Contrepoisons scolaires

Je vous invite d’abord à faire avec moi une très intéressante recette.

Allons-y.

Un mets bien spécial

Prenez le chaudron social. Versez-y pour commencer une bonne dose de biais de confirmation, par lequel on tend à ne plus voir que ce qui confirme notre point de vue et rien de ce qui pourrait l’infirmer. Ajoutez-y une bonne pincée d’épices d’Internet et de réseaux sociaux.

Laissez reposer. Longtemps.

À la mixture obtenue, ajoutez une bonne portion d’effet Dunning-Kruger, par lequel des gens qui en savent peu, voire qui ne savent à peu près rien, sont d’une extraordinaire et arrogante certitude, contrairement aux savants qui sont modestes et nuancés quand il le faut, c’est-à-dire souvent. Versez-y un peu de cet effet de bulle par lequel ceux qui n’entendent que des gens qui sont de leur avis tendent à adopter des positions plus radicales encore que celles qu’ils avaient d’abord. Vous aurez bien entendu auparavant fait macérer votre belle portion d’effet Dunning-Kruger dans un jus d’épices d’Internet et de réseaux sociaux.

Ajoutez au mélange autant de manque de culture scientifique que vous pourrez en mettre. Vous aurez préalablement préparé un bouillon de polarisation sociale, de biais médiatiques et de fausses nouvelles, que vous ajouterez à votre recette.

Faites bouillir à feu vif, longtemps.

L’étape suivante est cruciale. Il s’agit de concocter un subtil fumet de perte de confiance envers les institutions. Il est fait de doutes (peu importe qu’ils soient fondés ou non) quant à leurs compétences et à leur habileté à faire ce qu’elles prétendent accomplir et de la conviction qu’elles ne veulent pas le bien des personnes qu’elles doivent servir (ici encore, que cette conviction soit ou non fondée). Lorsqu’il est prêt, vous incorporez doucement ce fumet à votre recette.

On y est presque.

Vous ajouterez à votre mixture la perte de la capacité de débattre et une épice très facile à trouver : l’illusion de poser des gestes d’une grande importance et d’une grande portée politique — celle-ci étant bien entendu mélangée à une dernière pincée d’Internet et de réseaux sociaux.

Votre recette est maintenant prête. Elle n’est guère ragoûtante, mais bien des gens en redemanderont.

Vous l’aurez deviné : ce plat s’appelle le complotisme. Il fait parfois sourire, mais il est aussi souvent terrifiant, par exemple quand il est question de santé publique, de masques et de vaccins, de politique, de QAnon et j’en passe. On en a, en fait, de très nombreux exemples ces temps-ci. Ils ne me font pas rire. Vous non plus, sans doute.

Je sais bien que le phénomène du complotisme est plus complexe que ce que ma recette laisse entendre. Je sais aussi qu’il y a eu des complots bien réels. Mais je veux partir de ce que j’ai avancé comme facteurs explicatifs pour réfléchir à ce que l’école et son curriculum pourraient d’ores et déjà faire pour mieux outiller les jeunes générations, celles qui usent et abusent justement de l’épice des réseaux sociaux, et les préparer à affronter ces périls.

Un curriculum contre le complotisme

Je propose trois pistes de réflexion et d’action.

Pour commencer, cela va de soi, l’école doit transmettre à tous une culture scientifique générale. J’entends par là deux choses : une certaine mais véritable familiarité (sans qu’elle soit nécessairement accompagnée des outils mathématiques qu’ils déploient) avec les grands concepts des sciences naturelles et humaines ; puis une connaissance de la manière dont se construit le savoir scientifique et des concepts que cela implique — faits, lois, théories, falsification, etc.

Mon deuxième élément est l’apprentissage de notions de pensée critique. On devrait, en sortant de l’école, avoir appris ce qu’est un biais de confirmation, quels sont les principaux sophismes auxquels tout le monde peut succomber, comment on peut être trompé par des données chiffrées détachées ou semi-détachées, par des tableaux et des graphiques, etc.

Ce cours d’éducation à la citoyenneté qu’on devrait d’urgence instaurer serait le lieu tout désigné pour enseigner ces choses, et bien d’autres, nécessaires au futur citoyen pour qu’il puisse penser de manière critique. Je tiens ici à faire une place particulière à l’apprentissage de l’art de naviguer sur la Toile en faisant preuve de prudence, en sachant se méfier de ses propres biais cognitifs, en déployant des outils pour aider à distinguer les sources fiables des sources moins ou pas fiables, en appliquant des stratégies (il en est…) permettant de ne pas (ou de moins risquer de…) se faire berner.

Enfin, je souhaiterais que l’on apprenne à l’école, que l’on y cultive et y développe l’art de discuter. Le phénomène a sans aucun doute de nombreuses causes, et parmi elles il faut compter celles qui ont contribué à la montée du complotisme. Mais le fait est là devant nous, brutal, désolant : notre conversation démocratique ne se porte pas au mieux.

On abuse des insultes — haine, racisme, fascisme et bien d’autres. On oublie qu’on a droit à l’erreur, que l’on peut apprendre de gens qui ne pensent pas comme nous, qu’on devra de toute façon côtoyer des gens avec lesquels, finalement, nous serons en désaccord, que sur certaines questions complexes, il n’est pas étonnant qu’il y ait des désaccords, qu’il ne suffit pas d’être convaincu de détenir la vérité pour la posséder et qu’il ne suffit pas de se croire vertueux pour l’être.

Tout cela s’apprend. La philosophie pour enfants, commencée tôt, semble un bon moyen pour ce faire.

54 commentaires
  • Yvon Montoya - Inscrit 5 septembre 2020 06 h 14

    La philosophie pour enfant est d’un grand ridicule. Pour le complot, la cuisson n’est surtout et hélas pas longue, c’est chimique, instantané. Sinon vous montrez bien paradoxalement que l'école est en totale faillite pédagogique. On refuse de voir la mise en ruine de nos sociétés désemparés et vides. Il va falloir comme le disait le grand poete et père de Ubu roi: « Nous n'aurons point tout démoli si nous ne démolissons même les ruines ! »

    • Pierre Grandchamp - Abonné 5 septembre 2020 13 h 48

      Le défi immense 2020: l'éducation et l'enseignement quand il y a de moins en moins de repères autour de l'élève!

    • Marc Therrien - Abonné 5 septembre 2020 15 h 45

      J’imagine que c’est votre pessimisme lucide qui fonde et soutient votre commentaire. Pour valoriser la philosophie pour enfants et croire que ceux-ci peuvent participer avec les adultes à la recherche de sens, j’imagine qu’il ne faut pas trop craindre les heurts de leur conscience à travers ce chemin côteux, rocailleux et sinueux de la découverte du monde tant leur ouverture d’esprit n’est pas encore abîmée.

      L’enfant, avec son regard neuf sur le monde et la vie qui découvre les choses pour la première fois possède cette qualité naturelle d’étonnement que les philosophes cherchent à cultiver parce qu’elle s’étiole à mesure que l’éducation et l’instruction nous amène à réduire notre champ de conscience pour se concentrer sur quelque chose d’utile et de productif. C’est cette capacité d’étonnement qu’il voudra retrouver plus tard quand son mal-être deviendra trop intense. Vouloir retrouver cette liberté de questionner ce monde dominé par la rationalité économique, l’obsession de l’efficacité, la violence, la destruction de la nature parce que l’aliénation est devenue trop douloureuse.

      Marc Therrien

    • Pierre Grandchamp - Abonné 6 septembre 2020 10 h 35

      Je n’endosse pas la position apocalyptique de M. Montoya sur l'école et la société.. Quant à l’école, rappelons que, en 1960, le Québec était la société la moins scolarisée en Amérique du Nord. Que de pas franchis en 60 ans! La majorité des écoles secondaires publiques actuelles furent bâties après 1960. Les premiers Cégeps en 1967. Puis le réseau de ll’UQ.

      D’autre part, je partage l’avis de la philosophe Hannah Arendt : notre société vit une crise de la tradition et de l’autorité. En 1998, les commissions scolaires passeront de confessionnelles à linguistiques; en 2005, l'enseignement religieux ou moral disparaitra du curriculum.Les femmes qui étaient absentes des universités en 1960 y sont mainenant en majorité, en 2020. Je vous invite à lire le livre d’une enseignante au privé : "Parents essouflés, enseignants épuisés Les répercussions sociales d’une éducation trop permissive", par Anne-Marie Quesnels. En 1961, il y avait 7.6% de familles monoparentales; en 2016, il y en avait 26.5%.

      Et oui, les médias sociaux entrent dans le décor.Qu’on songe , en particulier, à l’éveil à la sexualité précoce. Et aux diverses influences venant des médias sociaux.Dans son livre, Mme Quesnels parle des "partys arc-en-ciel" avec des jeunes de 12-13 ans.

      Il est évident que les médias sociaux jouent beaucoup dans l'environnement des jeunes ados, en particulier. D'accord avec le chroniqueur sur " réfléchir à ce que l’école et son curriculum pourraient d’ores et déjà faire pour mieux outiller les jeunes générations, celles qui usent et abusent justement de l’épice des réseaux sociaux, et les préparer à affronter ces périls." Et dans ces périls, l'envahissement du complotisme.

      En conclusion,oui, notre société vit une crise de la tradition et de l'autorité.

  • Richard Maltais Desjardins - Abonné 5 septembre 2020 06 h 59

    Un excellent Baillargeon

    Bravo

    • Françoise Labelle - Abonnée 5 septembre 2020 07 h 19

      D'accord avec vous M.Maltais Desjardins.

    • Loyola Leroux - Abonné 5 septembre 2020 14 h 58

      Monsieur Desjarcins, nous ne sommes pas sur Facebook avec des ''J'aime''. Ne pourriez-vous pas vous espliquer un peu ? Que pensez-vous, par exemple, de cette affiramtion : ''Je sais aussi qu’il y a eu des complots bien réels.'' ?

    • Raymond Labelle - Abonné 5 septembre 2020 15 h 05

      Ce cours de pensée critique proposé par M. Baillargeon, ne remplacerait-il pas avantageusement l'ECR?

      "Mon deuxième élément est l’apprentissage de notions de pensée critique. On devrait, en sortant de l’école, avoir appris ce qu’est un biais de confirmation, quels sont les principaux sophismes auxquels tout le monde peut succomber, comment on peut être trompé par des données chiffrées détachées ou semi-détachées, par des tableaux et des graphiques, etc." NB.

      On commence par plus facile au primaire, bien entendu. Mais même à ce stade, on peut commencer à initier. On ne saurait trop insister sur cet aspect fondamental d'éducation à la citoyenneté.

      On pourrait ajouter l’aspect réflexion sur la vie en société : à défaut de donner les réponses, faire prendre conscience de bonnes questions – rapport de l’individuel au collectif, rôle de l’État, démocratie, délibération, droits fondamentaux, etc.

      Quitte à avoir un cours d'histoire des religions obligatoires - ce qui permet de montrer la religion comme phénomène historique – aussi aspect de tolérance – toute société doit composer avec son histoire, et ce n’est la faute de personne d’être né et élevé dans telle ou telle société.

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 5 septembre 2020 17 h 18

      Monsieur Labelle, je ne sais pas si nous ayons nécessairement besoin de remplacer les cours ÉCR par autre chose pour favoriser le développement de l'esprit critique chez les jeunes. D'une part parce que cela figure déjà parmi les objectifs de cette formation, avec une insistance particulière à l'égard des relgions comme modèles de représentation et d'action au plan éthique. D'autre part parce que le développement du sens critique est une compétence transversale qui doit traverser tous les aspects de la formation et que les enseignants partagent très largement cette préoccupation. Merci aux philosophes de l'Université comme monsieur Baillargeon et aux profs de philo dont j'ai eu l'honneur d'être en espérant avoir un peu aidé aussi. Autrement, comme la pertinence d'ÉCR n'a pas été remise en question expressément dans le texte, je n'irais pas beaucoup plus loin dans mes commentaires. Au plaisir.

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 5 septembre 2020 17 h 30

      Monsieur Leroux, l'assertion que vous me demandez d'examiner n'appelle aucun commentaire, telle que formulée.

    • Raymond Labelle - Abonné 6 septembre 2020 00 h 13

      'Je sais aussi qu’il y a eu des complots bien réels.'' NB Je ne suis pas M. Desjardins. Je dis quand même ce que j'en comprends: ne pas être complotistes ne signifie pas que l'on nie qu'il peut y avoir de véritables manigances.

      Parmi des manigances avérées: la CIA a bel et bien intervenu au Chili pour renverser le gouvernement Allende - même avant le coup d'État, pour déstabiliser et compliquer la gouvernance. On a bien essayé de tuer Castro. La CIA y est pour quelque chose dans le renversement de Mossadeh en Iran. Au début du siècle, des compagnies d'ampoules électriques se sont entendues pour en diminuer volontairement la durée utile. Il y a eu le scandale des Pentagon Papers où il a été démontré qu'il y avait eu intoxication d'information relativement à la guerre du Vietnam par le gouvernement américain.

      On pourrait multiplier les exemples. Mais être complotiste, c'est autre chose - c'est identifier une force précise qui contrôle tout. Beaucoup d'intervenants, même parmi les supposés plus puissants, évoluent dans un monde complexe avec des forces contraires et transigent avec de l'inconnu qui leur échappe. Et sentent, malgré tout, le besoin de persuader ("manufacting consent"). Personne ne peut tout contrôler.

      De plus, il y a les logiques systémiques qui fonctionnent très bien sans complot.

      Et des cas intermédiaires: que dire des pressions des entreprises de biotechnologies et de fabrication d'armes sur certains gouvernements? Systémique, accointances entre personnes bien orientées - mais pas exempt de manigances, aussi pour faire taire dans certains cas.

    • Raymond Labelle - Abonné 6 septembre 2020 00 h 23

      "parmi les objectifs de cette formation", mais dans quelle mesure? Si on parle d'éducation à la citoyenneté, quelle place donner à l'apprentissage des abc de multiples catéchismes et rituels de diverses religions, enseignés à l'âge de la pensée magique, qui semble prendre une grande part du curriculum de l'ECR, et quelle place donner à une éducation directe à la pensée critique et aux problèmes d'éthique sociale en général?

      L'ECR prend le temps consacré à l'éducation citoyenne, en ce qu'il prétend être de l'éducation citoyenne.

      De plus, je ne suis pas contre un cours d'histoire des religions à la fin du secondaire ou au cégep.

      Enfin, la pensée critique et les questions éthiques méritent un traitement et un enseignement particuliers y consacrés - on n'apprend pas ceci de façon complète et coordonnée en dispersant de ces éléments dans des cours de français, de mathématiques, ou d'histoire ou d'éducation physique, même si bien sûr, cette compétence devrait aussi traverser ces cours.

  • Françoise Labelle - Abonnée 5 septembre 2020 07 h 06

    Le réseau, catalyseur de complot

    Les commentaires argumentés et nuancés ne sont pas lus sur les réseaux sociaux et les références sont jugées fastidieuses. Une phrase succincte sans justification suffit. On peut par contre pratiquer joyeusement «l’association», qui n’est pas un sophisme n’ayant aucune prétention argumentative : Gates investit dans la recherche d’un vaccin, il complote donc avec Big Pharma. Cf. «Bill Gates, Emmanuel Macron, "Big Pharma"... Les élites devenues cibles des complotistes du coronavirus» LCI, 20 mai.
    Il faut montrer à faire exactement l'inverse et démonter les exemples de faussetés sur le médium.

    Le complotisme ne remonte pas à la diffusion massive d'Internet, plutôt récente. Umberto Eco a forgé le néologisme «diétrologia» (diétrologie) pour qualifier ce penchant de l'âme italienne dans les années de plomb en Italie (1960 à 1980). Diétro («derrière», sans allusion au Q) et -logie, soit l'art de voir ce qui est derrière la réalité, celle-ci ne pouvant être ce qu'elle paraît. La justice italienne a porté cet art à un ultime degré de raffinement: on pouvait affirmer qu'un prévenu ne pouvait pas se promener dans la rue sans une intention suspecte. L'absence de preuve étant une prueve. Ce qui a mené à des abus de pouvoir dramatiques grâce aux pouvoirs discrétionnaires mis en place pour combattre la mafia et le terrorisme.
    Les dénonciations anonymes étaient bienvenues, comme la «bouche de dénonciation» de Venise, puisque invérifiables et chaque italien se faisait fort d'affirmer être dans la confidence du complot, d’où le Anon, qui pourrait finalement être un ado imaginatif qui s’amuse aux dépens de ceux qui l’écoutent.

    • Charles-Étienne Gill - Inscrit 5 septembre 2020 17 h 34

      Madame Labelle,
      À travers ces années de plomb, l'Otan était véritablement à l'oeuvre et agissait d'une manière complotiste. Ce qui me dérange dans le texte de Baillargeon, alors qu'il signé la préface de de la traduction de Propaganda, c'est qu'il fait peu de place, dans son enseignement de la pensée critique, à la transmission des vrais complots. Or, sans une véritable introduction au sujet, le citoyen nage en plein idéalisme même s'il dispose des outils dont parle Baillargeon. Il ne faut pas seulement dire comme il le fait : « Je sais aussi qu’il y a eu des complots bien réels. » Voici le 4e de couverture du livre « Les Armes secrètes de l'OTAN : réseaux stay behind, opération Gladio, et terrorisme en Europe de l'Ouest » :

      « "Cette étude méticuleuse et soignée, incisive, révèle pour la première fois l'ampleur, la noirceur et les implications menaçantes des armées secrètes créées par l'OTAN. La lecture de ce livre important de Ganser s'avère une urgence, particulièrement dans la période que nous traversons. " -Noam Chomsky, . Historique Ce livre raconte comment, après la Seconde Guerre mondiale, la CIA et le MI6 britannique mirent en place des armées secrètes anti-communistes dans tous les pays d'Europe de l'Ouest, et par quels processus ces réseaux Stay-Behind de l'OTAN s'allièrent dans certains pays à des groupes terroristes d'extrême droite, avec des conséquences particulièrement tragiques. L'existence de « Gladio », l'armée secrète italienne, fut révélée par le Premier ministre Giulio Andreotti en 1990 ; à la suite de quoi la presse parla du « secret politico-militaire le mieux gardé,... depuis la fin de la Deuxième Guerre mondiale » et nota que : « L'histoire semble tout droit sortie des pages d'un thriller politique ».

      Vous critiquez les médias sociaux, mais ironiquement, sur le Devoir, on a publié votre commentaire hier où vous me prêtiez, pour m'invalider, des propos que je n'avais pourtant jamais formulée, c'est pas «clean»...

  • Mario Tremblay - Abonné 5 septembre 2020 07 h 29

    Çà me rappelle ...

    Un cours classique 2.0 quoi!

  • Françoise Labelle - Abonnée 5 septembre 2020 08 h 02

    Des lecteurs du Devoir immunisés

    Plusieurs lecteurs du Devoir ont reconnu le sophisme du faux dilemme dans le titre d’une lettre Ni Arruda ni Qanon. Formellement : non (p ou q) équivaut à non p et non q. Autrement dit le titre affirmait: si on ne croit pas à Qanon, alors on ne doit pas croire Arruda. La (saine) possibilité de ne pas croire Qanon exclut la possibilité de croire Arruda!!

    Le faux dilemme, appelé aussi exclusion du tiers, fausse dichotomie ou énumération incomplète, est un raisonnement fallacieux qui consiste à présenter deux solutions à un problème donné comme si elles étaient les deux seules possibles, alors qu'en réalité, il en existe d'autres. Wiki.

    Négation de la disjonction :
    La proposition (non ( P ou Q)) est équivalente à la proposition ((non P) et (non Q)).
    http://www.edu.upmc.fr/uel/mathematiques/logique1/
    https://fr.wikipedia.org/wiki/Table_de_vérité (milieu de page)

    • Raymond Labelle - Abonné 5 septembre 2020 15 h 26

      Oui, et l'article montre et explique, en d'autres termes, qu'il s'agit d'un faux dilemme - c'est en ce sens qu'on l'y reconnaît.

    • Marc Therrien - Abonné 5 septembre 2020 16 h 10

      Vous concentrez votre attention sur le titre du texte de M. Prévost alors que c’est sa conclusion qui ouvre l’esprit : « Ni l’OMS ni Donald Trump. « Ni Horacio Arruda ni QAnon. » Aviez-vous besoin de déjouer le faux dilemme pour être capable de penser autrement qu’enfermée à l’intérieur de cette boîte à quatres coins représentée dans la conclusion du texte de M. Prévost?

      Marc Therrien

    • Marc Therrien - Abonné 5 septembre 2020 16 h 54

      Ou dit autrement, M. Labelle, l'auteur n'installe pas comme tel le faux dilemme dans le but de nous y enfermer, mais il le révèle en nous exposant une série de questions qui demande un peu de courage pour être posées pour espérer s'en déprendre, le simple sceptique risquant d’être englouti dans le magma du complotisme.

      Marc Therrien

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 6 septembre 2020 08 h 09

      C'était plutôt non ((P alors -Q) ou (-P alors Q)). On n'a pas à choisir entre souscrire à Arruda et rejeter QAnon ou discréditer le premier et approuver le second. Les deux membres de la disjonction ne font pas alternative. Les deux possibilités ne sont pas mutuellement exclusives. Elles sont renvoyées ensemble par l'auteur. Je me trompe?

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 6 septembre 2020 08 h 43

      Autrement dit encore : les deux implications sont présentées par l'auteur comme des contraires. Si j'établis la vérité de l'une, la fausseté de l'autre en découle logiquement. Mais si je ne le peux ou même si je peux établir que l'une est fausse, l'autre est indécidable logiquement. Il n'y aurait dilemme que si chacun des membres pouvait être affecté de la valeur vrai. Il ne semble pas qu'il aille jusque là.

    • Raymond Labelle - Abonné 6 septembre 2020 12 h 28

      non ( P ou Q) = (non P) et (non Q) = (P alors -Q) ou (-P alors Q)

    • Raymond Labelle - Abonné 6 septembre 2020 14 h 35

      Voici la conclusion de l'auteur de "Ni Arruda ni QAnon" : "Il semble urgent d’ouvrir un véritable dialogue, d’accepter les « débats » sur ces questions avant qu’on ne nous impose cet automne, avec toute la force de la pseudo-évidence, le port du couvre-visage à l’extérieur. Certains consensus sont sans doute moins consensuels qu’on le prétend, lorsqu’on creuse un peu.

      Ceux qu’on a rangés sous l’étiquette englobante de « complotistes » se targuent actuellement, non sans raison, de former l’opposition officielle à l’ère du coronavirus : pourquoi leur céder tout ce terrain ? Il y a moyen de mettre en question les décisions de la Santé publique sans pour autant crier à la domination occulte des réseaux pédosatanistes ni voir en Donald Trump et Vladimir Poutine les sauveurs de la planète."

      Mon interprétation: le fait que l'on se questionne sur P (la position de la Santé publique) ne signifie pas que l'on considère Q (les théories complotistes) comme vraies. L'auteur semble considérer Q comme faux, mais refuse de se faire attribuer Q du simple fait qu'il questionne et pourrait diverger de P sur certains aspects, ce qu'il dit qu'il ne ferait pas nécessairement - c'est en ce sens qu'il parle de faux dilemme.

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 6 septembre 2020 14 h 36

      Non (P ou Q) est compatible avec P et Q Une faute logique consisterait même ici à dire que nécessairement P et Q alors que cela n'a de portée que de dire que la disjonction n'est pas exclusive, comme dans une alternative). Traduction : ne pas choisir entre avérer Arruda ou QAnon est compatible avec le fait qu'ils soient vrais tous les deux, ce qui enlève toute nécessité à votre première transformation qui les exclut tous les deux. Ensuite, comme vous avez posé (et non déduit) non P, seule la deuxième implication de votre disjonction est à considérer au plan logique mais elle serait en contradiction avec le second membre de la conjonction non P et non Q. La première implication ne serait pas à envisager logiquement parce que vous avez nié que P.

    • Raymond Labelle - Abonné 6 septembre 2020 14 h 48

      "ne pas choisir entre avérer Arruda ou QAnon est compatible avec le fait qu'ils soient vrais tous les deux."

      - pas d'accord, les deux sont mutuellement exclusifs, l'un des deux pourrait être vrai, mais il est possible que les deux soient faux.

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 6 septembre 2020 16 h 56

      En fait, c'est l'auteur qui décide dans quel rapport il les considère. S'ils dit que la vérité de l'une entraîne la fausseté de l'autre et qu'elles peuvent être fausses en même temps, il n'en fait pas l'alternative fausse qu'on lui prête. S'il soutient qu'elles sont contraires, il affirmera que l'une est vraie et que cela prouve que l'autre est fausse ou bien, à défaut, qu'il se peut qu'elles soient fausses en même temps, ce qui n'est déjà pas une alternative. Si on lui prête de soutenir que Non (P ou Q), cela signifie expressément que les deux ne sont pas mutuellement exclusifs, mais qu'ils peuvent entretenir une variété de rapports parmi lesquels P et Q sont compatibles logiquement sans pouvoir en être déduit nécessairement.

      Je ne me prononce pas sur les motifs matériels pour lesquels il soutient Q, mais il me semblait clair que pour lui cela n'impliquait pas matériellement le rejet de la santé publique, ni la réciproque et que c'était contre le braquaque d'un côté ou de l'autre de ce qu'on donne comme une alternative qu'il en avait. C'est ce que j'ai essayé de formaliser un peu. Juste une analyse, qui marche ou pas. Que nous soyons d'accord avec lui ou que nous l'estimions même seulement cohérent n'est pas en cause. S'il pouvait trouver profit à se livrer à un exercice de cet ordre pour clarifier les choses pour nous ou même pour lui-même, ce serait tant mieux, mais autrement, c'est plus un jeu entre nous, vous savez!

    • Cyril Dionne - Abonné 6 septembre 2020 17 h 01

      Aie les apprentis mathématiciens, lâchez-nous avec la philosophie et laissez les grands s'occuper de la logique mathématique.

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 6 septembre 2020 17 h 52

      Allez-y à votre force, monsieur, pour une fois que vous pourriez parler de choses que vous connaissez sans doute mieux que moi. A moins bien sûr que votre but soit seulement d'insulter, comme d'habitude.

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 6 septembre 2020 20 h 52

      La confusion vient de ce qu'on utilise les propriétés de la disjonction inclusive comme si c'était elles qui sont en cause dans la fausse alternative. Le seul cas où la disjonction inclusive est fausse est effectivement le cas où ni l'un ni l'autre des membres n'est vrai. Mais l'auteur n'a pas à satisfaire la condition de montrer qu'un des membres de la disjonction est vrai pour sortir de cette fausse fausse alternative, bref à chosisir son camp. Pour qu'il y ait fausse alternative, il faut que le raisonnement échoue à montrer soit qu P, soit que Q. Il n'a pas à démontrer que l'un ou l'autre a raison puisque son but n'est pas de toute façon de montrer de cette manière que l'autre a forcément tort.

    • Raymond Labelle - Abonné 6 septembre 2020 20 h 59

      Ne pas comprendre le lien profond entre science et philosophie, c'est ne comprendre ni la science, ni la philosophie.

      Pour l'édification des personnes de bonne volonté, ouvertes d'esprit et dotées d'une authentique curiosité pour comprendre le monde, voici une conférence par un physicien sur la mécanique quantique et la question de l'évolution de la science à partir de son état antérieur, où le monde était vu comme observé de l'extérieur: https://www.youtube.com/watch?v=XfxTATYprX0