Il est né le divin vaccin

Cette année, le miracle de Noël s’appelle Pfizer, Moderna ou Novavax, autant de petits jésus conçus en laboratoire avec la promesse d’une vie, sinon immortelle, du moins plus saine, plus déconfinée, plus libre du virus qui nous a tous, à peu près sans exception, gâché l’existence en 2020.

Au moment où ces lignes étaient écrites, le substantifique vaccin avait commencé à faire son œuvre. S’il fallait encore une illustration des bienfaits de la science, en voilà une qui tombe à point nommé. Oui, l’homme continue à créer la bisbille sur Terre — à ravager l’eau, les forêts et les aires sauvages, à consommer trop d’essence, de viande et d’antibiotiques — mais il n’est pas sans apporter sa part de remèdes.

Le vaccin est certainement un formidable exploit des temps modernes. La variole, le virus à ce jour le plus mortel pour l’humanité, datant d’avant les pyramides et responsable de 300 millions de morts au XXe siècle seulement, a finalement été éradiquée, en 1980, grâce à un vaccin. Sans parler des plus de « 100 ans de campagnes de vaccination » qui ont pavé la voie à la formule magique. C’est dire combien les efforts ont été grands à cet égard.

Variolation

En fait, avant même les temps modernes, d’abord en Chine au XVIe siècle, ensuite à travers l’Empire ottoman et en Afrique du Nord au siècle suivant, on utilisait un remède populaire appelé inoculation ou variolation, qui agissait contre le virus.

On prélevait le pus des plaies des malades pour en faire une poudre que l’on reniflait ou que l’on insérait dans la peau à l’aide d’une lame. Dès ces temps lointains, combattre le mal par le mal, l’idée à la base de la majorité des vaccins, existait, mais sans que l’on comprenne le processus physiologique derrière.

À cette époque, ce sont les gens, souvent de simples paysans, qui imploraient les médecins d’adopter de telles mesures, et non l’inverse. Tout le contraire de ce que l’on voit aujourd’hui. La profession médicale de jadis demeurait sceptique devant un remède « folklorique », principalement utilisé dans les campagnes, qui atténuait la maladie, mais n’empêchait pas la mort.

Dans le cas de la variole, la « lumière au bout du tunnel » se présenta le jour où un médecin britannique, Edward Jenner, considéré comme le père de l’immunologie, injecta le fils de son jardinier avec de la variole de vache (le mot vaccin vient de vache), semblable à la variole humaine, mais pas du tout aussi mortelle. Le 14 mai 1796, la première campagne de vaccin contre la variole prenait son envol.

Rapidité de mise en marché

Les vaccins qui arrivent sur le marché à l’heure actuelle n’utilisent pas le même procédé homéopathique utilisé depuis des lunes. Plutôt que l’ingestion de quantités infimes du virus, Pfizer et Moderna ont conçu leur vaccin à partir du code génétique — « la science du XXIe siècle » — du SRAS-CoV-2, ce qui explique la rapidité de la mise sur le marché. S’il s’agit bel et bien d’une lumière au bout du tunnel, ce n’est pas tout à fait un miracle non plus. Certes, grâce au vaccin, vous êtes garanti à (plus ou moins) 95 % de ne pas tomber malade. Mais cela ne veut pas dire que vous ne serez pas infecté ou capable de transmettre le virus.

Selon le directeur de la santé publique américaine, Anthony Fauci, c’est un aspect qui n’est pas suffisamment bien compris. Avant de l’entendre le souligner à gros traits, j’avoue ne pas l’avoir très bien compris non plus. Avec ces vaccins, « le premier but était d’empêcher le développement de symptômes, ce que l’on a brillamment réussi à 94 %, et le développement de maladies sévères, encore mieux réussi, à 100 % », explique le Dr Fauci. « Mais ce que nous ne savons toujours pas, c’est si le vaccin nous empêche d’être infectés ou de transmettre le virus à d’autres. »

Il faudra attendre que suffisamment de gens aient été vaccinés, d’abord, et des enquêtes subséquentes, ensuite, afin d’en avoir le cœur net.

La « normalité »

Tout ça pour dire que, si le vaccin permet d’envisager des jours meilleurs, la « normalité », elle, n’est peut-être pas encore au bout du tunnel. En plus d’ignorer l’effet du vaccin sur la transmission virale, on ne peut pas savoir combien de gens vont vouloir se faire vacciner. Aux États-Unis, où 40 % de la population s’oppose à la vaccination, c’est une véritable épée de Damoclès.

Il faut un taux de vaccination très élevé, entre 70 et 80 %, pour atteindre l’immunité de masse — sans quoi le retour à la normalité demeurera une vue de l’esprit. Au Canada, l’opposition au vaccin est moins grande, environ 15 %, mais seulement 50 %, y compris au Québec, se disent prêts à relever leurs manches dès maintenant.

On n’a pas entièrement confiance dans les essais cliniques, en d’autres mots, préférant voir la tournure des événements avant de s’engager.

Tout ça pour dire que les savons parfumés à la lavande, les masques fashion, ou simplement de pharmacie, les bâtons de marche permettant de calculer instantanément la distance qui vous sépare des autres sont des cadeaux tout indiqués cette année. Et le demeureront probablement encore longtemps.

fpelletier@ledevoir.com

Sur Twitter :@fpelletier1

8 commentaires
  • Françoise Labelle - Abonnée 16 décembre 2020 07 h 34

    La transmission éventuelle par les vaccinés

    Plus simplement, le NY Times souligne que Pfizer et les autres n'ont mesuré qu'une chose: le nombre de personnes vaccinées qui sont tombées malades. Puisque ça n'a pas été mesuré et qu'on peut difficilement infecter des gens pour le besoin de l'étude, on ignore donc si une personne vaccinée peut agir ou non par la suite comme vecteur asymptomatique du virus.
    «Here’s Why Vaccinated People Still Need to Wear a Mask» NYT, 8 déc. 2020

  • Cyril Dionne - Abonné 16 décembre 2020 07 h 50

    Le vaccin ne vaccine pas contre la désinformation

    « Ben » oui, c’est la variolisation qui a permis à l’armée révolutionnaire américaine de vaincre l’empire britannique en 1776 et de remporter ainsi, la 1ère guerre civile américaine. Oui, cela fait longtemps que la vaccination, rudimentaire soit-elle, est parmi nous.

    « Ben » oui, les vaccins sont maintenant synthétiques et produits en laboratoire. Ceci implique qu’on peut en faire des millions de doses en un temps record. « Ben » oui, même avec le vaccin vous êtes infecté et un vecteur de contamination. Vous n’êtes pas un surhomme. « Ben » oui, le vaccin ne sert qu’à vous protéger personnellement du développement de la maladie appelée la COVID-19.

    « Ben » oui, le testing des vaccins a été fait sur une très petite échelle et on a tourné les coins ronds. Pour le test du vaccin (Pfizer-BioNTech), même s’il semble concluant, seulement 43 548 volontaires ont participés à cette recherche. Ce qu’on oublie évidemment de nous dire dans tous ces tests de vaccins, eh bien, les volontaires n’avaient aucun cas de comorbidités et étaient tous en bonne santé. Même avec eux, 5% ont développé la maladie de la COVID-19. Alors, qu’arrive-t-il à ceux qui ont des cas de comorbidités lorsqu’ils sont inoculés? Ce sont eux qui meurent ou bien qui sont très malades de la COVID-19, pas ceux qui sont en santé puisque la plupart sont asymptomatiques.

    Pour obtenir l’immunité collective tant recherchée, il faut que 80% de la population soit vaccinée. Je doute que plus de 80% de la population québécoise soit vaccinée d’ici un an et plusieurs opteront pour n’être pas l'être. Je doute aussi que 80% des Québécois soit vacciné même après plusieurs années pour quelques soient les raisons. Il semble que le tout est basé sur un choix volontaire de se faire vacciner ou non. En plus, on oublie aussi de mentionner que le virus est en mutation tout comme la grippe saisonnière qui requiert un nouveau vaccin à tous les ans. Alors, il se pourrait qu'un vaccin soit requis à tous les ans.

    • Cyril Dionne - Abonné 16 décembre 2020 13 h 17

      On aurait dû ajouter à cette chronique que la liste des anti-vaccins ne comprend pas seulement des célébrités d’Hollywood comme Jim Carrey, oui ceux qui se disent ouverts et inclusifs, oui misère, mais surtout les croyants des différentes sectes religieuses monothéistes. Demandez aux communautés juives orthodoxes « anti-vax » juste pour le « fun »? En fait, la plupart des croyants ont des réticences envers la vaccination du point de vue personnelle même si leur église l’approuve. Plusieurs comptent utiliser la charte des droits et libertés pour qu’ils soient exemptés d’être vaccinés s’il en vient à ce qu’elle soit obligatoire. C’est pour cela que le gouvernement Legault a mentionné que la vaccination contre la COVID-19 était volontaire sachant fort bien qu’il ouvrait une autre boîte de Pandore s’il voulait forcer la note. Pour l’église catholique et l'église de Jésus-Christ des saints des derniers jours (mormons), il n’y a aucun problème. Oui, vous avez bien lu, les mormons qui croient que le jardin d’Eden, celui d’Adam et Ève, se trouve quelque part dans le comté de Jackson au Missouri.

  • François Boulay - Abonné 16 décembre 2020 10 h 34

    Merci très intéressant

    Excellente chronique

    • Nadia Alexan - Abonnée 16 décembre 2020 19 h 50

      Moi aussi, je réitère mes remerciements à madame Pelletier, pour l'histoire des vaccins. Merci infiniment.
      Les gens ont peur d’avoir confiance dans les compagnies pharmaceutiques à cause de la trahison, de ces dernières, du bien public en faveur de l'enrichissement de leurs actionnaires. Ce sont des empires financiers avec énormément d’influence politique et juridique, et beaucoup de lobbyistes à l’œuvre. L’intérêt des compagnies pharmaceuti­ques ne coïncide pas avec l’intérêt public. Comme toutes les autres entreprises, les pharmaceutiques ont pour objectif de faire le plus de profit possible, en vendant le plus de produits possible, le plus cher possible.
      Santé Canada qui est censée inspecter et donner son approbation aux médicaments, tarde a proscrire certains produits déjà signaler par la FDA. À titre d'exemple, le rappel de Vioxx, un anti-inflammatoire non stéroïdien, en 2004, a été fait des mois après celui des États-Unis.
      Un autre exemple important, celui du rappel de Prepulsid en 2000, un médicament visant à soulager les reflux gastriques qui a fait des dizaines de morts au Canada, dont la fille de 15 ans de l’ancien député conservateur Terence Young. La FDA avait fait le rappel de ce médicament des mois avant le Canada.C’est après la mort de la fille de Terence Young, Vanessa, qu’une loi a été créée en son nom. La Loi visant à protéger les Canadiens contre les drogues dangereuses (loi de Vanessa), adoptée en 2014, donne davantage de pouvoir à Santé Canada en ce qui concerne les produits pharmaceutiques.
      Bref, la liste de délits des pharmaceutiques est trop longue pour l'espace accordé aux commentaires ici, mais il y' a définitivement un conflit d'intérêts de la part des pharmaceutiques.

  • Christian Roy - Abonné 16 décembre 2020 11 h 04

    Vachement intéressant

    Merci pour la petite histoire de la vaccination. Grâce au Devoir, j'éradique mon ignorance.

  • Louis-Marie Poissant - Abonnée 16 décembre 2020 13 h 52

    Qq petites erreurs

    Assez bon mais aurait mérité d'être relu par une personne compétente. Notamment ,
    1) à ma connaissance il t a belle lurette qu'on fait des vaccins avec des virus désactivés, il faudrait modifier: "Plutôt que l’ingestion de quantités infimes du virus,"
    2) L'homéopathie n'a rien a voir ici.