Le boss

Sans blague, quelqu’un doutait-il sérieusement que François Legault était le seul et unique patron, dont l’opinion prévaut toujours au bout du compte ? Ou qu’il pourrait se ranger à l’avis du Dr Horacio Arruda même s’il n’est pas d’accord ?

Bien sûr, le premier ministre « écoute la science », comme il ne cesse de le répéter. Seuls les énergumènes comme Donald Trump ou les militants climatosceptiques du Parti conservateur du Canada ne le font pas. Sauf que la politique n’est pas une science exacte. Le comportement des humains en société est encore plus complexe que celui d’un virus, aussi vicieux soit-il.

Mardi, il était étonnant d’entendre M. Legault féliciter la Santé publique d’avoir eu le courage de changer d’idée sur l’assouplissement des règles sanitaires décrété quelques jours auparavant. Cela manquait à tout le moins de tact, mais personne n’est parfait. À un moment ou un autre, il arrive à tout le monde de chercher un bouc émissaire quand les choses tournent mal.

M. Legault a sans doute commis des erreurs depuis le début de la pandémie, mais sa performance se compare avantageusement à celle de bien d’autres. Même la Suède, si célébrée par ailleurs, s’était royalement fourvoyée avec sa stratégie d’immunité collective qui lui avait fait écarter tout confinement. Ces jours-ci, de nombreux Canadiens doivent malgré tout envier la situation du Québec.

Le plus grand mérite de M. Legault est peut-être d’avoir su évaluer avec justesse le degré de tolérance de la population et d’ajuster les mesures de restriction en conséquence, quitte à zigzaguer. Malgré la grogne et d’inévitables relâchements, elle s’y est largement conformée.

  

Il est certain que le fameux « yo-yo » peut causer de sérieux désagréments et même de véritables drames. Combien de commerces ne survivront pas à une autre fermeture ? Combien d’élèves garderont les séquelles d’un enseignement en dents de scie ? Il serait évidemment souhaitable d’éviter tous ces soubresauts, mais ils demeurent préférables à une paralysie complète des activités.

Le rythme de la pandémie impose des virages en épingle qui sont déconcertants, mais on assiste simplement de façon accélérée à ce qui est le lot habituel des gouvernements, même dans les périodes plus calmes.

On s’imagine à tort que tout est soigneusement planifié de longue date alors qu’un gouvernement agit très souvent en réaction aux événements et aux revirements de l’opinion publique, même si rien n’y paraît et que cela n’affecte pas notre train-train quotidien. On serait surpris de constater à quel point un projet de loi peut être modifié en cours de route par rapport à celui qui était prévu au départ.

Quand il est devenu premier ministre, M. Legault n’avait même aucune intention de renforcer la loi 101. Tout ce qu’il promettait, c’était d’appliquer ses dispositions avec plus de vigueur. La situation précaire du français était pourtant manifeste et bien documentée, mais il ne sentait pas une grande pression de l’opinion publique. Aujourd’hui, il ne peut plus se permettre de ne pas agir.

  

Qu’il soit dans l’opposition ou au pouvoir, tout chef de parti doit tenir compte de l’humeur de son caucus, qu’il doit prendre bien soin de ménager, mais tous n’ont pas le même ascendant sur leurs députés.

En Alberta, Jason Kenney fait face à une sérieuse fronde. Dans une lettre ouverte, pas moins de 17 députés conservateurs, soit le quart du caucus, contestent les nouvelles mesures sanitaires annoncées en début de semaine, affirmant défendre « le gagne-pain et les libertés » de leurs commettants.

Même si de nombreux députés de la CAQ préféreraient sans doute que leur gouvernement soit moins sévère, on ne pourrait pas les imaginer signer une telle lettre, qui constitue un véritable affront pour M. Kenney. M. Legault est le père fondateur de la CAQ qui, dix ans après sa fondation, demeure sa créature. Depuis Duplessis, aucun chef de parti au Québec n’a joui d’une aussi forte autorité.

Il est vrai que les dissidents albertains sont issus du défunt Wildrose Party, qui se situait plus à droite que le Parti progressiste-conservateur avec lequel il s’est fusionné, et que la greffe n’a jamais vraiment pris.

Au-delà des considérations idéologiques, il y a surtout que le Parti conserveur uni de M. Kenney traîne 10 points derrière le NPD dans les sondages, ce qui donne à ses députés de bonnes raisons de craindre pour leur réélection. Au Québec, la CAQ détient une avance de 20 points sur le PLQ. Cela aide considérablement à asseoir l’autorité du boss.

25 commentaires
  • Patrick Boulanger - Abonné 10 avril 2021 00 h 20

    Juste une petite critique : le mot boss peut se traduire en français par patron.

    • Serge Pelletier - Abonné 10 avril 2021 10 h 27

      Mais le Legault, lui-même se dit avoir le nom "BOSS". Donc, ce n'est pas une anglicisation du terme patron qui est ici utilisé, mais l'un des noms/prénoms de Legault: François Boss Legault.

    • Christian Montmarquette - Abonné 10 avril 2021 11 h 26

      Après des décénies où les francophones ont été assujettis à "des boss" anglophones.

      Parlez de "boss" est une expression intégrée à la langue populaire depuis longtemps et typiquement québécoise.

      Vous n'allez quand même pas nous obliger à parler du mot en "B" ?

      - Allez-vous aussi traduire le monologue d'Yvon Deschamps par :

      "Les syndicats qu'ossa donne ?"

      Ou encore : Une job steady pis un bon patron ?

    • Patrick Boulanger - Abonné 10 avril 2021 16 h 18

      @ M. Montmarquette

      Il n'est pas question de traduction de monologues dans mon commentaire.

      Il n'est pas non plus question de parler avec des mots liés à une lettre de l'alphabet. Je laisse cela à Jagmeet Singh.

    • Marc Therrien - Abonné 10 avril 2021 16 h 29

      Ou encore, par chef ou même, général. Comme dans: "Chef! Oui chef!" ou à "À vos ordres mon général!"

      Marc Therrien

  • Serge Pelletier - Abonné 10 avril 2021 03 h 22

    M. David, il est honteux de comparer Legault à Duplessis

    M. David, il est honteux de comparer Legault à Duplessis. Le Legault, François de son prénom, n'arrive même pas aux chevilles de Maurice Duplessis. En fait, le Legault en question est simplement un opportuniste qui a bénéficié du ras-de-bol des québécois du gouvernement Couillard qui n'arrêtait pas de les traiter de racistes et autres qualificatifs du même genre. De plus, comme le PQ était encore plongé dans ses perpétuelles chicanes internes, il était facile de le relier sur les banquettes arrières... Le PQ a même perdu l'un de ses châteaux forts, soit Hochelaga-Maisonneuve qui est maintenant aux mains de la petite gang du Plateau...

    Mais, il y a encore pire, le Legault en question a été ministre sous les gouvernements de Bouchard (le Père Fouetard) et de Landry (maintenant un saint parmis les saints) ... Durant cette période comme ministre il n'a absolument rien fait de potable... et ce qu'importe le ministère où il occupait le plus haut poste, soit celui de boss des ministères. Beaucoup de broues, énormément de broues... Mais absolument rien de "potable"... Pire, c'est lui qui a lancé comme cela qu'il fallait absolument que les médecins du Québec gagnent un salaire comme ceux de Toronto... On connait la suite... Cela n'était pas entré dans les oreilles de sourds... Une niaiserie similaire pour l'éducation: on va regroupé les échelons salariaux qui ont traits à la scolarité acquise... L'on connait la suite.

    Il a été à la bonne école pour les bonniments et les manipulations en tous genres... Il a aussi appris la "frorce omnipotence" de contrôler par sa présence perpétuelle dans les médias télévisuels... et de contrôler ainsi toute la place... et les "nouvelles". Vous avez mentionné que Le Legault en question était "un peu brouillon"... Hihihi! Que non, il est simplement un manipulateur et un bonimenteur... et comme il a été à la bonne école dans le domaine, il s'est entouré de pareil à lui, mais en plus avec une spécialisation en lèchage de derrière... Le sien.

    • Patrick Boulanger - Abonné 10 avril 2021 11 h 33

      « Depuis Duplessis, aucun chef de parti au Québec n’a joui d’une aussi forte autorité. » (M. David)

      Ne vous énervez pas pour si peu. Si vous pensez que le chroniqueur a tort, vous n'avez qu'à démontrer qu'il se trompe au lieu de vous en prendre au premier ministre en argumentant... à côté de l'affirmation de Michel David.

    • Christian Montmarquette - Abonné 10 avril 2021 11 h 38

      François Legault lui-même s'est comparé au corrompu et politicailleur de la grande noiceur Maurice Duplessis.

      Et comme si ce n'était pas assez, il s'est aussi comparé à Donald Trump.

      - Édifiant !

      Legault se compare à Trump - La Tribune

      https://www.latribune.ca/opinions/legault-se-compare-a-trump-26956e17f427a645a43209d35da56856

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  • Patrick Daganaud - Abonné 10 avril 2021 03 h 40

    LA CONCENTRATION DU POUVOIR ET SES MÉFAITS

    AUTOCRATISME
    Monsieur Legault a été contaminé par le syndrome d'Hubris en accédant au pouvoir et au poste de PM qu'il convoitait si frénétiquement, quitte à virer sa veste de bord autant de fois que ses pulsions le lui dictent.
    Blâme facile pour ses « subordonnés », dont la caractéristique uniforme est de quêter des yeux sa bénédiction transcendantale lors des points de presse à autocongratulation dirigée.
    En revanche, pour lui-même, le mérite facile et l'évaluation désinvolte au moment d'applaudir ses réalisations, sans mesurer leurs impacts ou leurs bénéfices résiduels réels.
    Le Québec, sous sa gouverne, n'a pas fait de prouesses pour endiguer les maints effets de la pandémie.
    Le système de santé, vampirisé par les excès salariaux des médecins et des spécialistes, sera tantôt infinançable. La qualités des formations précipitées entachera le rehaussement professionnel.
    Ce n'est pas gérer la crise : c'est la générer et l'amplifier, à croire qu'il y a un intérêt à gouverner en eaux troubles, vu le déni béat de la population et ses effets sur les sondages.

    RÉUSSITE SCOLAIRE
    L'un de ses leitmotivs est de maintenir ouvertes les écoles pour y accueillir notre jeunesse.
    Il serait drôlement plus pertinent de les y faire réussir, mais ce n'est, depuis son passage en éducation, manifestement pas sa tasse de thé (ni celle du ministre Roberge).

    « Combien d’élèves garderont les séquelles d’un enseignement en dents de scie ? »
    ENVIRON 40 %.
    Pourquoi? Parce que les deux dernières tranches des rangs cinquièmes, faibles et très faibles, n'ont ni les plans d'intervention ni les services à hauteur de leurs besoins et que les enseignants ne peuvent pas tout porter à bout de bras !

    DES SOUBRESAUTS ?
    « Il serait évidemment souhaitable d’éviter tous ces soubresauts, mais ils demeurent préférables à une paralysie complète des activités. »
    L'échec scolaire endémique sera une paralysie complète des écoliers concernés et non un soubresaut dans la théorie du moindre mal !

  • Hélène Lecours - Abonnée 10 avril 2021 06 h 03

    Ce qui est souhaitable et ce qui ne l'est pas?

    "Il serait évidemment souhaitable d’éviter tous ces soubresauts, mais ils demeurent préférables à une paralysie complète des activités!" Moi, j'appelle ça de la politique à la petite semaine. La preuve du contraire est faite si on regarde du côté de l'Asie où on peut empêcher des millions de personnes de circuler du jour au lendemain, jusqu'à extinction des foyers de pandémie. Sont-ils en récession pour autant? Ou en meilleure position économique que jamais ? Ici, une liberté à la petite semaine qui frustre tout le monde autant qu'un arrêt tout sec et pour plus longtemps. Alors? Question de philosophie politique, je suppose. Mais soyons scientifiques au moins. Tenir compte de l'humeur du peuple est une arme à deux tranchants dans les circonstances actuelles. Pour ma part, je reste plutôt avec une impression de mollesse, de cafouillages et de tergiversations écoeurantes qui finissent par vouloir dire "faites donc ce que vous voulez". Heureusement, le bon sens domine encore chez le bon peuple qui semble avoir compris où est son intérêt au Québec. Je nous félicite pour ça.

  • Pierre St-Amant - Abonné 10 avril 2021 06 h 30

    Lunettes bleues?

    Étrange cet article. Le critère utilisé par M David pour juger de la réussite, ou non, de M Legault, paraît être la position de ce dernier dans les sondages. Mais est-ce bien suffisant pour décréter que les autres provinces devraient envier la performance du Québec? Il reste que le Québec a, de loin, le plus grand nombre de morts Covid-19 per capita au Canada et que notre système de soins de santé est sous haute tension depuis plus d’un an. Le lien entre les mesures de restriction sanitaires et la contagion est sans doute difficile à évaluer, mais il est probable que des périodes de relâchement excessif ont contribué à la formation de « vagues Covid-19 » qui ne sont bonnes ni pour la santé de la population ni pour celle de l’économie. Et pourquoi cette référence à l’exemple suédois? Plusieurs autres pays ont beaucoup mieux fait face à la Covid-19. La Nouvelle-Zélande, l’Australie, Taïwan et les pays scandinaves autres que la Suède, par exemple. Les provinces atlantiques ont aussi bien fait en termes du nombre de victimes. Pourquoi, comme M Legault, comparer le Québec à ceux qui font moins bien?