La science COVID appliquée aux voyages

Laissons parler la science, répète Ottawa comme un mantra. Cette science COVID-19, peaufinée au rythme de l’évolution de la pandémie, inciterait pourtant à une prise de décision fondée sur le risque qui contraste avec la timide politique d’ouverture des frontières présentement appliquée par Ottawa.

Les assouplissements des mesures de quarantaine annoncés lundi par Ottawa demeurent timorés et souffrent vraisemblablement d’une hésitation concernant les variants qui peut expliquer l’absence d’un plan de réouverture plus global. Si elle s’éclaircit pour les voyagistes d’agrément spécialisés en vols nolisés, la voie aérienne demeure toujours obstruée pour les transporteurs réguliers comptant sur les voyageurs étrangers pour relancer leurs activités à plus grande échelle.

Il est certes reconnu que, lorsque la santé publique est en jeu, les choix gouvernementaux sont naturellement peu portés vers la prise de risque, même calculé. Vaccination aidant, la science COVID-19 fait pourtant aujourd’hui la démonstration que l’adoption de politiques pour voyages internationaux calibrées selon les risques évalués est désormais une avenue pouvant être empruntée. Avec une COVID-19 en voie de devenir endémique pour quelques années encore, « les gouvernements et l’industrie doivent collaborer pour rétablir la connectivité mondiale tout en gérant les risques », propose l’Association du transport aérien international (IATA, en anglais).

Même le Comité consultatif d’experts sur les tests de dépistage de la COVID-19, mis sur pied en novembre par la ministre fédérale de la Santé, se voulait plus dynamique. Le quatrième rapport du Comité déposé à la fin de mai s’intéressait à l’ensemble des personnes qui entrent au Canada en provenance d’autres pays. Ses principales recommandations concluaient à l’inutilité et à l’iniquité de la quarantaine de trois jours à l’hôtel. Elles proposaient la suppression de la quarantaine et des tests avant le départ pour les voyageurs pleinement vaccinés, et la réduction de la durée globale de la quarantaine à 7 jours au lieu de 14. Le rapport confirmait également l’efficacité de l’utilisation des tests antigéniques rapides (TAR) pour déceler les cas positifs, une efficacité pouvant toutefois varier pour les personnes asymptomatiques.

Déjà à l’automne une étude réalisée par l’IATA — l’organisation représentant les compagnies aériennes — proposait que, si les tests de dépistage étaient généralisés au départ, le risque de voir un passager contaminé à bord d’un avion serait de 0,06 %, c’est-à-dire 12 cas positifs non dépistés pour 20 000 passagers à l’arrivée.

L’étude universitaire pilote lancée en septembre par McMaster HealthLabs auprès des passagers débarquant à l’aéroport Pearson de Toronto et impliquant quelque 21 000 tests, menée conjointement avec Air Canada et l’aéroport torontois, indiquait que la proportion de participants à l’étude qui ont obtenu un résultat négatif à la COVID-19 est de 99 %, contre 1 % qui ont été déclarés positifs. Une statistique reprise par le Comité d’experts. Une répartition des cas positifs par période de dépistage indique que 0,7 % des cas ont été détectés à l’arrivée, 0,3 % le septième jour et moins de 0,1 % le quatorzième jour. Dans ses conclusions préliminaires, McMaster soutenait que ces résultats viennent appuyer une approche privilégiant le dépistage et une quarantaine écourtée.

Les grands manufacturiers d’avions — les Airbus, Boeing, Embraer — publiaient pour leur part les analyses calculant un haut taux d’efficacité du système de ventilation des appareils, une efficacité confirmée par les tests menés par l’United States Transportation Command en août. Le port du masque à bord ajoute une couche de protection supplémentaire.

Depuis, les avancées scientifiques proposent des données démontrant qu’« il existe des protocoles de filtrage et de dépistage aussi efficace qu’une quarantaine de 14 jours [et qu’ils] réduisent le risque pour le pays de destination », ajoute l’IATA, citant une modélisation appliquée par Airbus. Un constat renforcé par Boeing. Les analyses du fabricant tenaient compte de divers facteurs, dont les taux de prévalence de la COVID-19 dans les pays d’origine et de destination, l’efficacité des tests PCR et des tests TAR, et la chronologie de la maladie chez les passagers voyageant avec la COVID-19.

Contribution de la vaccination

Cela valait pour les mesures préventives visant à minimiser, voire à annihiler, le risque de transmission et de contagion entre passagers et d’un pays à l’autre. S’ajoute désormais aux protocoles de filtrage et de dépistage la contribution de la vaccination. Tant en Europe (ECDC) qu’aux États-Unis (CDC), les centres de contrôle et de prévention constatent que la vraisemblance qu’une personne pleinement vaccinée soit infectée par la COVID-19 ou transmette le virus est de très basse à basse.

L’avancée du programme de vaccination étant ce qu’il est, l’on retient désormais que les stratégies sans mesures de quarantaine peuvent justifier le redémarrage des voyages internationaux avec peu de risque d’introduire la COVID-19 dans le pays de destination. À la protection démontrée contre la maladie grave et la mortalité, les observations scientifiques soutiennent aussi que les voyageurs doublement vaccinés ou ayant déjà été infectés présentent un risque plus faible d’importation et de transmission du SRAS-CoV-2, même face aux variants.

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