Aux portes du pouvoir

La semaine dernière, entre deux déclarations délirantes — « Je reviens parce que je suis un spécimen physique parfait et extrêmement jeune » et « Les démocrates veulent démolir vos maisons et les reconstruire avec des fenêtres minuscules pour que vous ne puissiez plus voir la lumière » —, Donald Trump a annoncé, au détour d’un tweet, que l’armée américaine aura complètement quitté l’Afghanistan à Noël.

Cette déclaration — c’est devenu coutumier avec lui — contredit la politique officielle des États-Unis, qui parlait plutôt d’un départ en mai 2021, sous certaines conditions.

Cette date et ces conditions figurent dans le texte d’un accord signé en février dernier par Washington et la guérilla des talibans, par-dessus la tête du gouvernement de Kaboul.

Trop ravie de l’aubaine — un départ inconditionnel et précipité de l’armée américaine —, la direction des talibans s’est immédiatement réjouie de cette annonce, la voyant comme un signe de sagesse et « la base de futures relations bonnes et positives ».

Bien sûr, d’un jour à l’autre, Trump est capable de dire n’importe quoi et son contraire. Ses zigzags continuels ont mis à mal l’idée d’une « politique étrangère » digne d’être analysée et comprise.

Il n’empêche que les Américains sont bel et bien « sur le départ » en Afghanistan, après 19 ans de ce qui est devenu la plus longue et, à la fin, la plus impuissante de toutes les guerres jamais menées par ce pays. Un départ la queue entre les jambes, en abandonnant un allié qui risque de se faire dépecer par la suite.

En regardant ce pauvre président Ashraf Ghani, aujourd’hui complètement largué, on se rappelle ce que fut, il y a 24 ans, la fin atroce de Mohammad Najibullah.

Celui qui avait été, pendant une quinzaine d’années, l’homme des Soviétiques, fut alors capturé et torturé, son cadavre montré à la foule alors que… les talibans — oui, les mêmes ! — arrivaient au pouvoir en septembre 1996.

Eh bien… les talibans reviennent aujourd’hui, 19 ans après le 11 Septembre. Leur retour au pouvoir n’est plus qu’une question de temps et de modalités.

Ils s’apprêtent à profiter du retrait sans gloire — et désormais sans conditions — de ce qui fut la grande puissance états-unienne, devenue la risée du monde entier.

Un État dont les engagements, les promesses et les alliances ne valent plus le papier sur lequel ils sont écrits. Demandez-le à M. Ghani !

Un petit jeu à trois se déroulait depuis quelques années entre Washington, les talibans et Kaboul. Mais en 2018, en engageant des pourparlers directs avec les talibans, les États-Unis ont décidé que les « vraies décisions » se prenaient désormais entre eux et la guérilla.

Le gouvernement Ghani est alors devenu le dindon de la farce ; celui qui doit s’adapter aux faits accomplis et aux exigences des deux autres.

Il y a eu cet accord, en février, entre Washington et les talibans. Sept mois plus tard, le 12 septembre, des « négociations » se sont engagées entre la guérilla et — cette fois — le gouvernement de Kaboul… Mais les talibans ne sont pas là pour négocier. Ce qu’ils veulent — en y mettant les formes —, c’est une capitulation de facto, puisqu’il est maintenant clair que les États-Unis ne seront plus dans le chemin.

Forte de son implantation sur le terrain, et de sa reconnaissance par Washington, la guérilla prend de très haut le gouvernement de Kaboul et ses négociateurs officiels, qualifiés de « marionnettes » et de quantité négligeable.

Deux courtes citations de Masoom Stanekzai, ancien chef des services secrets de Kaboul, négociateur du gouvernement afghan, résument la situation : « Les talibans ne peuvent plus continuer à dicter les règles de la discussion ! » Et surtout celle-ci : « Washington doit cesser de soutenir les positions talibanes ! »

Quand le chef négociateur d’un gouvernement officiellement « allié » en est rendu à accuser les Américains de soutenir les positions de l’ennemi… c’est que la fin est proche.

Le gouvernement afghan mais aussi les intellectuels et les femmes libres de Kaboul ont aujourd’hui toutes les raisons de trembler devant ce retour annoncé des islamistes.

François Brousseau est chroniqueur d’information internationale à Ici Radio-Canada. francobrousso@hotmail.com

15 commentaires
  • Nadia Alexan - Abonnée 13 octobre 2020 01 h 11

    «La libération de "criminels endurcis" et de trafiquants de drogue va "vraisemblablement représenter un danger pour nous tous.»

    Malheureusement, ici, les bien pensants nient le danger d'un mouvement djihadiste international ou l'existence même des Talibans.
    Trump, le voyou, a été un désastre pas seulement pour son pays, mais pour les relations internationales puis qu'il n'a pas de parole et sa signature ne signifie rien.
    En espérant qu'il va aller au diable prochainement.

  • Michel Lebel - Abonné 13 octobre 2020 06 h 43

    Triste constat

    Une raison de plus pour mettre Trump à la porte en novembre! Il était écrit dans le ciel que les talibans prendraient un jour le pouvoir. Triste mais réaliste constat.

    M.L.

  • Pierre Rousseau - Abonné 13 octobre 2020 08 h 11

    Tout ça pour ça?

    La guerre en Afghanistan a été déclenchée suite aux attentats du 11 septembre 2001 avec comme chef de file les ÉU et des milliers de morts ont suivi, surtout chez les civils Afghans. Dès les débuts, il était écrit dans le ciel qu'une invasion étrangère dans ce pays était vouée à l'échec, les Russes en savaient quelque chose. Les soi-disant Alliés n'avaient même pas de plan post-invasion pour remettre la société afghane sur les rails.

    Évidemment, ça devait s'étirer et à un moment donné il était aussi écrit dans le ciel que les Alliés, épuisés, sortiraient du pays la queue entre les jambes. Le Canada a subi des pertes, comme les autres pays qui faisaient partie des troupes d'invasion, puis, essouflé, on s'est à toute fin pratique retiré du pays. Il a simplement fallu qu'un bouffon comme Trump soit président des ÉU pour que la débâcle se concrétise.

    Comme le dit M. Brousseau, il reste maintenant les victimes abandonnées par les occidentaux, surtout les intellectuels et les femmes et filles qui vont subir les foudres des nouveaux maîtres du pays. Ça c'est après que les ÉU aient abandonné leurs alliés kurdes en Syrie et que leur président ait frayé avec les dictateurs de ce monde. Il est temps que le reste du monde tourne le dos à ce pays dont la signature ne vaut même pas le papier sur lequel elle est écrite.

  • Jean-Marc Simard - Inscrit 13 octobre 2020 08 h 22

    Le départ des Américains est une bonne idée...

    Que les Américains partent de l'Afghanistan est peut-être une très bonne idée, en ce sens que ce départ permettra aux Talibans d'aller au bout de leur expérience islamique...Cette fausse religion véhicule une idéologie complètement tordue qui va à l'encontre des forces qui cherchent à humaniser davantage l'humanité...Cette idéologie qui cherche à détruire tout ce qui n'est pas musulman mène nulle part. Mais lui permettre de s'épanouir dans un pays islamique permettra d'exorciser le mal dont elle fait la promotion, mal qui empêche les Musulmans de moderniser leur développement et leur évolution humaniste...Le monde islamique doit changer d'idéologie s'il veut entrer dans un monde qui s'humanise de plus en plus. Car cette idéologie religieuse est plus destructrice que constructive...Laisser les Musulmans aller au bout de leur folie islamique qui cherche la destruction plutôt que la construction de l'humanité en l'humain est le meilleur moyen d'en exorciser le mal qui ronge l'Islam depuis sa fondation...Toutes les religions évoluent vers un plus grand bien, sauf l'Islam...Or pour permettre à l'Islam de prendre le chemin évolutif de l'humanisation, il lui faut révolutionner son idéologie fondatrice...Et cette révolution ne peut se faire que de l'intérieur. Non sous pression de forces extérieures. Les Musulmans doivent prendre leur destinée en main et se révolutionner eux-mêmes pour sortir de la barbarie dans laquelle cette idéologie religieuse les enferme...Et cette révolution surviendra quand les Musulmans seront suffisamment tannés que leur religion mortifère les fasse mourir à petit feu en étouffant leurs aspirations et en emprisonnant leur velléité d'épanouissement...La seule voie à suivre est celle de la libéralisation, de l'égalisation et de la fraternisation. Sinon l'Islam coure à sa perte et ne pourra survivre très longtemps...

    • Nadia Alexan - Abonnée 13 octobre 2020 09 h 50

      Monsieur Simard, vous dites: «Toutes les religions évoluent vers un plus grand bien, sauf l'Islam..»
      Pensez-vous que les évangélistes des États-Unis qui ont mis Trump au pouvoir et qui prêchent l'intransigeance, le capitalisme sauvage, l'homophobie et la misogynie évoluent vers un plus grand humanisme?!

    • Jacques Bordeleau - Abonné 13 octobre 2020 10 h 02

      Et que faites-vous des femmes et des hommes libres et progressistes de ce pays, des enfants et de leur instruction, du droit et de la justice... et quoi d'autre encore? Vous proposez la politique du pire qui est toujours la pire des politiques, d'autant plus que dans le cas de l'islamisme, avant qu'il s'effondre il aura essaimé, pollué des contrées entières, dont certaines essaient de s'en sortir, et probablement vicié de son fascisme sectaire et misogyne des sociétés évoluées comme la nôtre. Les tentatives ne manquent déjà pas. Non, Monsieur, ce pari est intenable.

      Jacques Bordeleau

  • Cyril Dionne - Abonné 13 octobre 2020 08 h 38

    « La gloire posthume ne réchauffe pas les cercueils » — Jean-Claude Harvey

    Bon, on accusait les États-Unis de faire des guerres d’empire et on sait combien aujourd’hui celles-ci ont bien tournées, Irak, Vietnam, Corée et j’en passe, et maintenant, on dit le contraire. Pardieu, vous ne pouvez pas avoir l’argent du beurre, le beurre et un sourire de la fermière avec cela. Ah! La gauche subventionnée de Radio-Pravda.

    Ceci dit, nous n’avons rien à cirer de l’Afghanistan et les Américains non plus. Si ce pays et sa population veulent vivre comme il y a un millénaire et que les amis imaginaires occupent toute leur passion et leur temps tout en pratiquant le racisme, la misogynie et l’homophobie à un niveau jamais égalé, eh bien qu’il le fasse en autant qu’ils demeurent tous chez eux.

    Ce n’est pas en entretenant des régimes corrompus tout en envoyant la jeunesse américaine pour combattre dans une guerre sans fin et sans espoir qu’on changera quoi que ce soit. En fait, les vrais changements viennent toujours de l’intérieur.

    Vous savez, la gloire efface tout devoir de mémoire. Elle efface tout, sauf le crime. Les Américains se foutent bien si les autres pensent qu’ils ne sont pas la 1ère puissance militaire du monde libre. Ils ont juste à essayer pour en subir l’Armargeddon qui s’ensuivra pour eux.

    En passant, le gouvernement Ghani a toujours été le dindon de la farce parce qu’il ne représente personne en Afghanistan à part de quelques corrompus. C’est comique d’entendre les gens d'ici dire que les intellectuels et les femmes libres de Kaboul, ont aujourd’hui toutes les raisons de trembler devant ce retour annoncé des islamistes puisqu’ils sont les mêmes qui s’objectent à la loi 21 au Québec. Il faudrait aussi se rappeler que les Américains se sont interposés dans la guerre qui opposait les Russes et les Moujahadins en leur fournissant les armes dans les années 80. En fait, Oussama ben Laden y était un des chefs. Ils y sont retournés pour l'éliminer et les camps djihadistes. La mission a été accomplie il y a longtemps.

    • Robert Bérubé - Abonné 13 octobre 2020 10 h 47

      Monsieuux Dionne, je sens beaucoup de compassion dans votre texte...vive le chacun pour soi!

    • Françoise Labelle - Abonnée 13 octobre 2020 18 h 21

      M.Dionne,
      votre jeunesse excuse sans doute cet oubli flagrant: Brzezinski puis Reagan ont soutenu les futurs talibans, qualifiés alors de «Freedom Fighters» comme les Liberty Fries de Bush, qui ont mis fin au régime soviétique qui envoyait les filles de Kaboul en médecine et en génie.
      Les USA sont souvent du côté sombre de la force.

    • Cyril Dionne - Abonné 13 octobre 2020 22 h 37

      Oui M. Bérubé, je n'ai rien à cirer de l'Afghanistan. Vraiment pas. Ce n’est pas à moi de dicter aux Afghans comment ils doivent vivre leur vie là-bas. Ceci dit, rien ne vous empêche d’y aller là-bas pour aller sauver les gens et montrer toute votre compassion. Mais les paroles sont toujours plus faciles que les actions, n’est-ce pas?

      « Ben » oui Mme Labelle, les Américains soutenaient les futurs djihadistes et Oussama ben Laden parce qu’ils combattaient l’Union soviétique durant la guerre froide. C’était leur ennemi juré. Et les Afghanes n’allaient pas en Russie pour étudier, c’était le prétexte. Elles y allaient pour se faire endoctriner dans la propagande communiste qui était un mensonge sur toute la ligne.