Temps durs à venir pour le revenu fixe

Les interventions aussi massives qu’extraordinaires des banques centrales sous forme de rachat de titres et de baisses surprises des taux directeurs ne présagent rien de bon pour la suite des choses sur le marché des titres à revenu fixe.

« Je ne dis pas que ce n’est pas la bonne chose à faire compte tenu des circonstances exceptionnelles dans lesquelles nous nous trouvons. Mais il va résulter de tout cela un amas de dette qui vient placer une épée de Damoclès au-dessus du marché obligataire », résume Benoît Durocher, vice-président directeur et chef stratège économique au cabinet spécialisé Addenda Capital.

Déjà très active afin d’empêcher l’assèchement du marché du crédit, la Banque du Canada a élargi vendredi le spectre de son programme d’achat aux titres de dette à court terme des entreprises, municipalités et agences provinciales. Tout en rachetant sur le marché secondaire des obligations du gouvernement canadien. S’y greffe une autre baisse surprise de son taux directeur, de 50 points, gonflant le recul à 150 points depuis le début de mars. Un recul d’autant plus sensible que la banque centrale doit manœuvrer pour ne pas nuire aux banques commerciales, qui devront conjuguer avec une hausse des mauvaises créances.

Du jamais vu que tout cela en réponse à une situation et à une conjoncture également sans référence historique. Et cette intervention de la banque centrale s’ajoute à des mesures budgétaires extraordinaires et ciblées. Les déficits budgétaires appréhendés seront énormes. Il y a aussi des limites à grossir le bilan des banques centrales. Il faudra un jour financer tout cela et éventuellement inverser ce qui prend la forme d’un assouplissement monétaire qualitatif musclé.

Les titres à revenu fixe ont bien performé et joué le rôle de soutien des portefeuilles diversifiés dans ce marché en baisse depuis les sommets de février à un point tel que le marché obligataire était devenu plutôt dispendieux. Fin février, le rendement à l’échéance de l’indice obligataire de référence proposait du 1,82 % annuel pour une échéance moyenne de 11 ans au Canada. « Ce n’est pas beaucoup. Et ce taux a encore baissé depuis. Seul bémol, les obligations d’entreprises et de gouvernement provinciaux n’ont pas suivi le comportement des obligations du gouvernement fédéral. Les écarts de crédit ont beaucoup augmenté. »

Quant à la suite des choses, « cela dépend de l’horizon de placement. Mais ça n’augure rien de bon pour le marché obligataire, surtout dans les pays où les banques centrales interviennent massivement. Et tout cela fausse les règles du jeu et l’évaluation », ajoute Benoît Durocher.

Le spécialiste reconnaît toutefois l’importance de sortir de cette crise sanitaire avec une économie pas trop amochée. D’autant que tout allait plutôt bien côté revenu et emplois il y a de cela un mois. Dans le scénario d’Addenda, les économies du Canada et des États-Unis se dirigeaient vers leur potentiel. Aujourd’hui, c’est de l’histoire ancienne.


 
1 commentaire
  • Clermont Domingue - Abonné 28 mars 2020 11 h 42

    Collaboration.

    Il m'apparaît cruciale que les banques centrales s'entendent sur un même plan de crise et de relance.Ici. la collaboration s'impose.La compétition pourrait créer un grand désordre et accroître les inégalités