Un recul inquiétant

Les enchères historiques sont ouvertes : jusqu’où le projet de loi 61 visant à accélérer le démarrage de 202 projets d’infrastructure va-t-il faire reculer le Québec ? À la période antérieure à la commission Charbonneau, comme le dit le PQ ? À la « Grande Noirceur » de Duplessis, comme le clament les libéraux ?

Gaétan Barrette a choisi de voir les choses plus simplement, pour ne pas dire avec simplisme. Puisque 35 des 38 maisons des aînés apparaissant sur la liste des projets seront construites dans des circonscriptions caquistes, il en conclut qu’il s’agit d’un projet de loi de nature partisane. C’est sans doute un curieux hasard, mais il n’y aurait pas lieu de s’inquiéter outre mesure si c’était là le seul problème. Il est vrai que l’ancien ministre de la Santé aurait été bien mal placé pour accuser le gouvernement de s’arroger de trop grands pouvoirs.

Tout le monde reconnaît que la relance de l’économie, littéralement cassée par la pandémie, est une nécessité et que l’État doit suppléer les entreprises présentement incapables de jouer leur rôle dans la création d’emplois. La question est de savoir dans quelle mesure elle justifie un relâchement des règles encadrant l’utilisation des fonds publics qu’il a fallu tant d’années à établir. Le gouvernement Legault exige une réponse d’ici une semaine, soit avant l’ajournement des travaux de l’Assemblée nationale, prévu le 12 juin.

Coïncidence, le jour même où le président du Conseil du trésor, Christian Dubé, a présenté son projet de loi, la vérificatrice générale rappelait que le ministère des Transports ne dispose toujours pas de l’expertise requise pour surveiller l’exécution des contrats qu’il octroie à l’entreprise privée et surtout pour en contrôler les coûts. La commission Charbonneau a bien démontré pourquoi elle a raison de s’inquiéter du devancement des projets.


 
 

Les arguments du gouvernement seraient plus convaincants s’ils ne versaient pas dans le sophisme. Tous les travailleurs ne sont pas interchangeables. L’accélération des travaux de construction ne donnera pas un emploi aux employés de la restauration ou aux artistes qui sont au chômage forcé. Prétendre que raccourcir les délais dits « administratifs » ne signifie pas que les exigences seront revues à la baisse constitue une véritable insulte à l’intelligence de la population.

Le premier ministre Legault estime que, de façon générale, la réalisation des grands projets souffre de tracasseries inutiles. Est-ce à dire que les dispositions du projet de loi 61 pourraient devenir permanentes ? La pandémie fournira-t-elle à la CAQ l’occasion d’imposer en matière de travaux publics l’approche expéditive qui a caractérisé l’action du gouvernement depuis son élection ?

À entendre le ministre de l’Environnement, Benoit Charette, qui a dit appuyer « l’entièreté du projet », on peut se demander si la protection de l’environnement ne fera pas les frais de l’opération et si le plan vert — le jour où on en verra la couleur — devra aussi être revu à la baisse. En mars 2019, Manon Massé avait menacé de bloquer les travaux parlementaires si un plan crédible de réduction des GES n’était pas présenté avant le 1er octobre 2020. C’est dans moins de quatre mois.


 
 

Selon M. Legault, « tous les Québécois vont être d’accord pour dire qu’au Québec, c’est bien trop long entre le moment où on décide de faire un projet, puis le moment où on commence à construire ». Autrement dit, il compte sur l’opinion publique pour forcer les partis d’opposition à voter pour le projet de loi 61, qui ne peut pas être adopté sans l’appui unanime des députés, puisqu’il a été déposé après la date limite permettant l’utilisation du bâillon. Sinon, « ils en paieront le prix politique », a averti le président du Conseil du trésor.

Le dernier sondage Léger ne laisse aucun doute sur l’appui dont bénéficie le gouvernement. Avec un taux de satisfaction de 80 % et 54 % des intentions de vote (64 % chez les francophones), la CAQ effectuerait un véritable balayage si une élection avait lieu maintenant. Pour mémoire, un résultat de 54 % avait permis à Robert Bourassa de faire élire 102 députés en 1973. Certes, l’élection ne viendra pas avant deux ans, mais qui lui reprochera alors d’avoir voulu prendre tous les moyens possibles pour favoriser la relance ?

L’opposition en est consciente et elle est certainement prête à faire des concessions. Elle ne peut cependant pas donner au gouvernement le chèque en blanc qu’il réclame sans s’écraser complètement. Ce dernier le sait très bien et se dit prêt à mettre de l’eau dans son vin, mais il en faudra beaucoup. On a dit et redit que la pandémie changerait le Québec, mais tout le monde avait compris qu’il allait faire un pas en avant. Il peut arriver qu’on recule pour mieux sauter, mais il y a aussi des reculs qui deviennent permanents.

41 commentaires
  • Michel Lebel - Abonné 6 juin 2020 06 h 23

    Populisme!

    Qui peut maintenant nier que le caquisme est une forme de populisme, un peu, beaucoup broche à foin? Au diable l'État de droit et le respect des règles actuelles de gestion publique! Ça presse et papa Legault est bien aimé par le bon peuple. Et celui-là le sait et en profite. Quel bel exemple de grande démocratie!!

    M.L.

    • Patrick Boulanger - Abonné 6 juin 2020 07 h 37

      Au diable l'État de droit?

      M. Lebel, si le projet de loi 61 passe, l'État de droit va être respecté à mon sens. Même si c'est un recul - comme plusieurs l'anticipent -, tous les changements qui vont découler du projet de loi vont se mettre en place dans le respect du droit, j'ai l'impression. Qu'en pensez-vous?

    • François Poitras - Abonné 6 juin 2020 08 h 18

      Il faudrait étayer ce qualificatif de "populiste" dont vous affublez le gouvernement. Le terme "populiste" n'est pas un synonyme de populaire.

    • Raynald Harvey - Abonné 6 juin 2020 09 h 08

      Populisme s'abreuvant aux mamelles du repli identitaire et de la xénophobie. Démagogie de droite, les Québécois trop poltrons pour aller au bout de leurs ambitions nationales, Legault joue à fond le petit boss des bécosses.

    • Jean-Marc Simard - Abonné 6 juin 2020 09 h 14

      Qu'y a-t-il d'indécent dans le fait d'être populiste, pris dans le sens de travailler pour les besoins du peuple et non pour ceux des «pt'itszamis», comme l'ont fait les libéraux du PLQ du temps de Charest et de Couillard...Votre partis pris aveugle des méfaits du PLQ par le passé est déconcertant... Pourtant, aucune critique de votre part envers ce parti, le PLQ, qui n'a pas hésité de tronquer l'idéologie libérale par celle du «mafieusisme»...Vous n'aimez pas la CAQ et ça paraît...Moi-même je ne suis pas Caquiste, mais Péquiste, mais je ne suis pas aveuglé par l'idéologie véhiculée par le PQ, et je suis capable d'apprécier les bons coups du Gouvernement Legault... Vous devriez prendre un peu plus de distance mentale face à un PLQ, qui a vraiment, preuves à l'appui, plongé le Québec dans un marasse politique, économique et social sans nom de source mafieuse...Gardez-vous donc une petite gêne avant de critiquer aveuglement, et à tord, les efforts du Gouvernement caquiste pour relancer l'économie du Québec, et pour corriger l'immense problématique laissée par les Gouvernements libéraux précédents que vous chérissez tant...

    • Claude Bariteau - Abonné 6 juin 2020 09 h 36

      Le populisme n'est pas l'explication. Celle-ci se trouve ailleurs.

      M. David parle d'un recul inquiétant sur lequel misent le PM et ses ministres qui ont les pieds sur l’accélérateur et les mains sur le volant des finances, du trésor, du développement et de l’innovation, du transport et de l’environnement. C'est une coup de force.

      Ce l'est parce qu'ensemble ils forment un quintette qui entend mettre au pas un appareil d’état sorti progressivement d’approches politiques que rend tentantes un système politique assurant la prise du pouvoir à une majorité d’élus d’un parti sans un appui majoritaire de l’électorat, d'ailleurs encore plus tentantes si le chef, à cause de circonstances particulières, bénéficie par sondage d'une une aura temporaire pour sa gestion d’une crise.

      Aussi faut-il lire dans ce projet omnibus 61 la tentation d’aplatir des règles et des obligations qui sont le fruit de décisions historiques pour corriger des abus de toutes sortes sous le prétexte d’une urgence à relancer des travaux d’infrastructures auxquels le quintette a donné son aval.

      Dans de telles circonstances, il y a urgence de neutraliser la tentation.

      Les parlementaires disposent de moyens pour inciter ce quintette aux respects des règles là où ça s’impose. Si la CAQ fait la sourde oreille, ils sont le pouvoir non seulement de ne pas voter en faveur de ce projet, mais aussi de quitter l’Assemblée nationale pour laisser la CAQ faire seul ce qui est inacceptable en refusant non des projets, mais la suspension des règles votées pour rendre cette institution à l'abris des tentations et dénoncer ce coup de force.

    • Michel Lebel - Abonné 6 juin 2020 09 h 58

      @ Patrick Boulanger,

      Attention! Évidemment le gouvernement Legault va agir en vertu de la loi. Mais ceci dit, il faut se poser la question à savoir si la loi est bonne, si elle n'instaure pas un certain arbitraire au profit du pouvoir exécutif. Il ne faut pas tomber dans le positivisme juridique aveugle! Même les dictatures s'appuient souvent sur la loi pour fonctionner, pour se légitimer.

      M.L.

    • Marc Therrien - Abonné 6 juin 2020 11 h 19

      M. Poitras,

      Sans vouloir répondre à la place de M. Lebel, j’ajoute un peu de vinaigre à son propos en passant par Guy de Maupassant qui disait que « le peuple est un troupeau imbécile, tantôt stupidement patient et tantôt férocement révolté. On lui dit « amuse toi » il s'amuse. On lui dit «va te battre avec ton voisin ». Il va se battre. On lui dit « vote pour la république ». Il vote pour la république ».

      Le summum du populisme, c’est quand le chef populaire d’un gouvernement en vient à prétendre que le peuple dont il est l’élu parle d’une seule voix à travers lui qui en devient alors le traducteur de ses volontés dont une de celle-ci serait actuellement qu’il puisse enlever la limite de temps associée à la déclaration de l’état d’urgence sanitaire pour la rendre indéfinie et à la discrétion du gouvernement qui a le pouvoir d’y mettre fin quand il le juge approprié. Il pense que le pouvoir qui vient avec celui que le peuple lui a accordé est le pouvoir de vouloir encore plus de pouvoir.

      Marc Therrien

    • Patrick Boulanger - Abonné 6 juin 2020 11 h 24

      @ M. Lebel

      Puisque le gouvernement Legault n'est pas une dictature et qu'il va agir en vertu de la loi 61 si elle est adoptée (du moins, on le présume), peut-on sérieusement soutenir que l'État de droit va être bafoué si ce projet de loi est adopté à l'Assemblée nationale (bien que je ne connais pas grand chose au droit, j'ai le sentiment que vous tombez dans l'inflation verbale avec votre « Au diable l'État de droit ») ?

    • François Beaulne - Abonné 6 juin 2020 11 h 32

      Vous travestissez la réalité en omettant de signaler dans votre commentaire que le PM Legault s'est engagé à ne pas forcer dans la gorge de l'Opposition l'adoption de ce projet de Loi. Je l'ai personnellement entendu dans les bulletins de nouvelle des derniers jours, comme d'ailleurs la majorité des Québécois qui suivent l'actualité politique. Jusqu'à preuve du contraire, je lui fais confiance.

      Les temps sont suffisamment graves pour qu'on puisse avoir un débat serein, éclairé, et dans la mesure du possible non partisan, sur la manière dont on va collectivement absorber l'ampleur des déficits laissés par les largesses gouvernementales dispensées, souvent de manière improvisée, tant au fédéral qu'au provincial.

    • Jacques Patenaude - Abonné 6 juin 2020 11 h 56

      @ Lebel
      Bref si je comprend bien votre raisonnement la règle de droit implique que la loi doit être bonne sinon ça ne respecte pas la règle de droit. Donc on peut se demander qui décide si la loi est bonne dans l'application la règle de droit?
      Si ce sont les juges, est-ce que ça veut dire que non seulement ils interpètent les loi mais aussi qu'ils décident de la pertinence des lois? N'y a-t-il pas là un problème séparation des pouvoir entre le politique et le juridique?

    • Nadia Alexan - Abonnée 6 juin 2020 12 h 01

      Vous avez bien raison, monsieur Lebel, le taux de satisfaction de 80 % et 54 % des intentions de vote (64 % chez les francophones) n'est pas une raison valable pour balayer les règles et les lois qui régissent l'octroient de contrats. Le fait de la popularité du CAQ ne veut pas dire se débarrasser de freins et de contrepoids qui séparent les pouvoirs.
      L'accélération et le démarrage de 202 projets d’infrastructure ne sont pas une raison valable pour se débarrasser des contraintes environnementales. L'environnement, c'est-à-dire «notre survie», doit avoir préséance sur l'économie et les cadeaux aux amis du pouvoir. On ne veut pas répéter la corruption survenue pendant les 15 années de pouvoir du PLQ.

    • François Poitras - Abonné 6 juin 2020 13 h 32

      M. Thérien. Vous multipliez les mésinterprétations et les torsions de faits pour nous régaler de votre rengaine coutumière. Le premier ministre Legault n'est pas l'élu du peuple québécois (selon vos dires), mais a été démocratiquement élu par cellui-ci Le pm n'a jamais prétendu que le peuple "parle d’une seule voix à travers lui". Enfin, la proposition de maintenir une liberté relative de l'État afin d'avancer ses projets économiques est raisonnable devant l'incertitude évidente des mois à venir. Ne perdons pas de vue que nous serons en camagne électorale dans 2 ans. Pour ce qui est de la soumission du "troupeau", je vous rappelle les rébellions tu peuple québécois lors des conscriptions des 2 guerres mondiales du 20e siècle. Le mépris dont vous faites preuve est non fondé.

    • François Poitras - Abonné 6 juin 2020 13 h 40

      M Harvey, La réforme de l'encadrement de l'immigration de même que l’encadrement du prosélytisme religieux pour certains groupes du salariat de l'État ne sont aucunement de l'ordre de la xénophobie ou du repli identitaire. Ce sont mesures politiques rationnelles dont la pertinence fut manifeste par les nids de couleuvres qu'elles ont soulevés.

    • Marc Therrien - Abonné 6 juin 2020 17 h 11

      M. Poitras,

      Admettons que je puisse parfois m’amuser à tordre le réel et à le pervertir en exagérant. Disons simplement que François Legault a de la graine de populisme à semer quand il se dit porté par la volonté de la majorité historique francophone et qu’il en flatte les « bas instincts » comme le nationalisme et la xénophobie tout en exacerbant les réflexes sécuritaires. Il est celui qui selon ses propres dires a mis à l'abri des extrémismes religieux le peuple québécois dont plusieurs parmi lui craignent tant qu'ils se répandent.

      Marc Therrien

    • François Poitras - Abonné 7 juin 2020 12 h 06

      .Marc Therrien, « Flatter les bas instincts du peuple par le nationalisme » ? J'ai toujours été étonné de la réaction de certains québécois à l’aspiration nationaliste du Québec. Que des canadiens du Roc s'expriment avec hargne sur le sujet, je le comprends. Que des québécois ne soient pas nationalistes pour des raisons politiques, sociales où économiques me semble raisonnable. Mais le nationalisme est profondément inscrit dans l'histoire du Québec et s'est manifesté de diverses façons à toutes les époques de celle-ci. Aussi les réactions outrancières de certains québécois à la simple évocation de son existence forcent ma perplexité. En me laissant entendre que des motifs pas très "nobles" provoquent ces excès.

  • Patrick Boulanger - Abonné 6 juin 2020 07 h 09

    Alors que j'espérais un rehaussement des exigeances environnementales au Québec suite à la pendémie, j'apprends hier que le gouvernement Legault sauhaite plutôt déroger à des exigeances de notre Loi sur la qualité de l'environnement. M. Dutrisac du Devoir soulignait hier dans ce journal que le gouvernement pourra notamment avec son projet de loi 61« déterminer arbitrairement la compensation financière à verser pour détruire des milieux humides ou porter atteinte à des espèces en péril. » Espérons que des députés de l'opposition ne vont pas laisser passer ce recul (n'oublions pas ce que M. David nous souligné aujourd'hui dans sa chronique: le projet de loi 61 « ne peut pas être adopté sans l’appui unanime des députés, puisqu’il a été déposé après la date limite permettant l’utilisation du bâillon »).

    • Jacques Patenaude - Abonné 6 juin 2020 09 h 28

      Pas vraiment certain que la CAQ serait majoritaire si une élection avait lieu. Les sondages reflètent une situation temporaire où les gens se sont rallié non pas à la CAQ mais à leur gouvernement en situation de crise. D'ailleurs tous les partis ont eu l'intelligence de collaborer durant la phase aigue de la crise. Peut importe le parti au pouvoir il aurait probablement obtenu le même score. Le gouvernement aurait intérêt à mieux calculé ses coup car "il pourrait en payer le prix". La relance ne pourra se faire par la bonne vielle méthode de l'asphalte et du béton. Aux partis d'opposition de présenter des mesures crédibles de relance. Il est vrai que "Tous les travailleurs ne sont pas interchangeables". Déjà on manquait de travailleurs de la construction et même de contracteurs alors relancer l'économie ainsi ne saurait réussir. Les élections sont dans deux ans à eux d'y penser. Ils n'ont rien à perdre et tout à gagner de résister s'ils proposent des mesures de relance plus porteuses d'espoir pour tous.

    • Pierre Grandchamp - Abonné 6 juin 2020 12 h 15

      Cela fait partie de l'ADN de la CAQ: vouloir aller très vite ou trop vite.On l'a vu l'an dernier avec le *gaffeux* ministre Jolin Barrette en immigration qui a dû honteusement reculer; notamment, reniant une promesse électorale, avec un test de valeurs ridicule.

      Mais, la population apprécie la gestion de la crise avec Legault. Cependant, le fait d'aller à la télé avec une grande cote d'écoute le favorise nettement. Parfois, je trouve les médias un peu trop complaisants, lors de la période de questions.

      Legautl est omniprésent et fait de la micro gestion, assez souvent; notamment pour couvrir certains ministres faibles. Son ministre de l'Éducation en arrache. Je déplore, d'aiileurs, qu'il n'Y ait pas de ministre de l'Enseignement supérieur à plein temps, en cette période mouvementée.

  • Simon Grenier - Abonné 6 juin 2020 07 h 37

    Je pense que l'opposition est justement dans la situation idéale pour remuer mer et monde contre ce grand classique qui se répète depuis 8000 ans. Il faudrait peut-être que les hommes d'état s'élèvent au-dessus du peuple, à un moment donné. On peut bien rire de Québec Solidaire parce que leur popularité ne leur permet pas tellement de sortir de l'idéologie mais ils seront bien le seul rampart contre une américanisation complète du Québec.

    Souvenons-nous que M. Jolin-Barrette - la petite "bolle" de la CAQ qui ne fait que des projets de loi médiocres à revoir de fond en comble et qui semble avoir l'oreille entière et indéfectible du premier ministre - a pondu un essai éloquent dans lequel il disait essentiellement: "Ils l'ont-tu l'affaire, les Américains?" sur 128 pages, avant de conclure qu' "ils l'ont-tu l'affaire, les Américains!" - tout en affirmant l'absolue nécéssité d'injecter "un peu de théâtre et de mise en scène" dans le Salon Bleu, lieu du pouvoir et des prises de décision de l'État. L'absolue nécéssité de recourir à la bullshit alors que le peuple nous regarde débattre en son nom. Impressionnant, comme pertinence et vision de la chose publique. Impressionnant et inquiétant; heureusement que M. Legault est très mou face à la grogne populaire et médiatique - on va lui donner ça: il contrôle tout de même ses nombreux coucous.

    Falardeau doit être crampé de rire et de rage en continu depuis 2018. Son message s'est intégré à la culture populaire au point de faire des événements Elvis Grattons similaires à ceux du Rocky Horror Picture Show - sauf pour ceux à qui il était destiné, la prétendue élite en "administration publique".

  • Yvon Pesant - Abonné 6 juin 2020 07 h 47

    Inquiétude légitime

    On se rappellera que la CAQ avait le pire programme pour tout ce qui peut avoir trait à l'environnement, à l'élection d'octobre 2018. Il y a moins de deux ans. De facto, on pouvait même dire qu'il n'y avait pratiquement pas de programme à cette enseigne.

    Après l'élection, le club sélect des Legault et compagnie a vite changé sa ministre qui ne maîtrisait aucunement ses dossiers pour la remplacer par Benoît Charette. Pas l'yable mieux. Puis, on y est allé d'un petit acte de contrition très en concordance avec les préoccupations des Québécois pour s'excuser de son défaut environnemental. Défaut dans le sens d'absence. Et pour nous faire croire qu'on veillerait bien au grain. Mais...

    "Chasser le naturel, il revient au galop.", nous dit l'adage.

    Dans le cas de la CAQ et de son projet de loi 61, il y a tout lieu de penser que c'est le naturel de la pensée des money makers du très sélect club qui nous revient au galop. Pas le naturel des milieux à protéger.

    On le savait déjà avec Énergie Saguenay. Un grand pas de plus avec ce projet de loi "très circonstanciel".

    • Clermont Domingue - Abonné 6 juin 2020 11 h 14

      Convenons que trop de règles à suivre, c'est paralysant. On a tous vu les Chinois construire un hôpital de mille lits en dix jours... Pourtant, comme vous, je m'inquiète de la pensée caquiste..Ces gens sont matérialistes et non environnementalistes. Ils veulent des jobs payantes. Je pense qu'ils aiment mieux l'argent que la nature.

      Je crois que nous retournerons vite à l'ère Duplessis.La commission Charbonneau aura permis aux profiteurs de raffiner leurs pratiques pour cacher leurs méfaits.Où il y a de l'homme il y a de l' hommerie. Les malfrats ne sont pas plus honnêtes qu'il y a 60 ans; ils sont plus habiles.

  • Alain Roy - Abonné 6 juin 2020 07 h 50

    Opposition

    Les partis de l'opposition doivent faire leur travail de garde fou, donner trop de pouvoir au parti au pouvoir n'est jamais une bonne idée, même avec un gouvernement à l'approche avunculaire sympathique. Quant au prix électoral, les élections sont dans deux ans, ce qui est très long en politique. Et même si un deuxième mandat de la CAQ semble inéluctable, les partis de l'opposition ont plus à perdre s'ils abdiquent leur mission.