Timide relance verte

L’OCDE constate à son tour la timidité des plans de relance verte d’après-COVID des grandes économies. Le manque d’ambition est frappant, avec 83 % des fonds engagés ne tenant pas compte des dimensions environnementales de la crise, voire pouvant représenter un pas ou deux en arrière.

Une analyse menée par Oxford Economics et le Programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE), publiée le 10 mars, indiquait déjà que l’investissement vert ne compte, en moyenne, que pour 18 % des dépenses des plans de relance déposés ou connus à la fin de 2020. La comptabilisation du plan de relance européen de 1800 milliards d’euros, qui n’était pas opérationnel à la fin de 2020, ne ferait passer ce pourcentage qu’à 23,4 %. Et l’ONU de rappeler alors qu’il y a pourtant crise climatique et que le temps presse.

L’Organisation de coopération et de développement économiques est venue lundi documenter ce déficit d’attention et d’intention face à l’ampleur de la tâche. Les principales économies partenaires ont jusqu’à présent alloué 336 milliards $US à des mesures dites positives pour l’environnement, soit effectivement 17 % du montant total de 1950 milliards engagés jusqu’à présent à la relance économique de l’après-COVID-19. « Autrement dit, 83 % de ces fonds soit ne tiennent pas compte des dimensions environnementales de la crise soit, pire encore, font reculer les progrès réalisés dans certaines de ces dimensions. »

La base de données utilisée recense quelque 680 mesures nationales « présentant un intérêt pour l’environnement » réparties entre 43 pays et l’Union européenne. Est absent le vaste plan de relance de 1900 milliards du gouvernement américain. On y observe que les dollars alloués à des mesures de relance ayant un effet positif sur l’environnement « sont, en volume, peu ou prou équivalents aux fonds affectés à des mesures non vertes (celles dont les impacts environnementaux sont négatifs ou “ mitigés” ), pour les mesures qui ont une valeur monétaire », ajoute l’OCDE. L’on parle d’investissements de 336 milliards dans le premier cas, de 334 milliards dans le second.

Et l’on craint que l’impact bénéfique des engagements verts puisse être annihilé par ceux entrant dans la seconde catégorie. « Qui plus est, il ne faudrait pas croire non plus que les deux tiers restants des dépenses de relance dont l’impact écologique n’a pas encore été catégorisé auront un effet inoffensif sur l’environnement », déplore l’OCDE.

Il ressort également de l’étude que 37 % des 680 mesures recensées prennent la forme de subventions ou de prêts, 17 % de réductions d’impôts ou d’autres aides et 11 % de modifications de la réglementation. Et l’intervention dominante des mesures de relance vise l’atténuation du changement climatique, suivi loin derrière de la pollution de l’air. À l’opposé, la biodiversité, l’eau et la gestion des déchets et du recyclage souffrent d’un manque flagrant d’intérêt.

L’OCDE ajoute que plus de 60 % des mesures vertes ont une spécificité sectorielle tant en nombre qu’en montant dédié, ciblant surtout les énergies et le transport terrestre. On peut toutefois s’en féliciter, « dans la mesure où, dans bien des pays, ces secteurs sont responsables d’une forte proportion des émissions de GES et se prêtent souvent à des déploiements rapides (projets d’électricité renouvelable, infrastructures de véhicules électriques…) ».

Au tiers positif au Canada

Pour le Canada, sur les quelque 70 projets ou mesures composant la banque de données, 22 sont qualifiés de positifs pour l’environnement, 46 % étant neutres et 22 % négatifs. Par secteur, le gros de l’attention porte sur l’énergie qui, en nombre, accapare plus de la moitié des interventions, l’impact étant essentiellement positif ou mixte. En valeur cependant, l’appui à l’augmentation de la capacité albertaine de transport énergétique et à l’accès aux marchés internationaux pèse lourd dans ce segment.

Dans l’ensemble, « il est toujours possible que les milliards de dollars alloués à des investissements verts soient réduits à néant face au soutien continu accordé à des activités néfastes pour l’environnement », fait ressortir l’OCDE.

Dans l’étude Oxford-PNUE, on donnait l’exemple de ces 16 % des plans ayant une incidence favorable sur la pollution de l’air, alors qu’autant (16,4 %) contribuaient à un accroissement de cette pollution. Aussi, 3 % des plans de relance faisaient miroiter un effet positif sur le capital nature, mais c’était l’inverse pour 17 % d’entre eux.

 

À voir en vidéo

5 commentaires
  • Pierre Boucher - Inscrit 18 mai 2021 05 h 03

    Sauvons la planète

    https://www.youtube.com/watch?v=7W33HRc1A6c&t=126s

  • Yvon Pesant - Abonné 18 mai 2021 09 h 38

    Question de responsabilité

    Il revient à chacun de nous de poser les gestes qui s'imposent chez soi et les actions qui s'imposent auprès des autorités gouvernementales de nos pays respectifs

  • Josée St-Marseille - Abonnée 18 mai 2021 13 h 46

    Disons les choses telles qu'elles sont

    On s'en fout de l'environnement, c'est aussi simple que ça.

  • Lola Thiffault - Abonnée 18 mai 2021 18 h 18

    Le pétrole

    L'etat fédéral n'en a que pour le pétrole et il gait la soude oreille à tout les avertissements des scientifiques qui prônent de le laisser là où il est.

  • Christian Roy - Abonné 18 mai 2021 21 h 48

    Plus on se rapproche du Mur... et plus vite on le fait...

    Moins il est visible !