Une dictature pure et simple?

Pour la première fois dans l’histoire de la République islamique d’Iran, l’élection présidentielle de 2021 a été une pure farce, au résultat décidé et connu à l’avance.

Malgré le caractère forcément autoritaire, dès ses débuts en 1979, d’un régime dominé par les ayatollahs, ce régime avait toujours conservé une part d’imprévisible en politique intérieure, une certaine division des pouvoirs et un versant procédural « démocratique »… non insignifiant.

Malgré une tutelle religieuse inscrite dans le système, malgré les tentacules mafieux de cette tutelle sur l’économie et la société, avec l’« État dans l’État » que constituent les Gardiens de la révolution, malgré un filtrage des candidatures (plus ou moins strict selon les années), les élections permettaient à deux tendances de l’opinion publique de se mesurer et de s’affronter périodiquement, dans des joutes véritables.

La première de ces tendances insistait sur la fidélité à l’islam révolutionnaire, la fermeté face au reste du monde, l’application stricte des préceptes religieux, au prix de graves restrictions à la liberté des femmes et de la société civile. Au prix également d’une grande souffrance sociale et économique, corollaires de l’isolement international et de la « pureté révolutionnaire ».

La seconde tendance avait toujours préconisé, dans le cadre du régime et consciente des limitations de l’exercice, une plus grande tolérance sociale, un allègement des obligations religieuses, et une insertion dans la communauté internationale, en commençant par le commerce et l’adhésion aux traités.

L’idée était de promouvoir simultanément, dans un cercle qui se voulait vertueux, l’ouverture au monde, les libertés à l’interne et le niveau de vie.

C’était clairement le pari du président sortant, Hassan Rohani, avec l’accord de Vienne sur le nucléaire (juillet 2015), qui tablait sur une levée des sanctions internationales. Pari saboté — entre autres — par Donald Trump en mai 2018, lorsqu’il retira unilatéralement les États-Unis de l’accord.


 
 

L’élection la plus significative et authentique fut celle de juin 2009. Cette année-là, des candidats réformistes, et même super-réformistes, furent autorisés. Les populations jeunes des villes, excédées par la tutelle de l’islam et de la vieille mafia politique, se mobilisèrent derrière un candidat en particulier : Mir-Hossein Moussavi. En se ralliant au mouvement social, cet ancien premier ministre réformiste devint peu à peu, ce printemps-là, un révolutionnaire.

Mais ce funeste 12 juin 2009, le camp conservateur autour de l’ayatollah Khamenei et des « Gardiens de la révolution » (avec leurs sanguinaires miliciens « bassidjis »), improvisa dans la panique un coup d’État électoral.

On diffusa rapidement des chiffres imaginaires (alors que tous les sondages donnaient Moussavi gagnant) qui « réélisaient » le sortant Ahmadinejad dès le premier tour, avec un score invraisemblable. S’ensuivirent plusieurs semaines de protestations populaires, écrasées dans le sang.

Malgré cet épisode capital et traumatique, on joua le retour à la normale lors de l’élection de 2013, alors qu’Hassan Rohani, un « modéré » prudent, fut élu (puis réélu en 2017). Son programme : la reprise de contact avec le reste du monde, la « normalisation » du programme nucléaire iranien, avec à la clé une levée des sanctions. Avec les résultats que l’on sait.

Ce qu’il y a d’absolument nouveau dans l’élection de vendredi, c’est que, cette fois, le « filtrage » des candidatures réformistes a été total : aux ordres du « guide suprême », l’autorité électorale n’a à peu près rien laissé passer. Ce qui a ôté d’emblée toute signification à la consultation.

Désespérés et réalistes, les électeurs réformistes ont agi en conséquence : pour la première fois, le taux de participation a glissé sous les 50 % (à 48,8 %), contre 72 % en 2017… et 85 % en 2009 !

La boucle est bouclée : l’élection présidentielle ne veut plus rien dire en Iran, où la dictature s’affirme. Ebrahim Raïssi sera un simple porte-parole obéissant du « guide suprême »… avant, peut-être, de lui succéder.

François Brousseau est chroniqueur d’affaires internationales à Ici Radio-Canada.

À voir en vidéo