Tout sur Biden

J’ai accueilli la victoire de Joe Biden aux primaires démocrates, l’an dernier, avec une vive déception. Je n’arrivais pas à concevoir que le parti de Kennedy et d’Obama n’ait rien de mieux à offrir aux Américains, pour battre Trump, que ce politicien terne et usé. En vérité, je ne savais pas grand-chose de Biden, mais je craignais qu’il ne fasse pas le poids devant le cyclone Trump.

Il y a deux ou trois semaines, quand j’ai vraiment commencé à croire aux chances de victoire de Biden, je me suis dit que je devais faire l’effort de mieux connaître cet homme qui s’apprêtait à diriger le plus puissant pays du monde, avec lequel nous partageons une frontière.

Je me suis donc rendu à la librairie avec l’intention d’acheter la biographie que lui a consacrée le politologue français Jean-Éric Branaa chez Édito et dont Caroline Montpetit avait dit du bien dans Le Devoir. Le livre, m’a-t-on dit, n’était pas encore déballé. En espérant que ce contretemps ne soit pas une prémonition du sort qui attend Biden, je me suis rabattu sur Joe Biden. Le pari de l’Amérique anti-Trump (du Rocher, 2020, 328 pages), une autre biographie de l’homme signée Sonia Dridi, correspondante à Washington pour plusieurs médias électroniques français.

Même si ça augurait mal, avec deux fautes de français dans les cinq premières pages — ça se corrige ensuite, avec deux seules autres fautes dans le reste du livre —, je ne l’ai pas regretté. Rédigé dans un style vif et entraînant, ce portrait politique, qui fait le tour du personnage, avec ses bons et ses mauvais coups, en se fondant sur de multiples entrevues, m’a presque fait aimer le candidat démocrate.

« Beaucoup, écrit Sonia Dridi, le trouvent trop vieux, trop gaffeur, trop “plastique”. Mais l’ancien élu lifté rassure à cause de ses années d’expérience dans deux hauts lieux du pouvoir : le Congrès et la Maison-Blanche. » Voilà, c’est ça : après quatre années de trumpisme chaotique, ce bon vieux Joe, malgré ses lacunes, rassure.

Même Alexandria Ocasio-Cortez, égérie d’une gauche plus radicale et d’abord partisane de Bernie Sanders, en convient. « Je pense, a-t-elle déclaré au New York Times, que les gens comprennent qu’il y aura des limites à ce que Joe Biden fera et ça se comprend — il ne s’est pas présenté en tant que candidat progressiste. Mais, au minimum, nous devrions aspirer à mieux que ce que nous avions avant. Je ne veux pas un autre mandat de Trump. »

Pour rallier les partisans déçus de Sanders, Biden a d’ailleurs inscrit dans son programme des propositions presque révolutionnaires pour les Américains : université gratuite pour les étudiants provenant de familles gagnant moins de 125 000 $ par an, hausse du salaire minimum à 15 $/h et augmentation des retraites pour les plus démunis.

Biden ne suscite pas vraiment l’enthousiasme et apparaît, au mieux, comme un moindre mal. Or, la biographie de Dridi montre que ce jugement ne lui rend pas justice. Biden, c’est vrai, a de réels défauts. Sa propension à gaffer, liée à sa tendance à la logorrhée, est avérée. Toutefois, ses impairs verbaux, bien qu’embarrassants, témoignent plus de son caractère bonhomme que d’une pensée tordue. De même, si certaines femmes l’ont accusé de comportements harcelants à leur égard, des enquêtes sérieuses n’ont rien trouvé de concluant en cette matière.

Sa famille, enfin, à laquelle il est très attaché, a souvent été un boulet politique pour lui. Après la mort tragique de sa première femme et de sa fille dans un accident de voiture en 1972, Biden s’est remarié en 1977 avec Jill Jacobs, docteure en sciences de l’éducation, qui semble dotée de toutes les qualités, comme l’était son fils Beau, mort d’un cancer du cerveau en 2015. Son fils Hunter et ses frères, James et Frank, l’ont toutefois mis dans l’embarras à quelques reprises, à son insu, semble-t-il, en se servant de leur statut privilégié pour en retirer des bénéfices financiers.

L’homme de 77 ans, qui a fait fortune comme conférencier après son passage à la vice-présidence, n’est donc pas parfait. Après 50 ans de vie politique, il traîne quelques casseroles. L’histoire de sa vie, cependant, nous apprend aussi qu’il a « fait de l’égalité raciale un combat » depuis sa jeunesse dans le Delaware, ce qui explique sa popularité auprès de l’électorat afro-américain. Au chapitre de ses bons coups, Biden peut aussi faire valoir sa paternité, en tant que sénateur, de la loi contre la violence faite aux femmes, adoptée en 1994.

Ce qui ressort le plus éloquemment de cette biographie, c’est la capacité d’empathie de Biden pour les personnes blessées par la vie. Après quatre ans d’une présidence brutale, cette qualité prend toute son importance. Tout savoir sur Biden, finalement, incite à accepter, mardi prochain, de miser notre espoir sur lui. A-t-on, de toute façon, vraiment le choix ?

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