QS, quinze ans plus tard

Au lendemain de l’élection du 1er octobre 2018, Gabriel Nadeau-Dubois se réjouissait que Québec solidaire (QS) ait fait la preuve qu’il n’était pas un accident de parcours. Quinze ans après sa fondation, il est en effet permis de croire que le parti est là pour durer, mais a-t-il un avenir pour autant ou est-il condamné à vivoter ? Le Parti vert du Canada aura bientôt 40 ans et il ne compte que 3 députés sur 338 à la Chambre des Communes.

Les périodes de crise sont toujours difficiles pour l’opposition. Le gouvernement occupe presque tout l’espace médiatique et le premier ministre Legault a su mieux que d’autres en tirer profit durant la pandémie. Si les trois partis d’opposition représentés à l’Assemblée nationale ont vu leurs intentions de vote diminuer par rapport à l’élection, il n’en reste pas moins que QS est celui qui a enregistré le recul le plus important.

La performance de ses députés n’est pas en cause. De façon générale, ils s’acquittent bien de leurs fonctions. On ne peut cependant pas dire que QS est devenu la « véritable opposition officielle », comme Manon Massé le proclamait dans l’euphorie de l’élection de 10 députés. S’il est vrai que sa vision de la société québécoise contraste bien plus fortement avec celle de la Coalition avenir Québec (CAQ), le Parti libéral du Québec (PLQ) demeure la principale, bien que peu désirable, solution de rechange au gouvernement Legault dans l’esprit de la population.

Dans l’état actuel des choses, l’objectif le plus réaliste de QS est d’éliminer définitivement le Parti québécois (PQ), nettement plus menacé par la CAQ, dont le nationalisme fortement identitaire est plus susceptible de séduire les électeurs péquistes que solidaires.

Les positions de Québec solidaire n’en sont pas moins fragiles. Bien des péquistes seraient sans doute prêts à appuyer la CAQ simplement pour faire battre le candidat de QS. La façon insultante dont les militants solidaires ont rejeté la main qu’ils leur tendaient en 2017, sans se soucier du tort causé à la cause souverainiste, ne sera pas digérée avant longtemps.

Les sièges montréalais de QS semblent moins menacés, même si la CAQ cherchera à élargir la tête de pont qu’elle a établie dans l’est de l’île. Dans Rosemont, où la majorité de Vincent Marissal a été la moins forte (2500 voix) en 2018, il faudrait que plus des deux tiers des votes péquistes passent à la CAQ, qui s’était classée quatrième, pour qu’elle l’emporte. Dans les quatre autres comtés solidaires, un tel scénario paraît encore plus invraisemblable.

Il y a beaucoup plus d’incertitude à l’extérieur de Montréal. À Québec, dans la circonscription de Jean-Lesage, Sol Zanetti l’avait emporté par seulement 699 voix sur la candidate caquiste. À Rouyn-Noranda–Témiscamingue, la majorité d’Émilise Lessard-Therrien n’avait été que de 506 voix. Dans Sherbrooke, celle de Christine Labrie avait été de 3450 voix, mais le vote y est très volatil : un parti différent y a remporté la victoire à chacune des trois dernières élections. Dans Taschereau, la position de Catherine Dorion, élue avec une majorité de 8511 voix, paraît plus solide.

En 2018, Québec solidaire avait réussi à se présenter comme le parti de l’environnement et de la lutte contre les changements climatiques. Dans le contexte de l’après-pandémie, la relance de l’économie deviendra vraisemblablement une plus grande préoccupation pour les électeurs et sera mieux incarnée par la CAQ.

Le premier ministre Legault a d’ailleurs tiré les leçons de la campagne de 2018. Le plan vert présenté l’automne dernier a certainement des lacunes, mais on ne peut plus dire que la CAQ est totalement indifférente à la protection de l’environnement. Elle pourra faire valoir les grands chantiers de transport collectif, l’atteinte de l’objectif d’aires protégées fixé par la Convention sur la diversité biologique des Nations unies, le feu vert donné au projet éolien Apuiat ou encore la fin de non-recevoir que le gouvernement vient d’opposer à une reprise de l’exploration pétrolière dans le golfe du Saint-Laurent.

Si la générosité et le désir de justice sociale de QS ne font aucun doute, ses positions demeurent faciles à caricaturer. Quand Manon Massé lui demande de réquisitionner les cliniques privées pour diminuer le délestage des opérations que la pandémie impose aux hôpitaux, M. Legault a beau jeu de répliquer que la solution de QS à tous les problèmes est de nationaliser.

Malgré les efforts pour recentrer son discours, une grande partie de la population voit toujours en QS un parti contrôlé par une bande de militants radicaux dont le seul objectif est de renverser le système capitaliste. En quinze ans, cette perception n’a pratiquement pas changé.

57 commentaires
  • Gérard Raymond - Abonné 6 février 2021 06 h 22

    M. Khadir disait récemment « Il y a beaucoup d’insatisfaction au sein de notre société à cause des élites qui, pendant trois ou quatre décennies ont forcé les privatisations, ont forcé l’austérité, ont causé l’accroissement d’inégalités qui font mal à beaucoup de gens ».
    Il a raison de déplorer les inégalités qui affligent une large partie des Québécois mais il a tort de parler d’accroissement au cours des trois quatre dernières décennies car le Québec, où il y a le moins de pauvreté au Canada, se situent au 12e rang des 37 pays membres de l’OCDE en matière de qualité de vie dont bénéficient ses concitoyens, cela en référence au coefficient de GINI. Pour y voir plus clair, voyons ce qui s’est passée au cours des six dernières décennies.
    Lorsqu’on prend le temps faire un retour en arrière pour déterminer à quels gouvernements on doit l’actuelle qualité de vie et la modernité du Québec, on constate que l’on doit énormément aux gouvernements du PLQ de Jean Lesage : nationalisation des compagnies d’électricité, SGF, réforme de l’éducation, RRQ, CDPQ, SQEM, assurance hospitalisation, CEGEP, UQUAM et ENAP.
    Le mérite des gouvernements Johnson et Bertrand de l’UN, tout comme ceux de Robert Bourassa, a été de concrétiser, en grande partie du moins, des mesures envisagées sous celui de leur prédécesseur Lesage.
    On doit aux gouvernements du Parti québécois, en nombre et en importance (aux plans culturel, social, financier, économique et politique), l’adoption des mesures hautement progressistes suivantes : loi 101, financement des partis politiques, loi anti-briseur de grève, loi sur la protection de la jeunesse, assurance automobile, code de protection du consommateur, protection du territoire, autosuffisance alimentaire, CSST, régie du logement, droit de la famille, condition féminine (égalité), RÉA, Fonds de solidarité, assurance médicament, loi sur l’équité salariale, jeux vidéo/effets visuels/IA, perception des pensions alimentaires, CPE, assurance parentale, AMF.
    On d

    • Patrick Boulanger - Abonné 6 février 2021 09 h 02

      Ce n'est pas parce que le Québec se positionne bien actuellement par rapport au coefficient de GINI qu'il n'a guère accru ses inégalités au cours des trois ou quatre dernières décennies. Je m'attaque ici à votre raisonnement et non aux faits dont j'ignore le réponse.

    • Pierre Drolet - Abonné 6 février 2021 09 h 56

      M. Raymond
      Très bon votre résumé des 6 dernières décennies, que je conserve précieusement.
      Merci.

  • Daniel E. Gendron - Abonné 6 février 2021 06 h 32

    La vaccination

    QS ne présente aucune position critique sur la vaccination. Le PLQ opte pour la prise en compte de l'avis des fabricants. Les modes d'emploi des vaccins Astra Seneca et Pfizer sont différents. Actuellement, le Québec pique du Pfizer selon le protocole Astra Seneca.

  • Yvon Pesant - Abonné 6 février 2021 07 h 16

    Le programme politique de QS

    Au moment de la campagne électorale de 2018, j'ai lu le programme politique de Québec solidaire. J'y suis retourné un an plus tard pour voir et savoir si le fond avait changé de ton. Pas du tout!

    Il est à se demander si tous les candidats et candidates de QS à cette élection avaient pris le temps de faire cette même démarche. Une chose est certaine pour moi, c'est que la majorité des personnes qui ont voté pour QS en 2018 ne l'avaient pas fait; se contentant de la seule lecture du programme électorale, si tant est qu'elles soient allées jusque là.

    J'invite tout le monde votant à lire et comprendre, ce faisant, ce qu'un gouvernement de Québec solidaire ferait et nous obligerait à faire s'il arrivait à prendre le pouvoir un jour.

    On peut être d'accord ou pas avec cette manière de gérer les affaires de l'État, celles des communautés locales et les siennes personnelles, jusque dans une assez bonne mesure, tout compte fait. L'important étant qu'on le sache bien avant de voter pour ça.

    • Patrick Boulanger - Abonné 6 février 2021 09 h 12

      Lire le programme avant de voter ou se présenter, quelle bonne idée! Cela dit, cet exercice est valable pour toutes les formations politiques.

    • Yvon Pesant - Abonné 7 février 2021 10 h 38

      Vous avez bien raison, monsieur Boulanger. En 2018, je connaissais déjà celui du PQ, je n'ai pas trouvé celui de la CAQ autre que ce qu'on trouvait comme information à saveur électoraliste dans les journaux et je n'ai pas cherché à connaître celui du PLQ. Allez savoir pourquoi.

  • Roger Gobeil - Inscrit 6 février 2021 07 h 23

    Tout ce que QS peut espérer, c'est de garder son crachoir à l'Assemblée nationale. C'est parfait pour lui. Avec en plus un mode de scrutin proportionnel, ce serait le bonheur total. Quant au PQ, il va continuer de vivoter encore un p'tit bout avec son projet d'indépendance qui ne se fera jamais. Quant au PLQ, son avenir est réglé avec les anglophones et les allophones. Une chance que Catherine Fournier est là pour rassembler tout l'monde. Au Québec, on rit pu!

    • Jean-Charles Morin - Inscrit 6 février 2021 12 h 15

      "Tout ce que QS peut espérer, c'est de garder son crachoir à l'Assemblée nationale. C'est parfait pour lui. Avec en plus un mode de scrutin proportionnel, ce serait le bonheur total. " - Roger Gobeil

      On peut toujours rêver d'avoir la lune...

  • Raynald Blais - Abonné 6 février 2021 08 h 12

    Pertinence de QS

    En affirmant « qu’une grande partie de la population voit toujours en QS un parti contrôlé par des radicaux dont le seul objectif est de renverser le capitalisme », M. David, vous faites preuve d’une méprisante condescendance envers les Québécois. Nous ne sommes pas si bêtes que ça.
    QS est un parti comme il y en a bien d’autres en Amérique latine qui mise sur la coexistence pacifique des classes sociales pour prendre le pouvoir. Et il compte y arriver en équilibrant la force acquise par la possession des capitaux et moyens de production avec celle que lui donnerait une majorité démocratique. M. David, vous auriez raison de critiquer cette politique sociale-démocrate qui a tant fait souffrir nos voisins sud-américains, mais vous avez tort de critiquer QS à partir de la perception que certains en ont, dussent-ils être nombreux.
    À cause de crises successives, lorsqu’une grande partie de la petite-bourgeoisie encouragée par d’autres classes menacera son oligarchie, la classe dominante souhaitera qu’un parti entretienne toujours l’illusion de la coexistence pacifique. Comme dans les scénarii sud-américains, un tel parti lui donnera le temps de rassembler ses forces pour reprendre, le moment venu, le contrôle social.
    Encore moins bêtes que nous le paraissons, M. David, nous comprenons qu’il est stratégique pour la bourgeoisie de médire aujourd’hui le parti qui sera la dernière chance d'épargner le capitalisme demain. Mais vous, qu’y gagnez-vous?

    • Claude Bariteau - Abonné 6 février 2021 09 h 22

      Est-ce que je vous comprends bien si je fais l'hypothèse que QS, pour vous, prépare le terrain pour un retour du PLQ et la mise au rancart de l'indépendance, ce qui expliquerait l'importance que lui accordent certains médias, dont Le Devoir ?

    • Patrick Boulanger - Abonné 6 février 2021 09 h 44

      M. David ne se comporte pas comme une meneuse de claque pour aucune formation politique au Devoir. Il ne fait que son excellent travail de chroniqueur. Pour ma part, je ne vois pas de mépris à soutenir « qu’une grande partie de la population voit toujours en QS un parti contrôlé par des radicaux dont le seul objectif est de renverser le capitalisme » même s'il peut être déplaisant de lire cela quand il est question de sa formation politique (pour moi, ce ne l'est pas vu que le capitalisme détruit notre planète, ne répond pas aux besoins de base de bien des peuples tout en redistribuant mal les richesses). Peut-être il se trompe là-dessus, mais vous n'en faites pas la démonstration dans votre commentaire.

    • Jean-Charles Morin - Inscrit 6 février 2021 10 h 03

      "En affirmant « qu’une grande partie de la population voit toujours en QS un parti contrôlé par des radicaux dont le seul objectif est de renverser le capitalisme », M. David, vous faites preuve d’une méprisante condescendance envers les Québécois. Nous ne sommes pas si bêtes que ça." - Raynald Blais

      En effet, Monsieur Blais, les Québécois ne sont pas bêtes et savent distinguer le rouge vif au travers des promesses teintes en rose d'un programme électoral. C'est ce que le chroniqueur voulait dire sans doute.

    • Raynald Blais - Abonné 6 février 2021 11 h 07

      M. Bariteau, je n'ai pas fait ni ne ferai un telle hypothèse. Libre à vous d'en émettre du moment que vous ne m'en attribuez pas la paternité (sourire). Comme parti social-démocrate, QS a sa pertinence pour la classe dominante et ses limites pour les autres classes. CQFD

    • Jeanne M. Rodrigue - Abonnée 6 février 2021 16 h 32

      Au fur et à mesure que les Solidaires progresseront dans la détestation des derniers indépendantistes péquistes, maintenant réduits à peau de chagrin, ils parleront de moins en moins d’indépendance du Québec et de plus en plus de leur dessein politique résolument communo-socialiste.
      «El pueblo unido jamàs serà vencido». Viva la revolution!

    • Patrick Boulanger - Abonné 6 février 2021 20 h 14

      @ Mme Rodrigue

      Cela reste à voir. QS et ON se sont tout de même fusionnés en 2017 et plusieurs députés ont ce projet à coeur : Catherine Dorion; Alexandre Leduc; Sol Zanneti; etc.

    • Claude Bariteau - Abonné 7 février 2021 10 h 01

      à vrai dire, M. Blais, je préfère l'hypothèse que j'ai faite à votre double affirmation : pertinence pour la classe dominante et limites pour les autres classes, car elles disent que la classe dominante peut en tirer avantage ce qui est moins le cas pour les autres classes.

      Mon hypothèse avait aussi un bouble volet : elle mettait en relief que vos deux affirmations pouvaient mener 1) au retour du PLQ, qu'appuie laclasse dominante et le PLC qui promeut ses intérêts, et 2) à la mise au rancart de l'indépendance de la part des autres classes, ce que recherchent la classe dominante, aussi le PLC et le PCC, en contrant son irradiation auprès des futurs citoyens et futures citoyennes du Québec et leur prise en charge du pouvoir pour créer l'État indépendant du Québec.

      Ça doit aussi vous faire sourire...

    • Raynald Blais - Abonné 7 février 2021 13 h 39

      CQFD: Ce Qu'il Fallait Dire