L’illusion de confort de la pandémie

Cette pandémie aurait rendu les Québécois plus optimistes à l’égard de leur endettement. L’apparition d’une marge de manœuvre budgétaire, même de 200 $ par mois, crée une zone de confort.

La lecture vient de l’Indice des dettes à la consommation compilé trimestriellement pour le cabinet de professionnels en insolvabilité MNP. Le sondage a été réalisé par Ipsos entre le 1er et le 2 juin 2020 auprès d’un échantillon de 2001 Canadiens d’au moins 18 ans qui ont été interrogés. La marge d’erreur est de plus ou moins 2,5 points de pourcentage, 19 fois sur 20.

On y lit que 49 % des répondants québécois qualifient leur situation d’endettement d’excellente. Il s’agit du taux le plus élevé au Canada, en hausse de 9 points de pourcentage par rapport à la lecture pré-pandémie. Dit autrement, ils ne sont plus que 38 % à se sentir préoccupés par leur niveau d’endettement actuel, une baisse également de 9 points. Bref, « le nombre de Québécois qui déclarent être à 200 $ ou moins de l’insolvabilité a sensiblement diminué », passant à 41 %, en recul de 11 points.

MNP y voit deux explications. D’abord, les mesures d’allègement, soit la mise en place de programmes de soutien des revenus en réponse à la pandémie et aux restrictions imposées, et les reports de paiement appliqués par les institutions et créanciers. Ensuite, les économies ou les dépenses moindres découlant du confinement, de la mise en pause des grands pans de l’économie et du télétravail. « Avec la fermeture à grande échelle des commerces, qui restreint les possibilités de dépenses, ainsi que les économies réalisées sur l’essence et les déplacements grâce au télétravail, les Québécois disposent maintenant d’une plus grande marge de manœuvre dans leur budget chaque mois. En moyenne, après avoir payé leurs factures et réglé leurs obligations financières, ils se retrouvent à la fin du mois avec 218 $ de plus qu’au début de mars », indique le cabinet.

218 $

C’est, en moyenne, ce qu’il reste en plus aux Québécois à la fin du mois, après avoir payé leurs factures et réglé leurs obligations financières, par rapport à début mars.

N’empêche, ils sont encore 41 % à dire qu’ils se retrouvent à 200 $ ou moins de l’insolvabilité à la fin du mois. « Pour plus de 40 % de la population québécoise, juste quelques centaines de dollars par mois — moins qu’une réparation de véhicule inattendue ou qu’une perte de prime d’heures supplémentaires — suffiraient à faire pencher la balance du côté de l’insolvabilité », résume Frédéric Lachance. Le syndic autorisé en insolvabilité chez MNP ajoute que « nous commencerons à voir des créanciers prendre un éventail de mesures pour récupérer leur dû. Qu’il s’agisse d’augmenter les paiements mensuels ou de prolonger la durée des prêts, le résultat sera sans doute que de nombreuses personnes s’endetteront davantage à la sortie de la pandémie. »

MNP ajoute sa voix aux nombreux analystes anticipant que le taux d’insolvabilité, présentement en veilleuse, devrait croître à des niveaux de récession à la fin de l’année. « Ces chiffres reviendront à la normale à mesure que cesseront les subventions du gouvernement fédéral et que les créanciers se mettront à recouvrer les paiements reportés », écrivait cette semaine Frédéric Lachance.

Ajustements nécessaires

D’autant que le scénario dominant ne prévoit pas un retour du taux de chômage à son niveau de pré-pandémie avant 2022. Il repose également sur des ménages concentrant leur attention sur leur niveau d’endettement élevé, nonobstant le fait que les taux d’intérêt sont au plancher.

Selon Statistique Canada, en avril, 29 % des Canadiens ont déclaré que la pandémie avait eu des répercussions importantes ou modérées sur leur capacité à remplir leurs obligations financières. Et le tiers des travailleurs ont déclaré craindre de perdre leur emploi. Pour leur part, les données recueillies du 15 au 21 juin dans la série d’enquêtes sur les perspectives canadiennes de Statistique Canada publiées mercredi soulignent que 16 % des quelque 4000 répondants ont déclaré que le revenu de leur ménage n’était pas suffisant pour répondre à leurs besoins en matière de transport, de logement, d’alimentation, de vêtements et d’autres dépenses nécessaires.

 
1 commentaire
  • Cyril Dionne - Abonné 25 juillet 2020 09 h 10

    Non, on n'est pas sorti du bois

    Ceux qui sont à 218$ de payer leur facture une fois la fin des subventions du gouvernement fédéral, qu’ils devront s’acquitter de leurs impôts et que les créanciers se mettront à recouvrer les paiements reportés, la société sera en crise encore une fois. La reprise économique sera très lente parce que cette pandémie, à moins d’un vaccin miracle, sera avec nous pour des années et probablement plus loin que 2022. Le taux de chômage demeurera dans les 10% et plus et l’inflation risque d’apparaître à tout moment lorsqu’on imprime de l’argent pour palier à une richesse fictive et que les créanciers étrangers ne seront pas aussi gentils qu’on pensait. Voir Justin. Il va falloir en vendre du pétrole sale pour s’acquitter du 40% de notre dette détenue par des prêteurs étrangers, la plupart issus de l’Empire du Milieu.

    Une petite élection fédérale à l'automne avec ça?