Cryptodéception

Difficile accouchement physique de la monnaie virtuelle. La SEC, l’autorité américaine de réglementation en valeurs mobilières, retarde toujours l’entrée en scène aux États-Unis du premier Fonds négocié en Bourse (ETF, en anglais) consacré à la cryptomonnaie.

La planète crypto était déçue. Mercredi, la SEC va annoncer un nouveau report concernant sa décision d’approuver ou pas un ETF Bitcoin. Cette fois, il s’agissait du VanEck Bitcoin Trust, pouvait-on lire sur Bitcoin Matin. « Les raisons du report sont toujours les mêmes : le régulateur craint de ne pas avoir la capacité de surveiller ce marché en raison de la multitude de plateformes qui existent. Elle ne disposerait donc pas, selon elle, des outils nécessaires pour garantir la protection des investisseurs contre les fraudes et les manipulations. »

Pour Journal du Coin, « si, du côté de la SEC US, la décision d’approuver un ETF Bitcoin se fait toujours désespérément attendre, les marchés canadiens ont bien su saisir cette opportunité ». Le journal électronique donnait l’exemple canadien, qui a vu apparaître son premier FNB basé sur Bitcoin (BTC) en février. Puisant son information du site agrégateur de données bybt, Journal du Coin soutient que le FNB Purpose Bitcoin, de Purpose Investments, « attire toujours plus de clients, aussi bien institutionnels que privés », avec son approche consistant à être adossé à des bitcoins physiques, non à des produits dérivés. « Ce premier ETF de l’histoire de Bitcoin aurait désormais accumulé un peu plus 19 692 BTC, soit un joli magot d’environ 790 millions de dollars au moment où ces lignes sont écrites. »

Les observateurs pensaient que la percée indirecte sur le marché boursier, confirmant la cryptomonnaie dans sa forme valeur mobilière, devait être facilitée par l’arrivée en avril de Gary Gensler à la tête de la SEC. M. Gensler était responsable de la Commodity Futures Trading Commission (CFTC) sous l’administration Obama. Cette institution avait en décembre 2017 autorisé l’introduction des premiers contrats à terme Bitcoin à la Bourse des marchandises de Chicago. En donnant son autorisation, la CFTC parvenait pourtant difficilement à cacher son malaise, insistant sur le fait que son feu vert « ne constituait pas une approbation de la Commission pour l’utilisation ou la valeur des produits de monnaie virtuelle ou de leurs dérivés ».

En décembre 2017 le marché des monnaies virtuelles était valorisé autour des 300 milliards et était en définitive l’affaire du Bitcoin. Selon Coin Market Cap, on dénombre aujourd’hui plus de 10 000 cryptomonnaies et quelque 382 plateformes sur un marché dont la capitalisation atteint les 1500 milliards $ US, dominé à 45 % par le Bitcoin et à 17 % par Ethereum. Ces deux cryptomonnaies coiffent un Top-20 qui accapare 90 % du marché, les autres acteurs d’importance retenant des parts respectives de 5 % ou moins.

Actif spéculatif

Les cryptomonnaies et cryptoactifs demeurent des éléments d’actif spéculatifs. C’est la volatilité de leurs cours qui a donné naissance aux contrats à terme à la Bourse de Chicago. D’abord sur le Bitcoin, puis sur l’Ethereum, en février 2021. Si ce véhicule venait conférer à la monnaie virtuelle une forme de valeur mobilière négociée sur les plateformes structurées et réglementées, il n’en demeure pas moins que ces contrats ne permettent de spéculer que sur les aléas de la monnaie virtuelle. La Bourse a même été jusqu’à introduire des minicontrats représentant 10 % du bitcoin afin d’élargir l’accès à ce marché, d’en accroître la liquidité et de réduire les marges requises, renforçant une spéculation ayant tendance à s’autoalimenter.

Il reste que les contrats à terme demeurent un marché de niche. Les partisans de l’entrée en scène des FNB y voient une façon d’accoler l’étiquette Actif aux devises numériques, voire une reconnaissance de placement admissible, offrant une négociation en Bourse venant accroître l’accès et élargir la participation.

Une reconnaissance que la pandémie est venue renforcer. Si, depuis 2018, après une décennie truffée de corrections, de krach et de fraudes, le paysage monétaire cohabite avec la présence de ces monnaies numériques, la pandémie a conféré aux cryptomonnaies une dimension « antisystème » ou « valeur refuge » longtemps dévolue à l’or, un rôle facilité par l’avènement des produits dérivés. Et par l’évolution vers des monnaies virtuelles adossées à des actifs tangibles comme le dollar américain.

Pour la suite des choses, selon un sondage de l’Alternative Investment Management Association auprès des gestionnaires de fonds alternatifs, 21 % disent investir dans les cryptoactifs, qui comptent pour 3 % de leur actif sous administration investi. De plus, 26 % n’ayant pas investi soulignent qu’ils sont engagés dans la dernière ligne droite de leur planification visant à s’y engager. Mais la barrière ou l’hésitation réglementaire demeure le principal obstacle ou la principale crainte pour 82 % d’entre eux.

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