente réintégration des travailleurs

La récupération des emplois perdus durant la crise sanitaire n’est pas encore entière 16 mois après le début officiel de la pandémie. Il en manque encore 246 000 à l’échelle canadienne, plus de 54 000 au Québec. Sans compter une sous-utilisation de la main-d’œuvre restant à combler.

Selon les données de Statistique Canada publiées vendredi, l’emploi a progressé de 94 000, ou 0,5 %, en juillet, abaissant le taux de chômage de 0,3 point par rapport à juin, à 7,5 %. Au Québec, le gain net a été de 7500 emplois, ou 0,2 %, par rapport au mois précédent, réduisant de 0,2 point de pourcentage le taux de chômage, à 6,1 %.

Malgré cette hausse, l’emploi reste à 246 000, ou à 1,3 % sous son niveau de février 2020 à l’échelle canadienne, contre 3,8 % aux États-Unis. Au Québec, l’emploi en juillet était en progression de 771 700 depuis mai 2020, ce qui correspond à un peu plus de 93 % des 825 900 emplois perdus entre février et avril 2020, souligne l’Institut de la statistique du Québec.

De plus, avant la pandémie, le taux de chômage canadien s’établissait à 5,7 % en février 2020, non loin de son creux historique de 5,4 % de mai 2019. Et le taux de chômage ajusté — qui comprend les personnes qui voulaient un emploi, mais qui n’en ont pas cherché un — se chiffrait à 9,5 % en juillet. Quant au taux d’emploi, à 60,3 % le mois dernier, il s’inscrivait en baisse de 1,5 point de pourcentage par rapport au niveau prépandémique, alors que le total des heures travaillées était de 2,7 % en deçà.

Sous-utilisation persistante

Malgré son recul de 1,2 point de pourcentage à 14,4 % en juillet pour revenir à son niveau le plus faible depuis le début officiel de la crise sanitaire, le taux de sous-utilisation de la main-d’œuvre affichait également un retard persistant. « La plupart des composantes du taux sont demeurées plus élevées qu’avant la pandémie. Par rapport à février 2020, on comptait un plus grand nombre de personnes en emploi, mais qui ont travaillé moins de la moitié de leurs heures habituelles (+225 000 ; +27,7 %), de personnes à la recherche d’un emploi (+369 000 ; +35,5 %) et de personnes qui voulaient un emploi, mais qui n’en ont pas cherché (+55 000 ; +14 %). En revanche, le nombre de personnes qui avaient été mises à pied temporairement était pratiquement le même que le nombre prépandémique pour la première fois depuis le début de la pandémie », indique Statistique Canada.

S’y greffe la problématique du chômage de longue durée. Le nombre total de chômeurs a diminué de 70 000 ou de 4,4 % en juillet, ce qui comprend une réduction de 54 000 ou de 11,3 % des chômeurs sans emploi depuis 27 semaines ou plus. N’empêche, ce chômage de longue durée était en hausse de 244 000, ou de 135,9 % par rapport à février 2020, représentant 27,8 % du chômage total en juillet.

De ce nombre, les personnes au chômage depuis un an ou plus représentaient 68,8 % des chômeurs de longue durée, soit « la proportion la plus élevée jamais enregistrée depuis que des données comparables ont commencé à être publiées en 1976 ».

Les données de Statistique Canada offrent un regard sur le télétravail. Parmi les personnes qui ont travaillé au moins la moitié de leurs heures habituelles, la proportion travaillant à domicile a diminué de 2 points de pourcentage pour s’établir à 25,8 % en juillet, « revenant aux faibles niveaux pandémiques observés à l’automne 2020 ». À titre de comparaison, on peut mettre ce poids dans la perspective qu’environ 4 % des employés étaient dans cette situation en 2016. Et dans cette autre perspective qu’avant la pandémie, 36 % des travailleurs canadiens étaient un « télétravailleur potentiel », c’est-à-dire qu’il occupait un emploi pouvant vraisemblablement être exercé à domicile, mais qu’il ne travaillait pas habituellement à domicile la plupart du temps.

L’agence fédérale ajoute que 51,6 % des personnes continuant présentement de travailler à domicile le font comme mesure d’adaptation temporaire en réponse à la pandémie.

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