Pas de salut sans consommation

Les entreprises sont encore nombreuses à ne pas avoir le moral et à craindre pour leur survie. À douter aussi que le miniboom économique qu’anticipent les dernières statistiques puisse prendre forme, atténué qu’il serait par une frilosité des consommateurs. Sans consommation, point de salut.

L’économie canadienne reste encore sous le choc d’une contraction de 18,2 % du PIB en mars et avril 2020. L’activité totale mesurée en décembre demeurait inférieure d’environ 3 % au niveau enregistré en février, avant la pandémie, a rappelé Statistique Canada. Mais si les dernières statistiques, combinées à l’avancée de la vaccination, laissent entrevoir un rebond ressenti sous l’euphorie des consommateurs cumulant les dépenses non réalisées ou refoulées, les entreprises sont encore nombreuses à broyer du noir.

Statistique Canada a publié vendredi les résultats de son Enquête canadienne sur la situation des entreprises, menée entre le 11 janvier et le 11 février 2021. Pour la prochaine année, 51,3 % des entreprises disaient ne pas savoir combien de temps elles pourraient poursuivre leurs activités à leur niveau actuel de revenus et de dépenses avant d’envisager la fermeture ou la faillite.

Pour les trois mois suivant la période de l’enquête, « les fluctuations de la demande des consommateurs étaient un obstacle fréquemment attendu par les entreprises des services d’hébergement et de restauration (45,5 %), du commerce de détail (43,3 %), du commerce de gros (39,6 %), de la fabrication (35,2 %), de la construction (31,9 %) et des arts, des spectacles et des loisirs (30,1 %). Hormis les fluctuations de la demande des consommateurs, les principaux obstacles auxquels s’attendaient les entreprises variaient d’une industrie à l’autre », précise l’agence fédérale.

Ce sacro-saint consommateur sera-t-il au rendez-vous ? La marge de manœuvre financière est pourtant bien réelle. La pandémie a généré une épargne additionnelle estimée à 160 milliards de dollars. La crise sanitaire a également propulsé le taux d’épargne, accru le revenu personnel disponible, alimenté un effet de richesse sous le coup d’une flambée des prix de l’immobilier et d’une poussée des cours boursiers, et contribué à une diminution de l’endettement.

Selon Equifax, la dette moyenne du consommateur (excluant les prêts hypothécaires) a diminué au quatrième trimestre de 2020 à 23 043 $, soit un recul de 3 % comparativement au trimestre correspondant de 2019, une baisse redevable essentiellement à la réduction des soldes sur carte de crédit, liée à une diminution des dépenses et à un plus grand remboursement de l’encours.

En revanche, en raison de la frénésie immobilière, le montant moyen du prêt hypothécaire a augmenté de 14,4 % entre les quatrièmes trimestres de 2029 et de 2020, ajoute Equifax, soit le plus grand bond d’une année à l’autre depuis 2015, qui n’est pas sans produire un resserrement dans le budget de l’acheteur d’une première maison. Et quelque trois millions de Canadiens se sont prévalus des reports de paiement de crédit. Selon les chiffres de la Banque du Canada, depuis le début de la pandémie, 14 % des propriétaires ayant un prêt hypothécaire et 10 % des locataires ont demandé des reports de remboursement, toutes dettes confondues, depuis le début de la pandémie. Sans report, le taux d’arriérés de paiement sur les prêts hypothécaires a atteint un sommet de 1,3 % en octobre, « soit un niveau légèrement plus élevé que le pic historique de 1 % enregistré au début des années 1980 », lit-on dans une note analytique du personnel de la Banque du Canada. Les projections présentées font ressortir un retour à une normalité d’environ 0,4 % à la fin de l’année.

Les arbitrages entre la consommation et le remboursement des dettes devraient donc persister. En effet, tous ne sont pas égaux devant l’accroissement de l’épargne, qui se concentre chez les revenus moyens à élevés.

2 commentaires
  • Lawrence Desrosiers - Abonné 6 mars 2021 15 h 59

    la consommation

    Depuis le début de la pandémie je n'ai fait que 4 types d'achat, la nouriture, le loyer. les communications et la pharmacie. Plusieurs fois, une semaine sans aucun achat, c'est peut-être cela le bonheur parfait. Non je n'ai pas acheté des actions de Walmart, non je n'ai pas mis de l'argent de coté pour me payer une hyper consommation à la mort du COVID19, et bien j'ai payé mes soldes de cartes de crédits que j'ai pae la suite, annulées. Le Covid a eu deux bienfaits: celui pour la planète d'avoir éliminé Donald Trump et celui pour moi d'avoir éliminé mon gout de consommer

  • Robert Bérubé - Abonné 7 mars 2021 08 h 06

    Et si on inversait la dynamique...

    Notre salut passe par la réduction de consommation. Les scientifiques, mais peu d'éconimistes, s'entendent sur ce point. Je rêve du jour où l'on nous ventera les bienfaits de la décroissance et de l'économie circulaire, notions portées par les écolos.