Dans la marge de manœuvre

À se comparer… Le Canada est, sur une base relative, celui qui aura probablement mené l’effort de guerre le plus ressenti pour contrer les effets de la pandémie parmi les économies dites avancées. Ottawa disposait, pour ce faire, d’une certaine marge de manœuvre avant d’être frappé par la crise sanitaire. Une marge qui s’érode toutefois très rapidement.

Sur le plan mondial, l’impact de la pandémie et l’effort pour en contrer les effets, sous forme de déficits publics, sera en moyenne l’équivalent de 9 % du PIB en 2020. Ce creusement résulte à la fois de la détérioration de l’activité économique et de l’aide fiscale et budgétaire déployée pour atténuer l’impact économique de la pandémie.

Selon les projections du Fonds monétaire international publiées en octobre dans son Moniteur des finances publiques, le chiffre sera de 19,6 % pour le Canada cette année, loin devant la moyenne des économies dites avancées, de 11,1 %. Au sein du G20, la détérioration la plus proche est observée au Royaume-Uni, avec 14,3 % du PIB, suivi par les États-Unis (12,3 %).

Cet « engagement » accru a produit des résultats. Les analystes de la Banque Nationale ont déjà évoqué une récupération plus forte du marché du travail selon la quasi-totalité des indicateurs comparativement à ce que l’on peut mesurer aux États-Unis. Aussi, il est attendu que le regain de l’activité économique perdue en 2020 et en 2021 sera supérieur au Canada que pour la moyenne des économies avancées, selon les prévisions automnales du FMI.

L’endettement tient la comparaison

La détérioration du ratio d’endettement tient également la comparaison. Toujours selon le Moniteur des finances publiques d’octobre, le Canada devrait terminer l’année 2020 avec un ratio dette nette/PIB sous les 50 %, soit le meilleur rapport parmi les pays du G7.

À 46,4 %, ce ratio, qui tient compte des actifs financiers, se veut deux fois moins pesant que la moyenne de 96,1 % des économies avancées. Encore là, le Royaume-Uni suit avec un ratio de 98,1 %, puis les États-Unis, avec 106,8 %.

Sur la base de la dette brute, l’avantage canadien se fait cependant plus discret, avec un ratio dette brute / PIB attendu à la fin de 2020 autour de 115 %, contre 125 % pour la moyenne des économies avancées. Au sein du G7, le Canada est devancé par l’Allemagne (73 %) et le Royaume-Uni (108 %), pour se situer près de la France (118 %), mais devant les États-Unis (131 %).

Une dette qui s’accumule toutefois dans un environnement désinflationniste, mais dont le poids se trouve atténué par des taux d’intérêt maintenus à des creux historiques. Et l’espoir que ces mesures, temporaires pour l’essentiel, puissent ouvrir la voie à une récupération fiscale notoire en 2021 a quelque peu diminué avec les scénarios de reprise moins rapide que prévu.

Économie détériorée

Dans sa mise à jour économique, la ministre des Finances Chrystia Freeland fait ressortir un déficit budgétaire dépassant les 380 milliards au terme de l’exercice 2020-2021, pouvant frôler les 400 milliards selon l’effet hivernal de la pandémie. Et elle projette un plan de relance équivalant de 3 % à 4 % du PIB, soit entre jusqu’à 70 milliards et 100 milliards, sur trois ans.

Mais il lui faut conjuguer cela avec un PIB qui, en août, était encore inférieur d’environ 5 % au niveau observé en février. Avec, aussi, des emplois en octobre se situant à 3,3 % sous le niveau prépandémie, 79 % des emplois perdus ayant été récupérés. Au cours de la semaine de référence, allant du 13 au 17 octobre, retenue par Statistique Canada, le nombre total de travailleurs touchés par la crise s’est établi à 1,1 million.

Les données sur l’emploi d’octobre mettaient également en exergue une augmentation de 50,7 % des chômeurs de longue durée. On en dénombrait 448 000, soit le quart de tous les chômeurs. S’y greffent 295 000 personnes ne faisant pas partie de la population active, mais qui voulaient travailler et avaient travaillé pour la dernière fois il y a plus de six mois, a précisé Statistique
Canada.

 

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