Un autre printemps de pandémie

Le premier ministre François Legault avait plusieurs raisons de se désoler cette semaine tandis que les critiques se sont enchaînées sur sa gestion « yoyo » de la pandémie. Après avoir assisté à une autre flambée des cas de COVID-19 en Europe depuis plusieurs semaines, comment se fait-il que le gouvernement Legault n’ait pas su se préparer à une recrudescence semblable ici ?

Se voyant contraint d’endurcir des mesures sanitaires qu’il venait tout juste d’assouplir, M. Legault a incité beaucoup de Québécois à se demander si leur premier ministre avait perdu le contrôle de la situation.

Toutefois, après la semaine houleuse que viennent de passer Doug Ford et Jason Kenney, M. Legault peut se consoler. Les premiers ministres de l’Ontario et de l’Alberta ont subi une avalanche de critiques après avoir ordonné un resserrement des restrictions sanitaires dans leur province respective, où les variants du coronavirus ont contribué à la hausse fulgurante des cas de COVID-19 depuis deux semaines.

Contrairement à M. Legault, qui n’a pas dû jusqu’ici encaisser de coups provenant de ses propres députés, MM. Ford et Kenney doivent se défendre contre les membres de leurs partis qui les trouvent trop stricts. Coincés entre leurs bases conservatrices, qui exigent la fin des restrictions, et les épidémiologistes et chroniqueurs d’opinion, qui les accusent d’avoir attendu trop longtemps avant d’agir pour stopper la troisième vague, ils font tous les deux face à une tempête médiatique beaucoup plus tumultueuse que M. Legault.

Un enjeu politique

En Ontario et en Alberta, la pandémie est un enjeu politique presque autant que sanitaire, et les opposants de MM. Ford et Kenney ne se privent pas d’utiliser la crise pour essayer d’associer leurs approches à celles des gouverneurs républicains aux États-Unis, pour qui la liberté individuelle prime tout. En l’occurrence, M. Legault a une tâche relativement plus facile.

Pendant ce temps, le premier ministre fédéral, Justin Trudeau, a passé une semaine plutôt tranquille. Alors qu’il était constamment sur la sellette en janvier et février en raison des multiples retards dans les livraisons de vaccins contre la COVID-19, l’accélération des livraisons depuis la mi-mars semble avoir mis fin à la grogne de la population à l’égard de son gouvernement.

La ministre responsable de la négociation des contrats d’achat avec les fabricants de vaccins, Anita Anand, a réussi à dépasser les attentes en annonçant récemment que le Canada recevra beaucoup plus de vaccins que prévu au deuxième trimestre, grâce, entre autres, à la décision du gouvernement américain de nous « prêter » 1,5 million de doses du vaccin AstraZeneca.

La ministre de la Santé, Patty Hajdu, s’est même vantée cette semaine d’avoir dépassé le seuil des 10 millions de doses de vaccins livrées aux provinces, tout en faisant remarquer que des centaines de milliers de ces doses n’avaient pas encore été utilisées — un commentaire qui a fait sursauter M. Ford en particulier.

En Ontario, les libéraux et les néodémocrates dénoncent la lenteur de la campagne de vaccination du gouvernement Ford auprès des communautés défavorisées et racialisées.

La population canadienne mise à rude épreuve

Il n’empêche que si le gouvernement Trudeau avait réussi à devancer la livraison des vaccins en janvier, comme l’ont fait la Grande-Bretagne et les États-Unis, le Canada aurait peut-être pu éviter cette troisième vague qui met la population entière à rude épreuve après plus de 13 mois sous le joug de mesures sanitaires. Le Canada reste loin derrière ces deux autres pays, qui ont déjà administré plus de 50 doses de vaccin par 100 habitants, contre 19 doses par 100 habitants ici.

Presque la moitié des Britanniques ont déjà reçu une première dose d’un vaccin contre la COVID-19, surtout celui d’AstraZeneca. Et malgré les controverses qui l’entourent, il n’y a pas beaucoup de Britanniques qui critiquent le gouvernement du premier ministre Boris Johnson pour avoir misé massivement sur ce vaccin, développé à l’Université d’Oxford. Lundi, la Grande-Bretagne entrera dans la première phase d’un assouplissement progressif des mesures sanitaires, alors que les Montréalais s’apprêtent à vivre de nouveau avec un couvre-feu à 20 h.

La vaccination aux États-Unis

Aux États-Unis, le président Joe Biden vient d’ordonner aux États d’ouvrir leurs campagnes de vaccination à toute la population adulte à partir du 19 avril. Avec plus d’un Américain sur trois ayant déjà reçu une première dose, le pays le plus endeuillé par la pandémie semble beaucoup moins touché que le Canada par la troisième vague. Le gouvernement américain dépasse de loin ses cibles en matière de vaccination.

Alors que M. Biden visait l’administration de 100 millions de doses dans ses 100 premiers jours dans la Maison-Blanche, les États auront injecté plus de 200 millions avant cette date à la fin du mois.

Hélas ! Seulement 17 % des Canadiens ont reçu une première dose de vaccin contre la COVID-19, trop peu pour éviter un autre printemps à oublier.

4 commentaires
  • Mario Jodoin - Abonné 10 avril 2021 00 h 58

    Moins touché?

    «Avec plus d’un Américain sur trois ayant déjà reçu une première dose, le pays le plus endeuillé par la pandémie semble beaucoup moins touché que le Canada par la troisième vague»

    Pourtant, encore hier, on dénombrait 85 368 cas et 929 décès aux États-Unis, bien plus par habitant (surtout pour les décès) que les 9255 cas et 40 décès du Canada. Cela montre que, même avec plus de 35 % de vaccinés, les mesures sanitaires ont toujours leur importance.

  • Sylvio Le Blanc - Abonné 10 avril 2021 09 h 22

    Le chroniqueur écrit :

    « Le Canada reste loin derrière ces deux autres pays, qui ont déjà administré plus de 50 doses de vaccin par 100 habitants, contre 19 doses par 100 habitants ici. »

    Et à la fin :

    « Seulement 17 % des Canadiens ont reçu une première dose de vaccin contre la COVID-19, trop peu pour éviter un autre printemps à oublier. »

    19 % contre 17 %. J'en ai perdu un bout ou quoi ?

    • Mario Jodoin - Abonné 10 avril 2021 15 h 51

      Un bon nonbre de personnes, surtout hors Québec, ont reçu deux doses. Cela explique la différence entre ces deux pourcentages.

    • Sylvio Le Blanc - Abonné 10 avril 2021 23 h 23

      Vous avez raison, cela m'avait échappé.