L’angle mort

Les visages s’allongent de jour en jour lors des points de presse du premier ministre et de ses fidèles seconds. On semble s’éloigner tout à coup du « on est en contrôle » et de « les beaux jours s’en viennent ». Le nombre de décès, d’abord, est de plus en plus inquiétant. Et qui dit décès dit CHSLD. La moitié des décès causés par le coronavirus sont survenus dans des résidences pour personnes âgées.

Personne n’est évidemment surpris que les CHSLD se soient révélés le « maillon faible » de cette crise. Quiconque a déjà mis les pieds dans un centre hospitalier de soins de longue durée sait à quel point ces endroits peuvent faire pitié. La couleur des murs, d’abord, pour ne rien dire de la couleur des « bénéficiaires » (qui a eu l’idée d’une telle formule ?), indique d’emblée qu’il ne s’agit pas de lieux propices pour bénéficier de grand-chose. Il s’agit trop souvent de mouroirs, disons-le, plutôt que de véritables milieux de vie. Ce n’est pas par hasard si, depuis 60 ans, les CHSLD sont demeurés « l’angle mort » des politiques gouvernementales. Outre Marguerite Blais et Réjean Hébert, qui s’est montré véritablement désireux de débattre de la question ? Les deux, d’ailleurs, préconisent un tout autre modèle que ces hospices souvent délabrés et presque toujours déprimants : davantage de soins à domicile, pour ce qui est du Dr Hébert, et des « Maisons pour aînés » du côté de la ministre Blais.

Mais revenons au « film d’horreur » constaté dans certains CHSLD. Ce qui est difficile à comprendre, ce sont les deux poids deux mesures : combien on a su armer le système hospitalier face à la pandémie, tout en exposant les CHSLD à de graves dangers. En décrétant des mesures de confinement et d’hygiène pour l’ensemble de la population, en testant les personnes les plus exposées et en s’assurant de libérer des lits et du personnel, on a tout fait pour protéger le milieu hospitalier. Il fallait l’empêcher de se trouver soudainement débordé et incapable de fonctionner correctement. Mission brillamment accomplie. Il n’y a pas l’ombre d’un débordement prévu en milieu hospitalier actuellement.

Mais alors, pourquoi n’a-t-on pas eu la même prévoyance pour ce qui est des résidences pour aînés, un milieu qu’on savait plus vulnérable encore ? C’est seulement à coups de questions de journalistes, qui, jour après jour, rapportaient des exemples d’infection, de manque de protocole, de pénurie de personnel et d’équipement, jurant souvent avec l’optimisme à toute épreuve du triumvirat Legault-Arruda-McCann, qu’on a fini par comprendre le manque de préparation dans les CHSLD. Comment expliquer un tel aveuglement ?

« On a mis l’argent là où ça saigne. » Selon le président de la FTQ, Daniel Boyer, le problème des CHSLD est lié au surinvestissement dans le milieu hospitalier au détriment des parents pauvres du système. Le chef syndical pointait ici les réformes libérales, mais on peut penser que le parti pris en faveur des hôpitaux précède les changements opérés en santé depuis 2003. Les monuments à la médecine de première ligne que sont les mégahôpitaux du CHUM et du CUSM, ces projets pharaoniques imaginés sous Lucien Bouchard au coût de plus de 3 milliards et demi de dollars, sont certainement des exemples éloquents de ce favoritisme. L’argent alloué aux résidences pour aînés est famélique en comparaison, même pour un gouvernement qui dit en faire une priorité. Le dernier budget caquiste alloue seulement 90 millions par an aux résidences pour personnes âgées. Le projet tant vanté de Mme Blais, les Maisons des aînés, ne reçoit, lui, que 74 millions et n’est pas prévu, de toute façon, avant 2021-2022.

Visiblement, ni cet argent ni la bonification salariale pour les préposés aux bénéficiaires, proposée en catastrophe par le premier ministre, n’ont eu beaucoup d’effets sur la crise. Il va falloir offrir beaucoup mieux que 4 $ de plus l’heure si l’on veut venir à bout des problèmes des CHSLD. Oui, la pénurie de personnel y est pour beaucoup, mais quelques dollars de plus ne suffiront pas à rendre ce milieu « plus attrayant ». Il faut repenser la façon dont on s’occupe des personnes âgées de façon globale, en commençant par le type d’établissement qui peut le mieux leur offrir une véritable qualité de vie.

Parmi les questions urgentes posées par la débâcle actuelle : l’entrepreneuriat a-t-il vraiment sa place ici ? Peut-on concilier l’idée de faire un profit avec l’hébergement de personnes âgées ? Peut-on tolérer que certaines résidences privées — les « non conventionnées » — n’aient pas les mêmes comptes à rendre que les autres ? Et y aurait-il même eu des résidences privées sans l’appauvrissement constant du réseau public ?

La ministre de la Santé, Danielle McCann, affirmait récemment que la crise sanitaire est en train « de transformer le système de santé ». Elle ne pensait pas si bien dire. Pour les CHSLD, notamment, l’heure n’est plus au « renippage », mais aux profondes remises en question.

fpelletier@ledevoir.com

 

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62 commentaires
  • Yolande Chagnon - Inscrite 15 avril 2020 00 h 52

    De résidence à mouroir

    Lorsque les premiers CHSLD, alors appelé ds FOYERS, ont été construits entre 1966 et 1970, la plupart des résidents y avaient leur propre voiture et se balladaient allègrement au gré de leur bon plaisir.

    Ils requéraient à l'époque une moyenne d'une heure et demie de soins par jour !

    Les repas étaient de vrais repas; rien de texturé.

    Et puis graduellement, mais inexorablement et aujourd'hui fatalement, les résidents admis étaient des cas beaucoup plus lourds.

    Quelqu'un connaît-il encore aujourd'hui un seul «bénéficiaire» (le mot m'insulte moi aussi et pourtant, il y a un mot exact au dictionnaire pour ces personnes : la patientèle) qui puisse conduire une voiture ?

    Et pourtant, la Santé publique et les gouvernements nous parlent volonté de «clientèles».

    Mais surtout, au fil des ans, bien que le nombre d'heures préposé(e)-patient ait considérablement augmenté, le nombre de postes n'a pas suivi et les budgets non plus.

    Tous les gouvernements de quelque parti que ce soit ont laissé faire.

    Mais, s'ils ont tous pu laisser faire, c'est que la situation faisait l'affaire d'une bonne majorité de la population trop heureuse de placer les personnes âgées dans des parkings que l'on ne voyait plus une fois les portes fermées.

    Une petite visite de temps en temps pour parler de température et de rhumatismes et puis, bien entendu, récupérer le chèque de pension de vieillesse et c'était tout.

    La pandémie nous force tous à nous regarder dans le miroir et comme l'a dit aujourd'hui une personne que j'ai entendu à la CBC : «Est-il normal de dépenser moins pour celles et ceux qui s'occupent de nos personnes âgées que pour le mécanicien qui répare notre voiture usagée ?» (Je traduis)

    Il y a des exceptions admirables : des enfants, frères, soeurs, amis (ceux que l'on désigne sous le générique de proche-aidants) qui donnent dans l'héroïsme.

    Il y a aussi des poissons volants, mais ce ne sont pas les plus nombreux de l'espèce.

    • Denise Cotte - Abonnée 15 avril 2020 10 h 33

      Merci pour cet historique qui remet chaque étape à sa place. Et qui nous oblige à s’inclure dans cette négligence générale.

    • Cyril Dionne - Abonné 15 avril 2020 10 h 51

      Oui Mme Chagnon, les CHSLD sont devenus des mouroirs, qu’ils soient publics ou privés. L’enfant pauvre du système de santé est devenu encore plus pauvre au fil des ans. Mais la cerise sur le sundae, eh bien, c’est certainement la réforme Barrette en santé.

      Bon, présentement nous avons un ratio de 55 personnes par million qui sont décédés à l’heure de ce commentaire suite au virus de la COVID-19 au Québec. Pour l’Allemagne, un pays de 83 millions d’âmes au beau milieu de l’Europe de l’Ouest, eh bien, c’est seulement 42 par million. Disons poliment que quelqu’un a échappé la balle en quelque part au Québec. Les Allemands ont aussi une population âgée.

      Que voulez-vous, les gens de l’âge d’or n’ont plus la cote dans ce monde hyper-individualiste même si ce sont eux qui l’ont construit à partir de leurs labeurs et sacrifices. Les gens le plus vulnérables durant cette première vague de cette pandémie mondiale, eh bien, ce sont les personnes âgées. Et on semble vouloir les sacrifier même si on affirme le contraire en public. Disons que les Suédois sont moins subtils puisqu’ils préconisent une immunité de groupe qui n’existe pas avec ce virus sans vaccin et maintenant avec un taux démographique semblable au Québec, ils ont plus du double des décès (1 203) et qui est à la hausse. Encore pire, à New York, ils ont a ratio de 552 personnes par million qui sont morts de la COVID-19 et évidemment, ce sont parmi les plus vulnérables, ce qui veut en termes concrets, les aînés qui sont décédés.

      Oui, il y aura une remise en question sur les valeurs de base sociétales. Est-ce qu’une personne qui arrête de contribuer dû à son âge devient moins valable aux yeux du gouvernement et de la société qu’ils ont aidé à construire? Et la grandeur et l’humanisme d’une société ne se reflètent-ils pas dans la façon qu’elle traite ses plus vulnérables?

      Et attention, avec la 2e vague dans six ou neuf mois, tous seront vulnérables et on risque d'oublier nos voeux pieux d'hier.

    • Diane Boissinot - Abonnée 15 avril 2020 12 h 57

      Monsieur Dionne, une phrase de votre intervention me fait tiquer un peu:
      "Est-ce qu’une personne qui arrête de contribuer dû à son âge devient moins valable aux yeux du gouvernement et de la société qu’ils ont aidé à construire? " Étant donné les coûts d'hébergement que ces gens paient dans les CHSLD, publics ou privés, je crois que leur contribution est énorme. Ils n'arrêtent pas de contribuer du tout car ils paient leurs soins, contrairement à la population plus jeune qui bénéficie de services de santé entièrement gratuits.

    • Cyril Dionne - Abonné 15 avril 2020 16 h 23

      Mme Boissinot, je suis 110% d’accord avec vous que les coûts d'hébergement que les aînés paient dans les CHSLD, publics ou privés, représente une énorme contribution de leur part. Pour les plus jeunes, tout est gratuit même si plusieurs paient des impôts. Mais la société en générale ne respecte pas trop les aînés.

      Ceci dit, il semble qu’on ce n’est pas trop presser pour pallier à la tempête parfaite qui allait subvenir dans les CHLSD, sinon, il y a longtemps que les intervenants auraient été mieux payés afin de les retenir. Mais c’est pire ailleurs. Dans l’état de New York pour ne pas dire la ville elle-même, il y a présentement 600 morts par million et la plupart sont les mêmes gens vulnérables qu’on retrouve dans nos CHLSD. Cela risque d’être facilement 1 000 par million à la fin de la 1ère vague, ce qui implique que la plupart des gens dans ces institutions type CHLSD auront décédés. Tout cela est affreux et une honte. Mais ce n’était pas le maire de cette ville, un démocrate pure laine qui s’est présenté pour l’investiture démocrate afin de devenir président, Bill de Blasio, qui avait relégué le coronavirus comme une quelconque grippe, tout ceci en maintenant les commerces et les écoles ouvertes dans sa ville jusqu’à il soit trop tard. Il n’y pas si longtemps, il était surpris d’apprendre qu’il y a toujours des personnes asymptomatiques durant des épidémies. Misère.

      Et les migrants illégaux du chemin Roxham venaient pour la plupart, tous de la ville de New York. Merci Justin (not).

  • Nadia Alexan - Abonnée 15 avril 2020 01 h 42

    C'est honteux de faire de l'argent sur le dos des ainés.

    Indignée par la situation actuelle dans les foyers pour aînés, la présidente de la Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec (FIQ), Nancy Bédard, dit pourtant avoir rencontré la ministre des Aînés et des Proches aidants Marguerite Blais et celle de la Santé Danielle McCann à plusieurs reprises pour leur faire part de lacunes persistantes dans les CHSLD et les maisons privées.
    Il n'y a pas d'excuses pour la situation lamentable dans ces maisons de retraite délabrées. Les gouvernements successifs ont négligé ces entrepôts où on place nos ainés pour ne pas voir leur souffrance.
    Une société civilisée se distingue par la façon dont elle traite ses personnes les plus fragiles.

    • Clermont Domingue - Abonné 15 avril 2020 10 h 39

      Madame, j'apprécie beaucoup vos interventions. Cependant... Au Québec, on a beaucoup de vieux et peu de jeunes. On a aussi beaucoup de retraités qui aiment les croisières, les voyages et la chaleur du Sud. Enfin, nous avons des travailleurs endettés qui essaient de se payer une belle vie et souhaitent avoir une retraite dorée précosse. Je pense que les bonnes années sont derrière nous.

      Jeune. j'allais récolter le tabac en Ontario. Aujourd'hui, des Mexicains viennent faire nos semailles et nos récoltes. Jeune, nos vieux n'encombraient pas nos pensionnats pour vieillards. Ils étaient morts.Nous manquons de main d'oeuvre partout et les préposées mal payées fuient les foyers de personnes âgées. Mes observations sont-elles justes?

      A mon ami, le philosophe, Richard Joly, je disais, il y a 50 ans: La contraception et l'avortement, ça conduit à l'euthanasie...
      Avant que les inactifs deviennent plus nombreux que les actifs, il serait sage d'aider ces inactifs à partir si tel est leur désir.
      L'autre solution,c'est d'accepter de payer plus de taxes et d'impôts pour construire des maisons qui accueilleront nos boomers vieillissants. Nous pouvons le faire, si nous acceptons une diminution de notre niveau de vie.

    • Claude Bariteau - Abonné 15 avril 2020 11 h 13

      Oui, les négligé/e/s d'un service initialement public sont devenu/e/s des marchandises après des coupes successives pour tenter de freiner la hausse des coûts associée à une hausse de personnes âgées fragilisées.

      Le problème était connu dès les années 1980 et les approches déployées ont surtout cherché à limiter les coûts collectifs à la faveur de priorités autres. La crise suscitée par la pandémie et les gestes initialement posés pour ne pas fragiliser les hôpitaux ont contribué à mettre en relief la fragilité des services offerts aux personnes âgées par des entreprises privées à la recherche de rendement et compétitionnant des services publics qui opèrent sur une autre logique.

      Tous les pays font face à ces problèmes avec une espérance de vie qui a grandement progressée depuis les années 1770. Aujourd'hui, on découvre une faille, présente, mais cachée. Des personnes qui peuvent se payer une infirmière et autres soins ne se retrouvent pas dans les CHSLD ou des entreprises d'hébergement. Et parmi celles qui s'y trouvent, il y a des personnes âgées qui s'attendent à des traitements particuliers pour lesquels ils peuvent payer alors que d'autres préfèrent demeurer avec leurs proches, transformées en aidants naturels.

      Je souligne ces points parce qu'il importe de penser une approche publique qui offre des services de qualité pour tous sur la base d'une contribution à l'aide d'une assurance collective d'autonomie. Le rapport Hébert allait dans cette direction. Mme Pelletier a raison de signaler sa pertinence., car il faut trouver un moyen original de financer adéquatement les services offerts, dont ceux de longue durée.

      Il existe diverses approches à l'échelle internationale. Il serait opportun d'en révéler les contours.

    • Nadia Alexan - Abonnée 15 avril 2020 13 h 44

      À monsieur Clermont Domingue: On n’a pas besoin d'augmenter les taxes ou d'accepter une diminution de notre niveau de vie. Il faudrait simplement obliger les multinationales et les banques qui cachent leurs profits dans les paradis fiscaux de payer leur juste part d'impôts.
      C'est le guru d'investissements, Warren Buffet, qui le dit lui-même: «si les sociétés et les multinationales payaient leur juste part d'impôts, l'on n'aura pas besoin de la contribution fiscale individuelle, pour remplir les coffres de l'État.
      Pour votre information, les Américains étaient imposés à payer des taxes à titre de 90% après la Deuxième Guerre mondiale. L'on appelle ces années «les Trente glorieuses».
      Lisez le merveilleux livre de Brigitte Alepin, «Ces riches qui ne payaient pas d'impôt» où elle explique comment les riches et les grandes sociétés font de l'évasion fiscale et ne paient que 4% quand ils ont paient. Regardez aussi son article d'aujourd'hui, dans ce même journal, intitulé: «Il faut réunir les pays autour de nouvelles règles fiscales».

  • Raynald Blais - Abonné 15 avril 2020 04 h 44

    Il n'y a pas de raison, foi de premier ministre

    Comme homme d’affaires et premier ministre, M. Legault a surpris en affirmant qu'il n'y a pas de raisons pouvant expliquer le cas du CHSLD Herron sauf celles de négligence et d’inorganisation.
    Comment une résidence pour personnes âgées aisées merde à retenir du personnel en nombre suffisant et de formation adéquate?
    M. Legault ne tient pas à discuter du privilège de sa classe de tirer un profit personnel de l’industrie des soins aux aînés. Il ne tient pas non plus à exposer l’anarchie du marché du travail dans lequel des milliers de "jobs payantes" se créent dans des secteurs profitables, tels que celui des jeux vidéo, alors qu’il y a pénurie de main-d’œuvre dans les services de santé. Il n’y tient pas et de toute façon, la culpabilité des "exploiteurs de vieux" ne fait plus aucun doute pour lui.
    En immoler quelques-uns pour sauver ses privilèges est un compromis acceptable pour sa classe, foi de premier ministre!

  • Clermont Domingue - Abonné 15 avril 2020 05 h 35

    Profondes remises en question?

    "On ne meurt pas chez-vous?" me demandait Marie-Danielle, sage femme de mon village d'Ogo Pembal,au Sénégal.

    Notre rapport à la mort doit changer. Après la retraite, voyages , croisières ou Floride; il y a le CHSLD.Faut pas voir le CHSLD comme un Club Med. Le CHSLD, c'est un endroit où on attend la mort en espérant qu'un proche viendra nous voir de temps en temps.

    Ces endroits plutôt propres et entourés d'arbres et de fleurs sont des lieux de transit vers la mort. La mort, ça vient lentement et c'est précédé de dépérissements et de souffrances. Çà pue, la mort. Où aimeriez-vous l'attendre? Au Québec, on a trois fois plus de vieux qu'ailleurs à attendre dans des CHSLD .Est-ce parce qu'on les aime fort,fort,fort?

    Personnellement, je n'irai pas au CHSLD. Il y a trop de vieux malades. Je préfère mourir confiné à la maison.

    • Marc Therrien - Abonné 15 avril 2020 12 h 13

      À mon tour d'appuyer votre commentaire empreint de lucidité.

      Il arrive souvent que la poursuite de l’idéal formulé par la pensée arrive à produire des paradoxes quand elle se heurte aux limites du concret, dans la pratique. Ici, l’extrême bienveillance protectrice qui avait pour intention que des vies soient sauvées a pour effet fortement indésirable de voler leur mort aux personnes les plus vulnérables et à leur entourage qui doivent souffrir cette épreuve déjà pénible depuis toujours dans une plus grande solitude encore. Qui sait si elles n’auraient pas apprécié que l’État fasse simplement et honnêtement son possible pour qu’elles n’ait pas à s’en tenir à cette mort impossible qu’elles n’avaient sûrement pas envisagée.

      Marc Therrien

  • Marc Therrien - Abonné 15 avril 2020 07 h 32

    La mort sous un autre angle


    Si l’heure est aux profondes remises en question, je ne sais pas par ailleurs s’il est possible d’envisager de mourir autrement que l’on meurt actuellement dans la lutte pour prolonger l’espérance de vie inspirée par l’idéal de mourir en santé, sans souffrance, dans son sommeil. Craignant l’épidémie d’Alzheimer qui nous attend à mesure que la nombreuse population née entre 1946 et 1960 avance en âge avancé, a-t-on déjà oublié le projet d’avancement de l’aide médicale à mourir par lequel on pourrait faire à l’avance une demande de la sorte en prévision de l’incapacité de pouvoir le faire lorsque le moment sera venu? Ces temps-ci, on comprend mieux ce qu’a pu vouloir dire Cioran lorsqu’il a écrit : « la vieillesse, en définitive, n'est que la punition d'avoir vécu ».

    Marc Therrien

    • Clermont Domingue - Abonné 15 avril 2020 09 h 18

      Je suis d'accord avec vous.Être maître de son destin, c'est être maître de sa vie et de sa mort.C'est ce que je pense à 82 ans.

    • Nadia Alexan - Abonnée 15 avril 2020 10 h 31

      À monsieur Marc Therrien: Votre commentaire n'a rien à faire avec la réalité. On peut toujours mourir dans la dignité et sans les atrocités commises par les propriétaires de ces maisons d'horreurs.

    • Marc Therrien - Abonné 15 avril 2020 12 h 32

      Bien d'accord avec vous madame Alexan.

      Et pour ce faire, quand il est devenu impossible de bien mourir chez soi dans la dignité et que l'on doive choisir un «fournisseur» d'hébergement et de soins, il est à espérer qu’on puisse d'abord savoir choisir le bon et qu’ensuite, celui-ci ne devienne jamais affecté par des changements qui pourraient entraîner une diminution de la qualité pour laquelle on l’avait choisi. Tous ceux qui ont fait du recrutement de personnel, par exemple, savent que ce phénomène peut se produire. Tout le monde ne tient pas toujours ses promesses et peu souvent être decevant.

      Marc Therrien