Fermer les portes

Le premier ministre Justin Trudeau ne cesse de répéter que le Canada impose les restrictions en matière de voyage qui sont parmi les plus strictes au monde. C’est exact, mais elles ne freinent pas les envies des Canadiens de fuir vers le sud. Ce qui préoccupe les provinces à la veille des semaines de relâche scolaire.

Le Québec en a subi les contrecoups l’an dernier. Quelques Québécois partis en Europe, aux États-Unis et dans le Sud ont ramené le nouveau coronavirus, contribuant à allumer la mèche de ce qui est devenu un feu de brousse. Cela n’a pas mis fin aux voyages, comme on l’a vu durant le congé des Fêtes, et rien ne laisse présager que ce ne sera pas encore le cas en mars.

Les restrictions en vigueur ressemblent à ceci. Depuis mars 2020, aucun touriste étranger ne peut venir au Canada. Pour entrer au Canada, une personne qui n’est ni résidente permanente ni citoyenne canadienne doit avoir une raison professionnelle ou humanitaire pour venir. Il existe quelques exceptions pour les personnes arrivant des États-Unis.

Depuis la fin mars, quiconque rentre au pays doit toutefois s’isoler pendant 14 jours. Enfreindre cette quarantaine obligatoire peut entraîner une amende salée pouvant atteindre 750 000 $, une peine d’emprisonnement ou les deux. Et depuis le début du mois de janvier 2021, tous les voyageurs doivent présenter un résultat négatif à un test de dépistage de la COVID-19 effectué dans les 72 heures précédant la montée dans l’avion.

Les citoyens canadiens et les résidents permanents sont soumis à ces deux dernières contraintes, mais ils peuvent toujours quitter le pays et y revenir sans avoir à donner de raison particulière. C’est un droit, répète-t-on, mais qu’on pourrait fort probablement limiter en invoquant le premier article de la Charte canadienne des droits et libertés, qui le permet pour des raisons justifiées dans une société libre et démocratique. Ne serait-ce pas le cas de cette pandémie ?

Les restrictions imposées aux voyageurs canadiens n’ont fait que ralentir le tourisme, d’où les appels du premier ministre François Legault et de ses homologues provinciaux en faveur d’une approche plus musclée de la part d’Ottawa. La courbe fléchit, mais le système de santé est toujours sous pression et le personnel médical, à bout de souffle. Il faut éviter un autre sursaut de cette tragique pandémie. On a beau démontrer que les voyageurs ne sont pas le premier vecteur de contagion, un cas attribuable à un voyage à l’étranger est un cas de trop, comme le dit lui-même Justin Trudeau. Alors, on fait quoi ?

M. Legault voudrait qu’on interdise les voyages non essentiels, mais Ottawa hésite. Définir ce qui est non essentiel n’est pas aussi évident qu’il y paraît. Ensuite, a affirmé le premier ministre Trudeau mardi, il faut s’assurer de ne pas nuire à l’approvisionnement par voie aérienne, ce à quoi peuvent aussi servir les avions de passagers. Cela ne justifie toutefois pas les tergiversations actuelles, car le temps presse. La pause de mars approche rapidement. Si on ne peut interdire les départs, qu’on serre la vis au retour, propose M. Legault.

Personne ne demande au gouvernement fédéral de durcir les règles existantes pour les voyageurs étrangers ou les Canadiens qui se déplacent pour des raisons essentielles ou humanitaires. Elles sont suffisamment strictes. Il faut cependant en adopter de nouvelles pour dissuader les touristes que les messages de la santé publique semblent laisser froids. Et il faut s’assurer qu’ils respectent à la lettre la quarantaine à faire à leur retour. L’idée mise en avant, tant à Québec qu’ailleurs, est que ces personnes soient tenues de s’isoler à leurs frais dans un lieu désigné par le gouvernement. D’autres pays ont eu recours à cette solution, comme la Nouvelle-Zélande.

Il serait toutefois injuste d’appliquer ce régime aux personnes qui ont des raisons valables et acceptées de voyager et qui ont un endroit adéquat où s’isoler en sécurité. Cela veut dire cependant que la supervision actuelle doit se poursuivre.

Le premier ministre Legault a raison d’exiger plus de fermeté d’Ottawa, mais il devrait se garder une petite gêne avant de blâmer le fédéral pour les possibles faiblesses de cette surveillance sur le territoire québécois. Comme l’écrivait Le Devoir lundi, la Sûreté du Québec n’a pas exercé avant vendredi dernier une autorité conférée par Ottawa le 14 avril 2020.

Ce jour-là, le ministre fédéral de la Justice et l’Agence de la santé publique du Canada ont publié une déclaration selon laquelle « des modifications réglementaires apportées en vertu de la Loi sur les contraventions [étaient] entrées en vigueur » afin d’offrir « une plus grande latitude aux organismes d’application de la loi, notamment aux agents de la Gendarmerie royale du Canada, ainsi qu’aux corps policiers locaux ou provinciaux, pour remettre un procès-verbal de contravention à toute personne contrevenant à un ordre donné en vertu de la Loi sur la mise en quarantaine ». L’Ontario, lui, s’en est prévalu dès le printemps.

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