REER ou CELI?

REER ou CELI ? C’est selon.

Les premiers mois de l’année sont encore appelés la saison du régime enregistré d’épargne-retraite (REER). Cette période ramène aussi la récurrente comparaison avec le compte d’épargne libre d’impôt (CELI). Chaque véhicule exprime sa singularité, que l’on peut décortiquer selon que l’on se situe en phase d’accumulation ou de décaissement.

D’abord, un petit rappel de la mécanique. Une cotisation au REER donne droit à une déduction fiscale. Pour l’année d’imposition 2019, dont la période de cotisation s’étend jusqu’au 2 mars prochain, la limite est de 18 % du revenu gagné en 2018, plafonné à 26 500 $. Ainsi, pour effectuer une contribution maximale en 2019, il faut un revenu gagné de 147 222 $ en 2018. Ce plafond vaut pour les particuliers qui n’adhèrent pas au régime d’un employeur (RPA) ou à un régime de participation différée aux bénéfices (RPDB). Pour ces derniers, le plafond des cotisations est amputé du facteur d’équivalence.

Tout dépassement de ces plafonds, au-delà d’un tampon ou d’un coussin ramené à 2000 $ (à vie), est soumis à une pénalité de 1 % par mois. À l’inverse, si la contribution au cours d’une année est inférieure au maximum permis, la différence peut être reportée indéfiniment et utilisée ultérieurement en sus du maximum accordé pour l’année en question.

Pour le CELI, tous les Canadiens âgés de 18 ans ou plus peuvent cotiser jusqu’à 6000 $ en 2019, tout excédent étant soumis à une pénalité de 1 % par mois. Il n’est pas nécessaire d’avoir un revenu gagné pour y contribuer. Contrairement au REER, la cotisation au CELI ne donne droit à aucune déduction fiscale, mais à l’instar du REER, les revenus de placement s’y accumulent à l’abri de l’impôt. Même principe. Les droits inutilisés peuvent s’accumuler. Tout montant retiré l’année précédente peut également être recotisé au compte.

Quant au décaissement, il est permis de retirer des sommes du REER à tout moment. Le montant retiré sera alors inclus dans le revenu annuel et imposé comme un revenu ordinaire. Ainsi, même si elle est permise en tout temps, la sortie des fonds du régime se fera idéalement lors d’une année sabbatique, dans le cadre d’un régime d’accession à la propriété (RAP), d’un régime d’encouragement à l’éducation permanente (REEP) ou, généralement, à la retraite. Et elle est obligatoire après le 31 décembre de l’année civile au cours de laquelle le titulaire atteint l’âge de 71 ans. Dans le cas d’un CELI, il n’y a pas de contrainte de décaissement.

L’on souhaitera tout de même recourir au REER pour l’achat d’une première maison ou pour entreprendre un programme d’éducation permanente, le remboursement des retraits au régime sur 15 ans constituant une épargne forcée. Autrement, l’on priorisera le CELI si des retraits doivent être faits en phase d’accumulation pour des projets spéciaux ou imprévus.

Avantages et limites

Partant de là, un avantage est conféré au REER si le taux d’imposition est moins élevé l’année du retrait que l’année de cotisation. Aussi, même si le CELI est, en apparence, à privilégier dans un contexte d’anticipation d’une hausse du revenu au cours des années suivantes, il est permis de contribuer à son REER et de reporter la déduction à plus tard. Une possibilité soumise toutefois au facteur temps, les experts suggérant qu’il vaut mieux recevoir, aujourd’hui, un taux de rendement sur un remboursement d’impôt moindre que d’attendre un taux d’imposition supérieur dans le futur avant de cotiser.

Sans compter la possibilité de fractionnement faisant appel au REER du conjoint.

Il en va également des répercussions sur les crédits d’impôt et les prestations gouvernementales basées sur le revenu, un aspect plus délicat avec le REER du fait que sa cotisation vient abaisser le revenu net en phase d’accumulation, mais l’accroître lors du décaissement. Au mieux, l’accès à plusieurs crédits d’impôt et prestations peut s’en trouver accru lors de la première phase, mais réduit ou éliminé dans la seconde.

Car à la retraite entrent dans le calcul comparatif les crédits d’impôt et prestations fondés sur le revenu. Avec le REER, il y a récupération d’impôt et élimination progressive des crédits d’impôt. Le cas échéant, l’accroissement du revenu net aura également une incidence sur le supplément de revenu garanti et sur le seuil de récupération de la sécurité de vieillesse. Avec le CELI, toutes les sommes retirées ne modifieront en rien ces prestations. Pour le retraité, les montants retirés, en franchise d’impôt, ne sont pas pris en compte dans le calcul du droit à des prestations ou à des crédits fondés sur le revenu.

Ce petit survol suggère que dans un monde idéal, le comportement optimal serait de contribuer au REER et de diriger le remboursement d’impôt vers le CELI, amplifiant ainsi le jeu du rendement composé à l’abri de l’impôt.

3 commentaires
  • Clermont Domingue - Abonné 18 janvier 2020 10 h 13

    C'est clair.

    Vos explications sont très claires. Merci. A l"avenir, nos gouvernements auront besoin de plus de revenus. La tps et la tvq sont de bonnes sources et ça pourrait inciter les Québécois à acheter de plus petits véhicules.Notons aussi que présentement le crédit est trop facile. La planète en souffre.

  • Pierre Langlois - Inscrit 18 janvier 2020 14 h 49

    Cela dépend des revenus gagnés et des programmes de retraite auxquels on a accès.

    3 travailleurs sur 4 gagnent l'équivalent du salaire industriel moyen (SIM) ou moins. Le SIM correspond, grosso modo, au maximum des gains admissibles (MGA) (58 700 $ en 2020) du Régime de rentes du Québec (RRQ). Parmi eux, la majorité n'a pas de régime complémentaire de retraite (RCR). Elle compte sur le RRQ, la Pension de sécurité de la vieillesse (PSV) et le Supplément de revenu garanti (SRG) à la retraite. Pour les personnes qui gagnent moins de 30 000 $ (à peu près la moitié du SIM), ces 3 programmes (RRQ + PSV + SRG) suffisent pour maintenir (souvent, améliorer) le pouvoir d'achat à la retraite. Elles n'ont jamais été riches, ne le seront jamais, mais ne seront pas plus pauvres à la retraite. Elles n'ont donc pas besoin d'acheter des REER. Par contre, si elles trouvent malgré tout le moyen d'épargner, le CELI est préférable au REER puisqu'il n'a aucun impact sur le SRG auquel elles devraient avoir droit.

    C'est pour les personnes sans RCR, qui gagnent entre 30 000 $ et 58 700 $ que la question se pose : REER ou CELI ? Puique les 3 programmes (RRQ + PSV + SRG) ne suffiront pas pour maintenir leur pouvoir d'achat à la retraite, elles doivent habituellement privilégier les REER. Par contre, si elles ont un RCR qui, combiné avec la RRQ et la PSV, leur garantit le maintient de leur pouvoir d'achat, elles n'ont pas besoin de REER. Elles devraient probablement privilégier le CELI, quitte à acheter aussi un REER si elles en ont les moyens. C'est pareil pour celles avec des revenus supérieurs au MGA, mais sans RCR : d'abord le REER, ensuite le CELI s'il reste des sous à épargner. Si elles ont un RCR qui garantit le maintient du pouvoir d'achat : d'abord CELI, ensuite REER... Évidemment, plus les revenus sont élevés, moins la question se pose. Il faut, si possible, cotiser aux deux pour profiter au maximum des avantages fiscaux.

  • Michel Carrier - Abonné 19 janvier 2020 08 h 42

    Excellent résumé.
    Merci
    Michel Carrier