Les conservateurs et la Dre Tam

Ce n’est pas facile d’être le chef de l’opposition officielle durant une pandémie. Toute critique envers le gouvernement risque d’être perçue comme étant contre-productive face à la menace collective ou, pire encore, carrément opportuniste. Mieux vaut s’effacer que de se planter.

Depuis le début de cette pandémie, le chef conservateur, Andrew Scheer, a généralement su trouver le juste milieu en exigeant que le gouvernement libéral du premier ministre Justin Trudeau rende des comptes tout en mettant en veilleuse la partisanerie qui caractérise la politique en temps normal. Mais le chef conservateur a manqué cruellement de courage cette semaine en refusant de dénoncer les propos choquants du député ontarien Derek Sloan, un militant antiavortement et candidat à la succession de M. Scheer, qui a réclamé la tête de l’administratrice en chef de l’Agence de la santé publique en chef du Canada, la Dre Theresa Tam. Dans un courriel envoyé à ses militants, M. Sloan a laissé entendre que la Dre Tam serait trop proche de l’Organisation mondiale de la santé et du régime communiste chinois. Selon M. Sloan, cette proximité aurait retardé la réponse canadienne pour réduire la propagation du coronavirus.

« La Dre Tam doit partir, a écrit M. Sloan. Le Canada doit demeurer souverain dans ses décisions. Les Nations unies, l’OMS et la propagande chinoise communiste ne doivent plus jamais avoir un mot à dire dans la santé publique du Canada. »

M. Sloan n’est pas le seul politicien à avoir critiqué l’OMS pour avoir minimisé la menace de la COVID-19. Alors que plusieurs pays, dont les États-Unis, ont décidé en février de fermer leurs frontières aux voyageurs de la Chine, où s’est manifestée cette maladie pour la première fois en novembre dernier, l’OMS insistait pour dire que de telles mesures étaient inutiles. Le Canada fut ainsi l’un des derniers pays à interdire les vols internationaux, attendant jusqu’à la mi-mars.

M. Sloan a toutefois franchi une ligne en insinuant que la Dre Tam, qui est née à Hong Kong, manque de loyauté envers son pays d’adoption. Inconnue du grand public avant la crise actuelle, la Dre Tam a toujours fait preuve durant sa longue carrière d’un dévouement et d’un professionnalisme incontestables. Elle s’est comportée de façon exemplaire depuis le début de la crise actuelle. Elle est la bonne personne, à la bonne place, au bon moment. Elle n’est ni une politicienne ni une militante. C’est une scientifique, d’abord et avant tout, qui se sert des meilleures données disponibles pour enrayer cette menace à la santé publique.

En prétendant le contraire, M. Sloan a prouvé qu’il n’est pas digne du poste qu’il convoite. Heureusement, ses chances de gagner la course à la chefferie conservatrice sont minces. Et quelques députés conservateurs, dont Michael Chong et Eric Duncan, ont eu la décence de signaler leur désaccord avec ses propos.

Pourquoi M. Scheer n’a-t-il pas pu le faire lui-même ? Il a donné comme prétexte qu’il ne voulait pas s’immiscer dans la course à la chefferie de son parti. Mais après s’être déjà abstenu d’appuyer la Dre Tam la semaine dernière, son refus de dénoncer les propos de M. Sloan révèle une fois de plus pourquoi son parti ne pourra jamais gagner la confiance d’une majorité de Canadiens, qui sont dégoûtés par sa politique du sifflet à chiens. Ils savent pertinemment que si M. Scheer passe sous silence les propos de M. Sloan, c’est parce qu’il ne veut pas froisser certains militants de droite qui en mènent large au sein de son parti. C’est sans doute pourquoi l’ancien ministre Peter MacKay, qui aurait une longueur d’avance sur les trois autres candidats dans la course à la chefferie, ne s’était toujours pas prononcé sur les propos de M. Sloan vendredi.

Sans surprise, M. Trudeau n’a pas hésité à profiter de leur silence. « L’intolérance et le racisme n’ont pas leur place au Canada, certainement pas leur place dans nos discours politiques, a-t-il dit lors de son point de presse de jeudi. Notre pays est fort, non pas malgré ses différences [culturelles], mais à cause de ses différences. »

Plus les Canadiens commenceront à ronger leur frein sous les consignes du confinement, et plus l’économie canadienne croulera sous les fermetures forcées de milliers d’entreprises, plus le gouvernement de M. Trudeau sera assujetti à la critique pour sa gestion de cette crise. La politique canadienne reviendra tranquillement à la normale, et l’éventuel successeur de M. Scheer — la date initiale de sa sélection, le 27 juin, ayant été reportée en raison de la pandémie — aura à mener la charge contre le gouvernement actuel. Si personne ne conteste les dépenses hallucinantes qu’il engage pour venir en aide aux personnes affectées par la crise, la dette fédérale qui en découlera va hypothéquer l’avenir du pays pendant plusieurs années.

Mais tant que les chefs de file conservateurs n’oseront pas remettre des gens comme M. Sloan à leur place, une majorité de Canadiens continueront à leur tourner le dos.

20 commentaires
  • Nadia Alexan - Abonnée 25 avril 2020 01 h 05

    Honte aux Conservateurs sans vergogne.

    Les Conservateurs se qualifient de mesquineries et de petitesses. Ce sont des racistes innés et ils ne se cachent pas non plus.
    Quand ils prennent le pouvoir, leur gouvernance est désastreuse. N'oublions pas que c'est Harper qui a signé un contrat avec l'État voyou de l'Arabie saoudite, pour lui exporter des véhicules blindés.
    Je ne veux pas dire que les Libéraux sont mieux, car ils font la campagne de la gauche et quand ils prennent le pouvoir, ils gouvernent de droite. Mais comme même, ils ne sont pas aussi odieux que les Consérvateurs qui travaillent essentiellement pour les riches et les multinationales.

    • Hélène Lecours - Abonnée 25 avril 2020 11 h 24

      Les conservateurs jouent les mêmes cartes que les républicains chez nos voisins. Y aura-t-il suffisamment de bénis oui-oui pour les suivre? Là est la grande question. Et qui prendra la place sinon ? Les libéraux jouent des cartes un peu moins risquées, c'est vrai, mais ils s'essouflent actuellement. Comment expliquer l'absence de nouveaux leaders? De vrais leaders, avec de vraies idées novatrices? Le Corona nous aidera-t-il à voir plus clair dans notre réalité universelle? Je l'espère, malgré tout.

    • Nadia Alexan - Abonnée 25 avril 2020 12 h 57

      Bonjour madame Hélène Lecours: Malheureusement, l'on n’a pas eu des leaders «avec de vraies idées novatrices» tels que René Lévesque au Québec et Tommy Douglas, le père du système de santé publique au Canada, depuis la Révolution tranquille. Des femmes et des hommes visionnaires qui travaillaient pour le bien commun au lieu de l'intérêt des milliardaires n'existent plus, depuis les années soixante.

  • Jacques Bordeleau - Abonné 25 avril 2020 08 h 30

    Pas sûr.

    Les Canadiens, et peut-être même les Québécois, se pinceront le nez et entendront les tonitruantes vociférations conservatrices quand Trudeau, suivant la bonne vieille recette libérale, devra révéler l'ampleur de ses folies dépensieres devenues un déficit écrasant. On verra alors les Libéraux à la manoeuvre, pelletant ce déficit dans la cour des provinces en réduisant les transferts fédéraux sous toutes sortes de prétextes et de raisons, sans lâcher leur main-mise sur des compétences pourtant provinciales.
    Le passé est garant de l'avenir.

    Jacques Bordeleau

    • Brigitte Garneau - Abonnée 25 avril 2020 13 h 22

      " Le passé est garant de l'avenir." Et pendant ce temps, le présent ne nous fait pas de présent.

  • Joane Hurens - Abonné 25 avril 2020 09 h 06

    Les “Republicans” du nord

    Bien soulagée de ne pas avoir eu à subir ces éteignoirs de la réalité scientifique pour mener la barque fédérale pendant la tourmente actuelle.
    On les a même vus devenir récemment des champions de la démocratie parlementaire, eux qui avaient institué la prorogation du parlement comme modèle de gouvernance.
    Pitoyables.

  • Cyril Dionne - Abonné 25 avril 2020 10 h 18

    Oui, la Dre Tam doit partir, non pas à cause de son origne ethnique, mais de son incompétence

    Oui, la Dre Tam doit partir. Oui, le Canada doit demeurer souverain dans ses décisions, en tout cas le Québec si le ROC ne va dans la même direction. Les Nations unies, l’OMS et la propagande chinoise communiste ne doivent plus jamais avoir un mot à dire dans la santé publique du Québec. Mais cela ne veut pas dire qu’on endosse la position raciste de Derek Sloan. L’incompétence de Mme Tam n’a rien à voir avec son origine ethnique, mais bien d’avoir cru sur parole les dires de l’OMS et de son maître incontesté, l’empire dictatorial de Chine et de son président/dictateur qui s'est nommé à vie. Elle était notre chien de garde contre une propagande étrangère.

    Enfin, le temps n’est pas à la partisannerie politique que nos journalistes aiment bien trop faire. On aimerait bien connaître la position de nos politiciens et journalistes comme M. Yakbuski sur comment atteindre l’immunité collective. Est-ce que c’est en se faisant contaminer comme le propose nos politiciens présentement au Québec? Est-ce que pour montrer l’exemple, nos sbires et nos politiciens seront les premiers à volontairement entreprendre cette voie pour attraper ce virus et devenir par la suite, on l’espère en tout cas, immunisés? Justin Trudeau pourrait devenir notre premier patient zéro à être contaminé pour montrer l’exemple. Sinon, pourquoi le demander à la population ce sacrifice par l’entremise de ses enfants? Vous savez, les enfants vont devenir malades eux aussi lorsqu’ils seront en contact avec ce virus. Ne serait-il pas mieux de gagner du temps pour développer un vaccin que nous pourrons espérer utiliser pour nous immuniser et obtenir l'immunité collective de cette façon? Il n’y a pas de solution facile en ce bas monde qu'est notre monarchie constitutionnelle.

    • Carl St-Laurent - Abonné 25 avril 2020 22 h 56

      Merci M. Dionne de mentionner que la performance de Dre Tam est questionnable. Je ne comprend pas pourquoi M. Yakabuski nous dit que Dre Tam est irréprochable. C'est fort quand même ! En général, j'aime les articles de M. Yakabuski mais je suis vraiment surpris par celui-ci.

      De plus, j'ai lu les deux messages de Derek Sloan et je dois avouer que je n'y vois aucun racisme. A mes yeux, M. Sloan aurait pu écrire exactement les mêmes messages si Dre Tam était un homme originaire du Québec. Que voyez-vous de raciste dans les propos de M. Sloan ? Les avez-vous lu ?

    • Cyril Dionne - Abonné 26 avril 2020 09 h 36

      Ce sont les tweets de M. Sloan qui ont capturé l’attention.

      « La Dre Theresa Tam, administratrice en chef de la santé publique du Canada, a fait défaut aux Canadiens. »

      « Le Dr Tam doit partir! Le Canada doit rester souverain sur ses décisions. L'ONU, l'OMS et la propagande communiste chinoise n'auront plus jamais leur mot à dire sur la santé publique du Canada! »

      Évidemment, il n’y pas grand-chose à fouetter un chat. Les politiciens font de la politique. Ceci dit, plusieurs ont associé ces tweets à cause de son ethnicité et au fait que Mme Tam est née à Hong Kong. Que voulez-vous, en cette ère de rectitude politique, toute critique envers des ethnicités autre que caucasienne est considérée comme raciste par la gauche plurielle.

      Enfin, si c’est plus évident que M. Sloan accuse la Dre Tam de manquer de loyauté envers son pays d’adoption dans ces tweets, pour le reste, il faut vraiment chercher et faire des inférences parce que pour le commun des mortels, les remarques racistes n’y sont pas.

    • François Beaulne - Abonné 26 avril 2020 12 h 28

      <Les Nations unies, l’OMS et la propagande chinoise communiste ne doivent plus jamais avoir un mot à dire dans la santé publique du Québec.>
      Mais quelle mouche vous a donc piqué M. Dionne de nous liver en vrac cet amalgame incohérent?
      Seriez-vous, par hasard, un <groupie> inconditionnel de Monsieur Eau de Javel. ce clone de Youpi qui fait des Etats-Unis la risée du monde entier?

      Franchement, je ne comprends pas votre obsesions à systématiquement descendre les Nations Unies et ses agences spécialisées, dont l'OMS.
      Par vos propos précédemment exprimés dans cette section du Devoir réservé aux commentaires des lecteurs je vous soupçonne de penchants souverainistes. Si tel est le cas, vous discréditez la cause en vous attaquant aux Nations Unies à laquelle c'est l'aspiration première de tout Etat indépendant de siéger.
      Votre Québec indépendant serait'il une sorte de Taiwan exclue des principales instittutions internationales?

      Pour éclairer votre lanterne, je vous invite à lire l'excellent article du Devoir de ce matin : <L'UE demande l'aide du Canada pour financer l'OMS, après le retrait de Trump>. On ne peut certainement pas accuser l ÚE d'être complaisante à l'endroit le La Chine.

    • Cyril Dionne - Abonné 26 avril 2020 16 h 48

      Cher M. Beaulne,

      Les Nations unies sont l'une des institutions les plus corrompues sur la planète. Les fonctionnaires reçoivent de gros salaires alors que la corruption y règne en maître. Atteler son cheval à une telle organisation ne rend pas service à personne, incluant le Québec.

      Et SVP, l'UE risque d'éclater bientôt. Elle n'a plus de grande demande à faire à qui ce soit. L'après pandémie risque d'être un grand réveil pour plusieurs sur la planète.

      En parlant de l’OMS, voici une petite chronologie du virus impliquant l’OMS et la Chine.

      Le 1er décembre 2019, une femme n’ayant jamais été au marché humide de Wuhan est infectée de la COVID-19.
      Le 21 décembre, les médecins chinois aux deux hôpitaux de Wuhan constatent une infection respiratoire chez plusieurs patients sans cause probables.
      Le 30 décembre, le Dr. Li Wenliang parle d’une contagion qui ressemble à celle du SARS.
      Le 31 décembre, la Commission médicale de Wuhan déclare qu’il n’y a pas de contagion d’humain à humain. En plus, elle contacte l’OMS pour leur dire que la Chine est très capable de résoudre cette crise.
      Le 1er janvier 2020, le Dr. Li Wenliang et ses acolytes sont arrêtés pour avoir répandu de fausses nouvelles.
      Le 2 janvier, une étude chinoise ne peut connecter que 27 des 41 personnes contaminées au marché de Wuhan.
      Le 14 janvier, l’OMS, dans un tweet, déclare solennellement que les enquêtes préliminaires menées par les autorités chinoises n'ont trouvé aucune preuve claire de la transmission interhumaine du nouveau identifié à Wuhan, en Chine.
      Le 19 janvier, l’OMS affirme que le gouvernement chinois a tout sous contrôle.
      Le 21 janvier, premier contaminé en sol américain.
      Le 22 janvier, le directeur Tedros Ghebreyesus de l’OMS, vante les prouesses de la Chine et de son dictateur.

      Oui, merci chère OMS de nos cœurs. Tous les mondialistes et libre-échangistes de la planète peuvent se la garder.

  • Martin Paquet - Inscrit 25 avril 2020 13 h 13

    Conservateurs sans morale ni conscience

    Les conservateurs sont toujours premiers en ligne pour donner des leçons tous azimuts et restent désespérément incapables du plus infinitésimal examen de conscience. Leur morale imprégnée d'eau bénite sont ignobles d’hypocrisie. Ils sont les premiers à tremper dans les scandales d'influence quand ils sont au pouvoir et laissent toujours un souvenir douloureux de leur passage au gouvernement. Ils prennent modèle sur les succès de leurs gourous américain de la droite radicale raciste et misogyne en se déclarant la conscience morale du peuple. Une farce sinistre, hypocrite et à vomir. Souhaitons qu'ils s'éteignent dans leur propagande mensongère car ils ne méritent aucunement la confiance de qui que ce soit.