La grande séduction

Même dans les années 1950, alors que l’Union nationale de Maurice Duplessis dominait le Québec sans partage, les libéraux n’avaient pas été confinés dans leurs châteaux forts montréalais comme ils l’ont été lors de l’élection du 1er octobre 2018.

En 1952, 12 des 23 circonscriptions qu’ils avaient remportées sous la direction de Georges-Émile Lapalme étaient situées à l’extérieur de la grande région de Montréal. En 1956, c’était le cas de 11 circonscriptions sur 20. En 2018, il y en avait seulement 3, dont une, Roberval, est ensuite passée à la CAQ à la faveur d’une élection partielle. Il va sans dire qu’un éventuel retour au pouvoir du PLQ passe obligatoirement par sa résurrection dans les régions.

Dominique Anglade a annoncé, la fin de semaine dernière, la tenue d’une vaste consultation virtuelle « non partisane » sur la « Charte des régions » qu’elle avait promise durant la course à la chefferie, qui s’est conclue par un couronnement après le désistement de son unique adversaire, Alexandre Cusson, qui se présentait justement comme le candidat des régions.

« On a besoin d’être sur le terrain. On a besoin d’aller entendre ce que les gens ont à nous dire. On a besoin d’aller communiquer non seulement avec nos militants, mais avec tous les Québécois », a-t-elle expliqué. Le refrain n’est pas nouveau. À l’approche de chaque élection, tous les chefs de parti sentent le besoin d’aller chanter la pomme aux régions, qui en déterminent largement le résultat.

  

« La Charte des régions va comprendre une nouvelle reconnaissance des instances de gouvernance régionale et protégera la représentation politique des régions. Elle va renforcer le droit au développement et à la prospérité de chaque région dans une optique d’équité des individus », explique-t-on sur le site de la consultation.

Le moins qu’on puisse dire est que le PLQ a du rattrapage à faire. À son arrivée au pouvoir, le gouvernement Couillard s’était empressé d’abolir les conférences régionales des élus (CRE), qui avaient pour mandat de conseiller le gouvernement sur les besoins de leurs régions respectives et de voir à l’implantation de projets régionaux, de même que les centres locaux de développement (CLD).

Ces décisions avaient créé une véritable commotion dans les régions, aussi bien chez les intervenants régionaux que chez les militants libéraux. « Il est difficile d’être fier d’être libéral ces jours-ci alors que le gouvernement va à l’encontre même des principes fondateurs de notre parti », avait déclaré le président de l’association libérale de Gaspé. L’ancienne vice-première ministre et députée de Bonaventure Nathalie Normandeau avait reproché au gouvernement Couillard de manquer de vision et de ne pas faire confiance aux régions.

Mme Anglade rejette les politiques « mur-à-mur », estimant nécessaire de prendre en compte les particularités de chaque région. Il reste à voir dans quelle mesure elle a réellement une vision du développement des régions ou si l’exercice aboutira simplement à une série de promesses disparates visant à séduire les électeurs circonscription par circonscription, comme c’est souvent le cas.

  

Bien entendu, le PLQ ne sera pas le seul à se lancer dans cette grande séduction. Les régions étaient le thème principal du congrès virtuel que la CAQ a tenu en novembre dernier. Le développement régional est « dans l’ADN de la CAQ », a déclaré François Legault. On reviendra encore sur le sujet lors du congrès que la CAQ tiendra, normalement « en présentiel », l’automne prochain. Sans parler du PQ, qui ne survit plus qu’en région, et de QS, dont les avancées à l’extérieur de Montréal en 2018 sont sérieusement menacées.

Si les libéraux ont un problème avec les régions, c’est surtout parce qu’ils en ont un avec les francophones, qui en constituent l’immense majorité. Mme Anglade aura beau proposer les plus belles politiques de développement, cela ne suffira pas si elle ne réussit pas à convaincre les électeurs francophones que le PLQ est aussi préoccupé par la défense et la promotion de leur identité.

Le débat sur le projet de loi sur la laïcité a démontré la difficulté dans laquelle se retrouve le PLQ, partagé entre son besoin de satisfaire la majorité francophone et l’obligation de ne pas indisposer sa base anglophone et allophone. Un gouvernement libéral n’annulerait pas la loi 21, mais la laisserait à la merci des tribunaux en ne renouvelant pas la disposition de dérogation, déplaisant ainsi aux uns et aux autres.

Le parti risque de se retrouver coincé encore une fois dans le débat qui s’annonce sur la « nouvelle loi 101 » que le gouvernement Legault présentera dans quelques semaines. La quadrature du cercle demeure un problème insoluble.

53 commentaires
  • Jacques-André Lambert - Abonné 2 février 2021 02 h 32

    Primo vivere

    Si l’aspirante Première ministre du Québec veut faire œuvre salutaire, elle pourrait promettre d’assurer la primauté du français dans deux régions du Québec où l’identité québécoise francophone est sérieusement menacée : Montréal et ses banlieues.

    Les régions ne diraient pas non.

    • Brigitte Garneau - Abonnée 3 février 2021 12 h 15

      Intéressant.

  • Nadia Alexan - Abonnée 2 février 2021 02 h 39

    Sans l'appui de la loi 21 sur la laïcité, les libéraux peuvent oublier les régions.

    Si madame Anglade veut vraiment séduire les régions, elle peut commencer par appuyer la loi 21 sur la laïcité qui garantit la neutralité de l'état en forme et en apparence.

    • Christian Montmarquette - Abonné 2 février 2021 09 h 40

      La loi 21 n'établit pas la laïcité qui est la séparation du pouvoir politique du pouvoir religieux.

      C'est un code vestimentaire anti-religieux discriminatoire.

      L'État n'est pas "neutre" face aux religions quand il prend les religions en aversion.

    • Claude Bariteau - Abonné 2 février 2021 11 h 03

      C'est totalement vrai.

      Il est vrai aussi que le PLQ a pris le pouvoir en 1960mparce qu'il s'étai libéré de la tutelle du PLC, mais est redevenu en tutelle avec le PM Jean Chrétien qui expédia à la tête du PLQ Monsieur Canada en la personne de Jean Chrétien pour ramener la province de Québec dans le giron canadien. Il le fit avec un patronage scandaleux pour financer le PLQ. M. Couillard prit la relève et opéra comme un PM en tutelle. Allez savoir pourquoi.

      Depuis, le PLQ est redevenu ce qu'il fut durant la Deuxième Guerre mondiale jusqu'au jour où il s'est libéré de sa tutelle avant de l'accepter à nouveau lorsque Pierre-Elliott Trudeau devint PM du Canada.

      Alors, l'intérêt régional ne peut être qu'électoraliste dans le but de sauver les régions de l'irradiation du Grand Montréal. Mme Alexan a mis le doigt sur le bobo. Un bobo qui est là depuis 1967 lors que le président de Gaulle lança son « Vive le Québec libre » qui engendra le départ du PM Pearson, le raidissement de l'ex-PM Lesage et la démission de René Lévesque.

    • Patrick Boulanger - Abonné 2 février 2021 11 h 58

      @ M. Montmarquette

      Par essence, tout code vestimentaire est discriminatoire.

    • Jean-François Fisicaro - Abonné 2 février 2021 12 h 31

      Bonjour M. Montmarquette,

      La religion est une affaire personnelle et elle ne regarde que ceux qui désirent pratiquer la leur. Le jour où on pourra me prouver sans nul doute que "Dieu" existe, qu'il est partisan d'une religion plus que d'une autre, que c'est lui qui a créé les « hommes » à son image (et non l'inverse), ce jour-là, on pourra peut-être alors m'argumenter que ni la laïcité, ni l'athéisme ni l'agnosticisme n'ont leur place dans nos sociétés.

      En attendant ce jour, il est inapproprié de vouloir opposer les gens qui "croient" à ceux qui, à défaut d'avoir obtenu des réponses claires d'un éventuel créateur ou de l'au-delà, préfèrent prendre acte de l'univers qui les entoure.

      Le raccourci que vous prenez en affirmant que le projet de loi 21 ne se résumerait qu'à un "code vestimentaire anti-religieux discriminatoire" ne fait donc aucun sens. Le sens à donner aux multiples droits et libertés accordés par les fameuses chartes est "simplement" que les citoyens ne doivent pas être discriminés sur la base de leur sexe, ethnie, croyance, etc. Elles ne garantissent pas à qui que ce soit de pouvoir imposer quelque signe (y compris par vêtement interposé) que ce soit dans l'espace public. Particulièrement par ceux qui représentent l'état auprès des citoyens à qui ils fournissent ses services.

      En ce qui me concerne, une préposée aux bénéficiaires en hôpital peut bien porter une croix ou un voile durant ses quarts de travail. En autant qu'elle fasse son travail avec professionnalisme et empathie, on s'en fout pas mal.

      Mais si je me fais arraisonner par un agent de police alors que je circule sur la voie publique, je n'ai ni à voir, ni à savoir s'il est croyant ou pas, ni même de quelle religion il s'agit alors.

      Il n'est donc pas ici question de prendre qui que ce soit en aversion. Simplement d'établir une ligne de démarcation claire et nette entre les droits et liberté des uns et des autres, sans oublier les obligations qui viennent avec, si ça se peut encore ...

    • Daphnee Geoffrion - Inscrite 2 février 2021 12 h 50

      Les partis anti loi 21 sont maintenant condamnés à se partager un très mince électorat, Qs et les Libéraux n'ont plus aucune chance de l'emporter.

      Je pense qu'à moin d'excuse aux québécois pour leur trahison envers les francophones et un changement de mentalité et de représentation, Qs pourrait ramener leur membre pro loi 21 et Rizqui pourrait remplacer Anglade, Qs et les Liberaux sont finis.

      Ils ont été avisés, ils persistent et signent, out les protecteurs des droits religieux, vous n'avez plus votre place au Qc en 2021.

    • Nadia Alexan - Abonnée 2 février 2021 13 h 16

      À monsieur Montmarquette: Les signes religieux sont un porte-étendard religieux prosélyte, une publicité silencieuse qui porte atteinte à la neutralité de l'état et à la liberté de conscience de toutes les croyances.
      Dans une décision unanime, la Cour suprême a interdit la prière au conseil municipal de Saguenay. La Cour a conclu que la prière récitée par le conseil municipal est une violation du devoir de neutralité de l’État. Il n'y a rien de discriminatoire dans l'interdiction de signes religieux qui porte atteinte à la neutralité de l'État.

    • Richard Lupien - Abonné 2 février 2021 14 h 40

      À l’école on enseigne les sciences. La langue. L’histoire.
      À la maison et à l’église, si on le désire, les croyances religieuses, comme celle qui veut qu'une vierge aurait donné naissance à un homme qui aurait vécu 33 ans, qu'il y aurait trois personnes en Dieu mais sans jamais nous dire lequel des dieux. À la maison, pourtant, on devrait éviter de propager de tels "fake news".
      Surtout, pas de tels "fake news" à l’école.

    • Daphnee Geoffrion - Inscrite 2 février 2021 17 h 37

      À M.Montmarquette,
      Et les signes religieux sont des signes anti laicité..

    • Christian Montmarquette - Abonné 2 février 2021 18 h 31

      La laïcité a été instituée pour faire en sorte qu'aucune religion ne soit en autorité sur l'État et faire en sorte de n'exclure personne du système public. Or, la loi 21 fait exactement le contraire en excluant certains citoyens du système public en fonction de leur religion ou de leurs pratique religieuses. Tant et si bien, que ce sont les écoles privées qui sont davantage publiques et inclusives que les écoles publiques, ce qui est un contre-sens à sa face même de la notion d'institutions publiques.

      Quant à la prière, il ne s'agit pas d'une pratique personnelle individuelle, mais d'un mode de "fonctionnement des institutions publiques" qui devait être aboli, puisqu'il s'imposait à tous ceux et celles qui y assistaient.

    • Patrick Boulanger - Abonné 2 février 2021 19 h 54

      @ M. Montmarquette

      Les gens religieux qui sont touchés par la Loi 21 sont libres sont libres d'adhérer ou pas au code vestimentaire. Ce choix leur appartient.

    • Christian Montmarquette - Abonné 3 février 2021 08 h 52

      La loi 21 n'est que du politicaillage électoraliste qui n'améliore en rien notre système d'éducation.

      C'est une solution qui se cherche un problème, puisque le Québec est laïque depuis les années soixante. 


      
« Le projet de loi sur laïcité décortiqué » - Le Devoir 



      https://youtu.be/defdzFhh6DE

  • Roger Gobeil - Inscrit 2 février 2021 03 h 17

    Pauvre PLQ !

    Analyse très juste, M.David. Le PLQ pourrait facilement changer de nom pour le MLP (Montreal Liberal Party).
    Quant à la Loi 21, j'ai hâte de voir quelle pirouette va faire Dominique Anglade en campagne électorale
    pour affirmer sans gêne que le PLQ va en être devenu un grand défenseur!
    Dans ses avalanches de mots, la cheffe temporaire du PLQ est capable de faire dire n'importe quoi à n'importe quoi.
    Elle parle, elle parle, elle parle...Pauvre PLQ!

    • Jean-François Fisicaro - Abonné 2 février 2021 08 h 15

      En principe, Mme Angalde est cheffe du MLP (celle-là, j'adore ...) plutôt que cheffe temporaire. À moins qu'il ne s'agisse d'une prédiction de votre part ...

    • Pierre Labelle - Abonné 2 février 2021 08 h 27

      Oui comme vous le dites si bien : "pauvre PLQ ! Ce parti nous a mépriser depuis un trop grand nombre d'années pour que tout soit oublier selon le désir de madame Anglade. Nous ne sommes pas au confessionnal de monsieur le curé, comme dans les années 50, avec absolutions garantie après une confession plus que douteuse. Le purgatoire n'a pas duré assez longtemps, les hypocrites son encore en trop grand nombre dans ce parti, cette douteuse virginité de son PLQ que tente de nous vendre Dominique Anglade, moi je n'y croit pas.

    • Pierre Raymond - Abonné 2 février 2021 09 h 14

      MLP... j'adore !

    • Daphnee Geoffrion - Inscrite 2 février 2021 12 h 53

      Non pas MLP par pitié, J'habite Montreal!
      Libérez nous des Liberaux ou je cède notre territoire!!

  • Jean-François Fisicaro - Abonné 2 février 2021 06 h 05

    L'état des lieux de la politique québéoise des régions si joliment résumé ! Merci.

  • Bernard LEIFFET - Abonné 2 février 2021 07 h 41

    Charest, Couillard et le R.D. Libéraux concentrés vers le noyau des anglophones de Montréal, laissez tranquilles les francophones en région!

    La mode politique tant au Québec que dans le Dominion, est de parler simultanément des deux côtés de la bouche! Autrement dit, on dit une chose tout en applquant une contre mesure! Pendant qu'on tente encore de ridiculiser les péquistes en quête du pouvoir, en martelant le Québec sans cesse repoussé dans ses demandes auprès du gouvernement d'Otawa et en dénonçant le statu quo concernant la loi 101 par la CAQ et le PLQ, le contexte est plutôt toxique pour ces deux partis fédéralistes que l'on doit chasser pour faire l'État du Québec! Oublier le tort que nous a fait le PLQ, avec ses magouilles dont certaines sont parties au vent faute d'une justice déficiente! C'est pire qu'un état dans un autre état! Sur le plan de la santé, on a vu ce qu'avait fait le ministre Gaétan Barette! Pas joli à voir cette centralisation à outrance! Quelle similitude d'ailleurs avec le ministre de l'éducation de la CAQ J-F Roberge qui tente lui-aussi de museler le système dont l'efficacité met à mal l 'avenir des écoliers!
    Bref, la CAQ et le PLQ commencent à se marcher sur les pieds dans le sud, même si on prétend que François Legault pourrait envoyer au diable Justin Trudeau et faire en sorte qu'une grande majorité d'élus serait d'accord pour décrêter l'État du Québec, sans même faire un référendum! Je sais la politique mène à tout, donc l'imprévisible aussi!
    L'avenir du français serait en meilleure main s'il était porté par ceux qui y croient vraiment, les bloquistes et les péquistes, que par par ceux et celles qui, faisant des affaires, ne sont pas prêts à quitter le Dominion, celui qui a muselé la plupart de nos ancêtres, les canadiens français!

    • Jean-François Fisicaro - Abonné 2 février 2021 09 h 54

      J'aimerais tellement vous croire quand vous mentionnez que "L'avenir du français serait en meilleure main s'il était porté par ceux qui y croient vraiment, les bloquistes et les péquistes". Ces derniers (les péquistes) sont évidemment un peu plus vocaux sur ces questions que le reste de la faune politique québécoise, mais de ce que j'ai pu en voir lorsqu'ils ont eu l'occasion de nous montrer de quel bois ils pouvaient se chauffer au cours de leurs derniers mandats, je ne peux malheureusement pas affirmer que ce fut concluant ...

      Entre les partis qui, vous nous le rappelez à juste titre, parlent des deux côtés de la bouche, ceux qui parlent mais n'agissent pas et les autres qui ne semblent même pas au courant, on ne peut pas dire que le choix est excitant, ni très rassurant ... Ayoye ! J'ai mal à ma classe politique !