La liste de lecture de notre chroniqueur Christian Rioux

La liste de lecture du premier ministre François Legault a fait couler beaucoup d’encre — et de mots ! — dans les derniers jours… Deux de nos chroniqueurs, d’horizons politiques différents, ont accepté à leur tour de se prêter au jeu. Envie de confronter vos idées à leurs sources de réflexion?

1- Éloge des frontières

Régis Debray, Gallimard, Paris, 2011, 104 pages

Là où l’on découvre, sous la plume d’un des plus grands stylistes français, que la frontière est la seule façon d’éviter la guerre, et donc de s’ouvrir à l’autre.

2- L’empire du bien

Philippe Muray, Les Belles Lettres, Paris, 1999

J’ai longtemps cru que l’inventeur de l’« Homo festivus » avait écrit ce livre prophétique au Québec, alors qu’il n’y est jamais venu.

3- Une démission tranquille. La dépolitisation de l’identité québécoise

Jacques Beauchemin, Boréal, Montréal, 2020, 216 pages

Pour tous ceux qui croient que l’histoire, et tout particulièrement la nôtre, n’est pas tragique.

4- Le sens du soleil 

Pierre Nepveu, L’Hexagone, Montréal, 2005, 470 pages

Tout en délicatesse et en profondeur, le chantre des beautés de Mirabel effleure « le beau fantôme d’un poème gris agacé ».

5- Trente arpents

Ringuet, Bibliothèque québécoise, Montréal, 2012

L’histoire implacable d’un homme fidèle à ses origines qui finira broyé chez ces voisins du Sud qui nous fascinent toujours autant.

6- L’empire en marche

Marc Chevrier, PUL, Québec, 2019, 750 pages

En suivant le fil de Robert Musil, l’essayiste déroule avec une érudition sans faille la pelote de l’étonnant retour des empires.

7- Géographie de l’instant 

Sylvain Tesson, Pocket, Paris, 2014, 416 pages

Le livre d’un grand voyageur qui sait que beaucoup d’horizons lointains ramènent inévitablement aux origines.

8- La marche de Radetzky

Joseph Roth, Points, Paris, 2008, 408 pages

La description par petites touches et sur trois générations du déclin d’un empire par un immense écrivain de l’Europe centrale trop souvent méconnu.

9- L’homme révolté

Albert Camus, Folio, Paris, 1985, 384 pages

À relire tous les dix ans pour éviter de reproduire les délires du XXe siècle. Malheureusement, le résultat n’est pas garanti.

10- L’éducation sentimentale

Gustave Flaubert, Folio, Paris, 2005, 512 pages

L’histoire d’une génération qui nous ressemble sous le scalpel d’une langue implacable rarement égalée.

41 commentaires
  • Jean-Charles Morin - Inscrit 3 décembre 2020 00 h 51

    Deux chroniqueurs, deux solitudes qui préfèrent mutuellement s'ignorer.

    À voir vos listes respectives, il semble évident que votre collègue chroniqueuse Emilie Nicolas et vous-même ne fréquentez pas les mêmes librairies. Entre vous, le monde littéraire semble déjà solidement ghettoïsé.

    Cela illustre combien il est difficile de dialoguer quand on n'arrive pas à parler des mêmes choses, quand même ce n'est pas d'une manière semblable.

    Il aurait été sans doute aussi révélateur de présenter dix livres qui ont déplu ou dont on déconseille la lecture.

    Je souhaite ardemment que Madame Nicolas et vous-même vous engagiez à lire au moins un livre, ou préférablemet davantage, apparaissant sur la liste de l'autre pour en faire ensuite la critique. Ce serait sans doute passionnant.

    • Nadia Alexan - Abonnée 3 décembre 2020 10 h 52

      Ça sera une bonne idée que les commentateurs de ce journal nous présentent une liste de lecture de leurs livres.
      Pour moi, «Le Capital au XXIe siècle» de Thomas Piketty est essentiel, ainsi que tous les livres d'Alain Deneault.

    • Pierre Grandchamp - Abonné 3 décembre 2020 12 h 04

      Paru récemment.

      Jean-Pierre Obin, ancien inspecteur de l'Education Nationale française, publie "Comment on a laissé l'islamisme pénétrer l'école" aux éditions Hermann."

    • Nicole D. Sévigny - Abonnée 3 décembre 2020 13 h 31

      Seriez-vous " directeur de conscience ", auto proclamé, monsieu J C Morin ? ...comme ceux des temps jadis ?
      Pourquoi faudrait-il parler des mêmes choses ? lire les mêmes livres?

      Les ilbrairies... n'y ont rien à voir. Elles ne sont pas sectaires...en leur essence-même.
      Par contre, les idéologies de la bienpensance... à gogauche !?

    • Jean-Charles Morin - Inscrit 3 décembre 2020 14 h 15

      "Pourquoi faudrait-il parler des mêmes choses? Lire les mêmes livres? " - Nicole D. Sévigny

      Merci, Madame Sévigny, de me permettre de clarifier mon propos.

      Dans mon commentaire, "directeur de conscience" ou pas, je n'ai jamais recommandé de lire tel livre ou tel autre en particulier. Le but de mon intervention était ailleurs.

      Quand deux personnes dialoguent entre elles, elles parlent forcément des mêmes choses pour y comparer leurs points de vue. Pour que cette conversation ne devienne pas un dialogue de sourds. il faut que les interlocuteurs aient assez de largeur de vues pour risquer de temps en temps un oeil dans l'univers de l'autre.

      Les listes soumises par Madame Nicolas et Monsieur Rioux appartiennent à deux univers différents qui ne se recoupent d'aucune façon, chacun se réclamant de ses propres gourous. D'où ma suggestion à leur endroit de lire au moins un livre soumis par l'autre et d'en faire ensuite la critique.

      Je me propose d'ailleurs de lire moi-même au moins un des ouvrages proposés par chacun de nos deux plumitifs. J'espère du reste qu'il en sera de même pour vous et pour beaucoup d'autres lecteurs désireux d'agrandir leurs horizons.

    • Nadia Alexan - Abonnée 3 décembre 2020 16 h 38

      À madame Nicole D. Sévigny: Il ne faut pas démoniser ni la droite ni la gauche. Chaque idéologie a de bonnes ainsi que de mauvaises idées. Il nous faut une ouverture d'esprit pour avoir un dialogue et une argumentation valable.

    • Jordi Pourcher-B. - Abonné 3 décembre 2020 17 h 56

      Quelle bonne idée!

    • Jacques Patenaude - Abonné 3 décembre 2020 18 h 02

      M. Morin d'accord avec votre commentaire et votre proposition " de lire au moins un livre soumis par l'autre et d'en faire ensuite la critique." je l'endosse à 100%. C'est une belle initiative du Devoir qui mérite une suite. Je l’étendrais aux dix livres de chacun avec un débat entre les deux par la suite.

  • Dominique Boucher - Abonné 3 décembre 2020 06 h 49

    Voir aussi...

    ... la liste intéressante dʼÉmilie Nicolas.

    Jean-Marc Gélineau, Montréal

    • Cyril Dionne - Abonné 3 décembre 2020 10 h 55

      « Ben » oui, et aucun n’a des livres de science dans leur liste respective. Nous sommes à l’aube de la plus grande révolution industrielle que le monde ait connu et on se contente d’être des utilisateurs de technologie au lieu d’en être des créateurs.

      Enfin, on voit que Mme Nicolas est obsédé par le concept scientifique bidon de la race.

    • Dominique Boucher - Abonné 3 décembre 2020 12 h 30

      Dʼaccord avac vous sur le manque de livres scientifiques dans ces listes. Pour certaines personnes, cʼest comme si la culture scientifique ne faisait pas partie de la culture. Même que jʼen connaîs qui sont presque fiers dʼêtres des ignares en matière de science, comme si ça leur donnait une sorte de supplément dʼâme... Mais je maintiens quʼil y a des choses intéressantes dans la liste de Madame Nicolas — toute «obsédée» puisse-t-elle être par la «race»...

      Jean-Marc Gélineau, Montréal

    • Jean-Charles Morin - Inscrit 3 décembre 2020 14 h 34

      "Aucun n’a des livres de science dans leur liste respective. " - Cyril Dionne

      En effet, Monsieur Dionne. Cela constitue d'ailleurs un des rares points communs entre nos deux plumitifs.

      Je subodore que beaucoup de ceux qui évoluent dans les sciences dites "molles" le font du fait de leur aversion maladive envers l'univers scientifique (le vrai, s'entend).

      Sans doute se sentent-ils terrifiés à l'idée de devoir accepter la réalité complexe des choses qui leur serait révélée, puis imposée, par l'observation objective de ce qui se passe autour d'eux. Ils préfèrent de loin naviguer dans le monde rassurant de l'à-peu-près, qui permet par sa nature même de légitimer toutes les élucubrations possibles et imaginables.

    • Françoise Labelle - Abonnée 3 décembre 2020 14 h 49

      M.Dionne,
      vous n'avez pas remarqué les deux titres de Mme Nicholas sur les théories du complot et les radio-poubelles qui sont profondément anti-scientifiques? Les argumentations scientifiques prennent de l'espace et sont jugées fastidieuses. Elles ne suscitent pas l'expression des émotions tenant en une seule ligne d'interjections.

      M.Gélineau,
      pour Léonard de Vinci, Euler (mathématicien et auteur d'une théorie musicale), Einstein qui disait penser en musique, Voltaire, Bertrand Russell et bien d'autres, il n'y a pas de cloisons dans le savoir qu'il soit scientifique, littéraire ou musical.

    • Cyril Dionne - Abonné 3 décembre 2020 17 h 29

      Chère Mme Françoise Labelle,

      Les deux titres de Mme Nicolas sur les théories du complot et les radio-poubelles, on s'en fout complètement. Ce n'est pas de la science, domaine où Mme Nicolas n'a aucune idée. Vraiment pas.

      Pour le reste, c'est:

      1- Contre le colonialisme dopé aux stéroïdes. Le combat des Inuit du Québec pour leurs terres ancestrales (Les Anglos et les victimes éternelles)
      2- As We Have Always Done (Je ne commente pas sur des livres anglais dans un journal francophone)
      3- Gouverneurs de la rosée (Qu-est-ce c’est ça?)
      4- Amour, colère et folie (Qu’est-ce que ça mange en hiver?)
      5- 11 brefs essais contre le racisme, pour une lutte systémique (Misère)
      6- Kuei, je te salue. Conversation sur le racisme (Misère au carré)
      7- Les brutes et la punaise. Les radios-poubelles, la liberté d’expression et le commerce des injures (Cela n’a rien à voir avec la science des Lumières, d’Einstein, Niels Bohr, Max Planck et j'en passe)
      8- La prochaine fois, le feu (OK, il y en encore qui n'ont pas accepté le verdict de 2016)
      9- L’esclavage et les Noirs à Montréal, 1760-1840 (Misère au cube – 1760 les Anglais arrivent en ville)
      10- Rhinocéros (mondialisme)

    • Jean-Pierre Marcoux - Abonné 3 décembre 2020 17 h 45

      @Dionne
      J'espère que nous sommes au crépuscule de la révolution industrielle plutôt qu'à son aube. Nous sommes maintenant au début du 21ème siècle, pas au 18ème.

  • André Joyal - Inscrit 3 décembre 2020 06 h 57

    Zut!! Je n'en ai lu aucun, mais...

    ...ô combien d'autres. Le dernier Debray que j'ai lu remonte à il y a une quinzaine d'années : il m'est tombé des mains vers la p. 50. Que du pinaillage pour impressionner les copains. Je vous épargne de ma liste, anxieux de connaître celle d'Emiile sans accent (on prononce comment?)

    • Dominique Boucher - Abonné 3 décembre 2020 08 h 35

      Je nʼai jamais lu Debray, mais après avoir écouté moults entretiens dans les médias français (écrits et radio) dans lesquels il débite somme toute des banalités (entrecoupées de beaucoup de longs «heu...», «heu..» graves et profonds), jʼavoue ne pas trop mʼexpliquer le statut quasi mythique dont il jouit, autant à gauche quʼà droite. Peut-être que je comprendrais si je le lisais...

      Jean-Marc Gélineau, Montréal

    • Gilbert Turp - Abonné 3 décembre 2020 15 h 55

      Je ne connaissais pas Joseph Roth et si je connaissais Chevrier, je ne connais pas son livre. Merci, j'ajoute à ma liste.

  • Raynald Rouette - Abonné 3 décembre 2020 07 h 47

    Christian Rioux n’est pas un militant


    Contrairement à Émilie Nicolas, une opposition aussi injuste autant pour l'un que pour l'autre.

    À quand la liste de Michel David...

  • Rose Marquis - Abonnée 3 décembre 2020 08 h 04

    Choix

    J'aimerais beaucoup que M. Rioux choisisse un ou deux des livres suggérés par Mme Nicola et qu'il nous fasse part de ses commentaires.