Trois Canada

J’écris ces lignes tout en ne sachant pas exactement dans quel pays j’habite ce matin. Oui, les libéraux ont performé mieux que prévu et sauvé la mise in extremis. Seulement, contrairement à ce qu’affirmait leur chef, tard dans la nuit, le pays a rarement été aussi divisé. Au bloc bleu acier que forment à nouveau les provinces des Prairies, il faut ajouter celui du Bloc québécois qui, sous la férule d’Yves-François Blanchet et son « Mêlez-vous de vos affaires », est tout sauf une « vieille pantoufle ». Le pays se réveille aujourd’hui bordé par deux murs de Chine, en fait : un à l’ouest de l’Assiniboine et un autre à l’est de l’Outaouais. Une division plus prononcée encore que ne l’avait connue Trudeau père, lors de son règne.

Le Canada est désormais un pays de trois solitudes. D’abord, Andrew Scheer a raison de rappeler qu’à défaut des sièges convoités, les conservateurs ont remporté le vote populaire : 34,4 % contre 33,1 % pour les libéraux. Ce serait une erreur de rejeter ce bloc conservateur simplement parce que M. Scheer n’a pas su, lui, s’imposer. Cet électorat-là n’est pas sur le point de disparaître, même si l’actuel chef risque de le faire d’ici peu. Jason Kenney aiguise ses couteaux au moment où l’on se parle, en vue, justement, d’un match de revanche qui pourrait arriver plus tôt que prévu.

Le tiers du pays représenté par les libéraux, maintenant. Que représente-t-il au juste ? Tout ce qu’il y a de plus vague. N’en déplaise à M. Trudeau, le vote libéral n’a pas tant été un vote « progressiste » qu’un vote par défaut : un vote contre les conservateurs plutôt que pour les libéraux. Aucun des deux grands partis n’a d’ailleurs articulé une vision claire et nette du pays. Ils ne nous ont pas fait miroiter le Canada du XXIe siècle ; ils se sont contentés de faire du surplace en misant sur leur identité respective. Ce fut une campagne où la question identitaire, et pas seulement au Québec, l’a largement emporté sur les projets politiques.

De la part des deux grands partis, il n’y a eu ni grands enjeux discutés ni grandes politiques proposées. L’environnement, qui aurait dû être le débat de l’heure, s’est avéré une patate chaude tant pour les libéraux que les conservateurs — ainsi que pour le Bloc, d’ailleurs. La question de la laïcité, seul véritable point de tension durant la campagne, a été introduite sous la rubrique « pas touche ». Autre débat raté, les partis politiques fédéraux étant priés de s’abstenir. Autrement, ni la question de l’éthique gouvernementale, ni celle de la discrimination raciale, encore moins celle des Autochtones n’ont été abordées. L’avortement ? Le mariage gai ? Des figures de style plutôt que de véritables enjeux. L’immigration, qui cause des remous pas seulement au Québec, mais partout au pays, est restée entièrement à l’ombre de nos jeunes politiciens en fleurs. L’heure était à la dépolitisation de la scène politique.

À défaut de grands projets, les deux grands partis, à l’instar du Bloc qui, lui, empruntait à la CAQ, se sont rabattus sur les bonnes vieilles « valeurs ». Du genre, dis-moi ce que tu portes et je te dirai qui tu es. Plutôt que de choisir entre des idéologies établies, on nous demandait de nous joindre au club qui nous « ressemblait » le plus. Êtes-vous pique-nique en famille ou plutôt trekking au Népal ? Partie de football et verre de bière avec Andrew Scheer ou yoga et thé vert avec Justin Trudeau ? Tim Horton’s ou Starbucks ?

Ce clivage culturel est bien connu des sondeurs qui qualifient les gens aux valeurs davantage conservatrices de « somewhere » (les quelque part), en référence à leur enracinement à un lieu et à la famille et de « nowhere » (les nulle part) ceux qui, en cette ère de mondialisation et de numérisation, ne connaissent plus de frontières. Cette division entre libéraux et conservateurs en est également une de classe sociale, bien entendu, la traditionnelle « classe ouvrière » ayant depuis longtemps migrée vers le PCC.

Et le Bloc québécois dans tout ça ? Le BQ n’est ni plus ni moins qu’un salmigondis de tout ce beau monde — à la fois Canadian Tire et IKEA, Éric Lapointe et Jean Leloup — mais en version pure laine. Après les somewhere et les nowhere, voici les Québec d’abord qui, malgré l’éclat de leur réussite, ne seront pas du tout simples à gérer une fois rendus à Ottawa. En voulant se fondre dans le grand « nous » québécois, le Bloc a grandement contribué à brouiller les frontières idéologiques et à dépolitiser cette campagne électorale. Le fait d’avoir passé rapidement l’éponge sur quatre candidats ayant tenu des propos islamophobes en est la preuve.

Mais ce beau flou ne saurait durer. Déjà Justin Trudeau, en appelant tard dans la nuit à « l’action climatique », donne des signes de vouloir rassembler les forces progressistes à ses côtés. Le jeu ténu d’un gouvernement minoritaire le force à avoir les idées plus claires et à enfin faire son lit, du moins ose-t-on l’espérer. Le Bloc aussi devra bientôt mieux se définir ainsi que ses objectifs à Ottawa. Le Canada est déjà suffisamment divisé sans qu’on ajoute inutilement à la confusion.

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84 commentaires
  • Clermont Domingue - Abonné 23 octobre 2019 02 h 46

    Confusion

    La lutte aux changements climatigues passe par la décroissance. Or, nos dirigeants nous promettent toujours plus,plus,plus...

    Cherchez l'erreur!

    • Daniel Grant - Abonné 23 octobre 2019 09 h 47

      M. Domingue

      Oui l'erreur c'est de propager ce faux dilemme de la décroissance.

      La lutte aux changements climatiques passe par la croissance MAIS dans la bonne direction.

      C’est un changement de cap que nous avons besoin.

      Imaginez les opportunités infinies de richesse collective si le gouvernement décrétait :

      Que toute nouvelle maison doit faire face au sud pour avoir de l’éclairage, du chauffage et de l’électricité gratuite et en plus un espace de serre gratuite pour votre jardin d’hiver.

      Qu’en prévision du réchauffement climatique les systèmes de chauffage doivent être alimentés à la géothermie pour pouvoir aussi climatiser en été de façon intelligente.

      Que pour fournir de l’énergie il faut d’abord prouver aucune pollution avant d’avoir un certificat,
      Que tout nouveau véhicule de transport doit être zéro-émission.
      Que toute mine doit être responsable de l’environnement du site d’extraction pour ne pas nuire à la bio diversité du site.
      Que le corridor énergétique d'un océan à l'autre et à l'autre sera composé d'énergie solaire, éolienne et hydrolienne.
      Que les pipelines existants seront vidés progressivement et nettoyés pour faire circuler les fils électriques.

      Bof! on a le droit de rêver, c’est mieux que le cauchemar du bitume.

      Les énergies renouvelables (mer vent soleil) sont gratuites et appartiennent à tout le monde.
      On a pas besoin d’aller en guerre pour elles et
      un déversement d’énergie solaire ça s’appel une belle journée.

    • Raymond Labelle - Abonné 24 octobre 2019 07 h 22

      "(...) c'est la futilité du projet de s'élever jusqu'au ciel qui eut la dispersion des peuples pour conséquence (punition divine ou cause anthropologique, c'est pas si important si on suspend l'aspect religieux" J'avais compris RMD. Ce que je dis c'est ceci. Si on regarde la Torah par exemple, le texte est tout à fait limpide sur la nécessité de lapider la femme adultère, ou encore, le texte semble bien encourager le massacre impitoyable des ennemis des Hébreux. On préfère que les autorités officielles du judaïsme, par exemple, malgré tout, ne proposent pas de lapider les femmes adultères ou de massacrer ses ennemis. Par exemple, dans la Tour de Babel: bien sûr, si on lit au premier degré, on voit une punition mais en réalité, le sens profond est que... dans la famille des saltos arrières interprétatifs pour sauver à tout prix la crédibilité du texte - c'est ça que je dis.

      Ce que je dis c'est: pourquoi faire des pirouettes interprétatives pour, à tout prix, sauver la crédibilité du texte original? Pourquoi ne pas plutôt se questionner sur cette crédibilité?

      Vous n'avez bien sûr aucune autorité pour qualifier mes textes de lourd, même si vous vous l'accordez vous-mêmes - vous n'êtes pas mon professeur officiel. Je me donne la peine de décortiquer votre interprétation - ça demande explication, ce n'est pas si facile.

      Mais je reviendrai à nos moutons plus contemporains.

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 24 octobre 2019 11 h 01

      « dans la famille des saltos arrières interprétatifs pour sauver à tout prix la crédibilité du texte »

      Il ne s'agit pas du tout de sauver la crédibilité du texte, mais de suivre la métaphore pour voir de quelle manière on pourrait s'en servir pour réfléchir à ce qui se passe au Canada ce matin.

  • Denis Paquette - Abonné 23 octobre 2019 03 h 37

    et dire que certains pensent que la vie est une belle chose

    trois canada ou un seul qui est une chimère mon opinion est la derniere car c'est une creature crer pas des gens dont les ambitions étaient dévidents enfin n'est ce pas l'histoire du monde, nous avons seulement qu'a penser a ce que la France a du vivre pour exister

  • Léonce Naud - Abonné 23 octobre 2019 04 h 52

    Le Bloc à Ottawa, ou le crépuscule des Canadiens-français

    À Ottawa, les Canadiens-français représentent une minorité ethnique canadienne en voie de disparition alors le Bloc Québécois témoigne d'une Nation organisée et encore majoritaire sur un territoire bien délimité dans l’Est de l’Amérique. Ce n'est pas du tout la même chose. Nos amis Canadiens anglais le voient fort bien mais se gardent bien entendu de le dire tout haut.

    Un Québécois, c'est quelqu'un qui a fini par comprendre qu'au 21e siècle, c'est seulement à l'intérieur des limites du territoire du Québec qu'il demeure encore vraiment le maître quelque part sur le continent. Au contraire, les Canadiens-français, qui n'ont pas encore vraiment accusé le coup de la disparition de l'immense Nouvelle-France ainsi que la perte sans retour de l'Empire français d'Amérique, réclament en vain des droits ou des privilèges au-delà du territoire actuel du Québec et se couvrent ainsi de ridicule. Ils n'ont pas encore compris qu'en dehors du Québec, toute puissance française digne de ce nom est aujourd'hui disparue du continent nord-américain.

    Pour quelle raison ? En Amérique, la démocratie règne. Il s’ensuit que le nombre constitue la puissance fondamentale : la majorité mène et les minorités se soumettent. Il est donc normal que Canadiens-français et Québécois envisagent différemment le rôle du Québec à Ottawa et que les Québécois remplacent graduellement les Canadiens-français au Parlement fédéral.

    Le Québec : http://wikiquebec.org/images/0/03/Carte-du-quebec-

  • Claude Bariteau - Abonné 23 octobre 2019 06 h 14

    Ce matin, votre jupon traîne je ne sais où, votre cerveau erre et vous lancez des bécots au fils de l’autre après déclaré que le BQ rumine dans les marais de la CAQ.

    Pourquoi ?

    Parce que devant le portrait éclaté du Canada vous voulez sauver ce pays comme ange gardienne de son futur pour rêver comme ont rêvé ses fondateurs après avoirs habitants écrasé les Autochtones, cloisonné du Québec entre l’est et l’ouest et invité des gens de partout à faire le party avec eux dans les zones urbaines en multiples communautés déracinées.

    Aussi imaginez-vous une boussole sortie des sables bitumineux comme guide et un PM d’un pays conduit à la dérive par un parti qui valse avec les financiers de Bay Street que vous aimeriez voir en l’Homme qui plantait des arbres de Giono.

    Ce pays est bitumé d’ouest en est et ses dirigeants, libéraux et conservateurs, veulent sauver le monde en s’enrichissant de la vente du pétrole, la plantation des arbres n’étant qu’un écran pour cacher la dérive pétrolière.

    Aussi je vous demande qu’est-ce qui vous attire tant dans ce pays qui n’est pas un pays, mais une boule de feu qui l’embrasse.

    Peut-être devriez-vous regarder par la porte-arrière, là où se trouvent des gens en quêtent d’un pays qui entendent l’aménager sur des bases autres que le bitume avec des écrans de fumée.

    • Claude Bariteau - Abonné 23 octobre 2019 06 h 57

      Lire : plutôt « après avoir écrasé les Autochtones, cloisonné les habitants du Québec » plutôt que « après avoirs habitants écrasé les Autochtones, cloisonné du Québec ». Aussi « des en quête » plutôt qu'en quêtent »

      Mes excuses.

    • Cyril Dionne - Abonné 23 octobre 2019 07 h 26

      C’est beaucoup plus que la prise de position de Mme Pelletier, M. Bariteau, c’est l’infâme politique du multiculturalisme qui a créé les quatre Canada.

      Qui l’aurait dit que le multiculturalisme créerait des divisions extrêmes? Les libéraux ont été élus de façon minoritaire par les villes et les immigrants. L’inclusivité des libéraux se définit en défendant bec et ongles les minorités aux croyances médiévales qui pratiquent le déni de l’égalité des hommes et des femmes et des minorités sexuelles, la liberté d’expression et l’ostracisation volontaire qu’on appelle communément le communautarisme. En bref, un retour vers la grande noirceur culturelle du Moyen Âge.

      Dans le pays de l’or noir et du pétrole sale, l’ouest, la fracture d’un Canada entre minorités immigrantes et les Anglo-Saxons de souche est aussi évidente. Pardieu, même en Ontario on retrouve le même phénomène. Toutes les régions hormis quelques sièges dans le nord de l’Ontario qui sont néo-démocrates, elles sont toutes bleues. Toronto, la ville où on retrouve plus des deux tiers des gens issus de la 1ère et 2e immigration, eh bien, les Anglos l’ont quitté ne se reconnaissant plus dans cette Tour de Babel appelé multiculturalisme.

      Les quatre Canada, ce sont les francophones de souche, les anglophones de souche, les immigrants et les nations autochtones que notre auteure de cette missive oublie volontairement. Bonjour « melting pot » à la canadienne. Entre eux, s’entrelacent les courtisans du pouvoir, les libéraux ou les bâtards de Voltaire qui exploitent ces failles de polarisations extrêmes et très dangereuses pour toute entité définit par des frontières géopolitiques.

      Bien oui, les nouvelles valeurs véhiculées par Mme Pelletier sont un retour en arrière des civilisations et le retranchement vers des communautés opaques et non-communicantes. Bravo les champions du multiculturalisme. Dire que c’est la politique du multiculturalisme « trudeauesque »qui a créé cette fracture sociétale évidente.

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 23 octobre 2019 09 h 17

      « cette Tour de Babel appelé multiculturalisme »

      Pour mémoire, ce que raconte le récit biblique, c'est que l'humanité, parlant d'une seule voix dans une seule langue, avait entrepris d'ériger une Tour qui se rendait rendue jusqu'à Dieu, devant qui elle aurait pu se montrer dans une perfection égale à la sienne. Si Babel est devenue une Tour infernale, c'est que Dieu a créé les langues pour forcer l'humanité à se forger de manière horizontale, pourrait-on dire, en faisant histoire. Bien sûr l'idée que les humains soient partagés en « communautés » ne plaît pas aux mystiques pseudo athées qui rêvent encore de la pureté d'une Race où toutes les différences s'annuleraient respectueusement dans cette figure de l'Homme des Lumières ou du Québecois pure bas de laine...

    • Charles-Étienne Gill - Abonné 23 octobre 2019 09 h 52

      Monsieur Maltais-Desjardins,

      Respectueusement, vous faites un amalgame et un homme de paille. Vous êtes capables de défendre vos thèses autrement. Vous vous enfargez dans les fleurs du tapis, alors que tout le monde comprend de quoi parle Monsieur Dionne.

      Je ne sais pas quelle est votre expérience, mais moi qui suis très assidument des vlogueurs qui décrivent leur pays, depuis souvent des centres urbains, je constate que ce qui est visible à Outremont et à Parc Ext. se généralise partout et à un niveau vraiment extrême dans d'autres métropoles où mêmes les plus ouverts et progressistes finissent par capituler, parce que la réalité les rattrape. C'est ce qu' a voulu montrer la journaliste de droite Lauren Southern, mise dehors de «no go zone» à Sydney... Ce n'est pas pour rien que l'on parle à fond de Greta, parce la Suède a une sacrée gueule de bois, avec une augmentation problématique de crimes violents et... de viols. Le Nouvel An à Cologne n'est pas non plus une invention de la droite. Au contraire, ce que l'on découvre, c'est plutôt les efforts des autorités pour nier ou cacher ce genre de problèmes «multiculturalistes».

      Alors pas besoin d'attendre que ça soit aussi extrême, mais les résidents des métropoles qui eux, vivent avec les communautés les ressentent ces problèmes, ce que les bobo peuvent éviter. Pour éviter le communautarisme, un choix politique absolument légitime, il est tout à fait normal, décent, sain, voire civique, de favoriser l'intégration de l'individu, de l'assimiler, oui, j'utilise ce mot, et surtout d'éviter de créer «des communautés» distinctes de la société d'accueil nationale.

      C'est un modèle d'intégration qui a été et qui continue d'être pratiqué par plein de pays et qui suppose qu'on quitte pour ailleurs pour deux raisons : on n’aime pas ce qui se passe d'où on vient, on préfère où l'on va, donc ça n'est pas pour reproduire les problèmes qu’on laisse derrière.

      Rien à voir avec «la race et la laine».

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 23 octobre 2019 10 h 59

      Merci de votre bienveillante critique, monsieur Gill. Et merci aussi de faire état de ces situations en effet préoccupantes. Désolé si vous vous êtes senti visé par un commentaire qui ne vous visait pas. Quant à dire que tout le monde comprend ce dont parle monsieur Dionne et avec quoi vous seriez d'accord, je vous en laisse juge.

    • Raymond Labelle - Abonné 23 octobre 2019 14 h 22

      Dans l'histoire de la Tour de Babel, la multiplicité des langues est une punition de Dieu. Les hommes, ayant osé tenté d'approcher le ciel sans Dieu, en édifiant la Tour de Babel, auraient ainsi été d'une effronterie sans nom envers Dieu, laquelle a été punie par Dieu en divisant les hommes par la diversité des langues. Le but de cette punition est de nuire à la capacité des hommes de se comprendre entre eux et d'entreprendre des projets d'envergure sans son consentement, en tout cas, ceux menant au ciel. Enfin, dans l'histoire, si elle est vraie...

      Mais bon, il ne faut pas trop pousser l'analogie avec la situation politique canado-québécoise du XXIème siècle.

    • Raymond Labelle - Abonné 23 octobre 2019 20 h 01

      La construction de la tour de Babel pourrait symboliser une aspiration à la transcendance (puisqu'il s'agit d'une tour s'élevant au ciel).

      Cette réflexion n'est pas une allusion à l'actualité.

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 23 octobre 2019 21 h 56

      Mosssieu Dionne, vous saurez que le récit de Babel est aussi authentique que la vie de Batman. Gardez donc vos railleries pour vous.

      Plus sérieusement : monsieur Labelle, j'espère que vous ne pensez pas corriger une interprétation en en présentant une qui serait plus juste. Ce que je note, avec la vôtre, ce sont les accents de moraline dont elle est émaillée et qui rappelle tristement les sermons de notre enfance.

      Mais à tout prendre, il faudrait se demander si la diversité culturelle ne serait pas en effet une sorte de malheur... et qu'est-ce qu'on a bien pu faire au dieu raison pour mériter cela...

    • Raymond Labelle - Abonné 23 octobre 2019 23 h 27

      "Ce que je note, avec la vôtre, ce sont les accents de moraline dont elle est émaillée et qui rappelle tristement les sermons de notre enfance." RMD.

      Il est logique que la religion dise que c'est vilain que l'humain veuille se passer de Dieu pour tenter d'atteindre la transcendance.

      D'ailleurs, l'érection d'une tour vers le ciel symbolise assez bien l'aspiration à la transcendance - mais attention chers humains, sans Dieu vous n'y arriverez pas - le projet est mauvais et Dieu l'a saboté en nous divisant. Je crois que les tristes sermons de notre enfance interprétaient correctement l'histoire. Ce qui ne veut pas dire que je sois d'accord avec ce genre de morale.

      Texte original

      "Toute la terre avait une seule langue et les mêmes mots.

      Comme ils étaient partis de l’orient, ils trouvèrent une plaine au pays de Schinear, et ils y habitèrent.

      Ils se dirent l’un à l’autre : Allons ! faisons des briques, et cuisons-les au feu. Et la brique leur servit de pierre, et le bitume leur servit de ciment.Ils dirent encore : Allons ! bâtissons-nous une ville et une tour dont le sommet touche au ciel, et faisons-nous un nom, afin que nous ne soyons pas dispersés sur la face de toute la terre.

      L’Éternel descendit pour voir la ville et la tour que bâtissaient les fils des hommes.

      Et l’Éternel dit : Voici, ils forment un seul peuple et ont tous une même langue, et c’est là ce qu’ils ont entrepris ; maintenant rien ne les empêcherait de faire tout ce qu’ils auraient projeté.

      Allons ! descendons, et là confondons leur langage, afin qu’ils n’entendent plus la langue, les uns des autres.

      Et l’Éternel les dispersa loin de là sur la face de toute la terre et leur donna tous un langage différent ; et ils cessèrent de bâtir la ville.

      C’est pourquoi on l’appela du nom de Babel, car c’est là que l’Éternel confondit le langage de toute la terre, et c’est de là que l’Éternel les dispersa sur la face de toute la terre."

    • Raymond Labelle - Abonné 23 octobre 2019 23 h 37

      Pour situer dans l'histoire, l'épisode de Babel suit le Déluge. Oh qu'ils en méritent des punitions les hommes - le Déluge puis, quand ils essaient, en travaillant fort, de construire quelque chose après cette épreuve - rebelote, une autre punition. C'est que ça leur en prend du temps à comprendre ce qui est bien à ces foutus humains.

      Bien sûr, on trouvera toujours quelque théologien, surtout au XXème siècle, bien longtemps après la rédaction des textes originaux. pour nous expliquer que c'est symbolique de quelque chose de bien et que de le voir comme un punition est une erreur d'interprétation.

    • Raymond Labelle - Abonné 23 octobre 2019 23 h 45

      Dans l'histoire de Babel, il y avait une seule langue au départ. À partir du moment où, peu importe pourquoi, il y en a plusieurs par la suite, en imposer une de force encore plus tard ne constitue pas un retour à la situation originale. La langue de départ, lorsqu'elle était la seule, n'avait pas été imposée par la force sur d'autres.

      Il s'agirait plutôt d'une tentative d'explication a posteriori de l'existence de plusieurs langues et cultures.

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 24 octobre 2019 06 h 35

      Un peu lourd, ce long développement, monsieur Labelle. Et embarassant, faut-il ajouter. Je ne prétendais pas faire ni de l'histoire ni de la théologie. Simplement rappeler que contrairement à l'idée commune, le récit biblique ne dit pas que la Tour fut un échec parce que les ouvriers n'arrivaient pas à s'entendre sur un projet commun mais qu'au contraire, c'est la futilité du projet de s'élever jusqu'au ciel qui eut la dispersion des peuples pour conséquence (punition divine ou cause anthropologique, c'est pas si important si on suspend l'aspect religieux).

      Si on revient au sujet de la chronique, on pourrait dire que le Canada serait cette Tour dont tous les efforts déployés pour en faire un idéal partagé montrent de plus en plus leurs limites. Cet état national, qui ne tenait déjà ensemble que par une constitution-pas-signée et par un bilinguisme tout théorique, voilà qu'il est traversé par des intérêts économiques conflictuels et des clivages idéologiques qui débordent les partages traditionnels entre nations.

      Sans chercher noise à monsieur Dionne, je crois que son évocation de cette Babel où les Anglos de souche ne se reconnaissent plus (eux non plus, comme les souches d'ici) dénote la nostalgie d'un temps où le chantier national canadien, tout confus qu'il fût, était au moins ordonné sur une tension linguistique et culturelle stable. Plus rien de cela. Ce que je voulais suggérer (et non professé depuis la Bible comme il m'en accuse assez bêtement), c'est que tout comme Babel indique symboliquement le passage d'une construction verticale et idéale d'une Nation, on dirait bien que le Canada comme espace politique est en passe d'entrer dans son histoire réelle, horizontale, laquelle signe peut-être en effet sa fin comme idée de Nation.

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 24 octobre 2019 06 h 44

      Le paradoxe, c'est que si on accorde que le Canada, c'est une Idée, il faudra bien considérer la possibilité que le chantier Québec devra aussi connaître le même sort, à défaut cette fois pour le le-Québec-c'est-nous de faire prévaloir l'Intérêt National sur toutes les « langues » qui le traversent déjà. Le réel fourmille d'ennemis à la Cause. L'idéal se porte décidément mal. Quel dommage pour ceux qui voudraient s'y tenir ensemble entre amis.... imaginaires ;-).

    • Raymond Labelle - Abonné 24 octobre 2019 07 h 22

      "(...) c'est la futilité du projet de s'élever jusqu'au ciel qui eut la dispersion des peuples pour conséquence (punition divine ou cause anthropologique, c'est pas si important si on suspend l'aspect religieux" J'avais compris RMD. Ce que je dis c'est ceci. Si on regarde la Torah par exemple, le texte est tout à fait limpide sur la nécessité de lapider la femme adultère, ou encore, le texte semble bien encourager le massacre impitoyable des ennemis des Hébreux. On préfère que les autorités officielles du judaïsme, par exemple, malgré tout, ne proposent pas de lapider les femmes adultères ou de massacrer ses ennemis. Par exemple, dans la Tour de Babel: bien sûr, si on lit au premier degré, on voit une punition mais en réalité, le sens profond est que... dans la famille des saltos arrières interprétatifs pour sauver à tout prix la crédibilité du texte - c'est ça que je dis.

      Ce que je dis c'est: pourquoi faire des pirouettes interprétatives pour, à tout prix, sauver la crédibilité du texte original? Pourquoi ne pas plutôt se questionner sur cette crédibilité?

      Vous n'avez bien sûr aucune autorité pour qualifier mes textes de lourd, même si vous vous l'accordez vous-mêmes - vous n'êtes pas mon professeur officiel. Je me donne la peine de décortiquer votre interprétation - ça demande explication, ce n'est pas si facile.

      Mais je reviendrai à nos moutons plus contemporains.

    • Raymond Labelle - Abonné 24 octobre 2019 07 h 56

      Pour en revenir à nos moutons qui ont eu la chance, agneaux, de ne pas se faire égorger comme ersatz de sacrifices humains.

      Paradoxe, voire paradoxes, en effet.

      Si, en soi, l’idée d’unité nationale doit transcender les différences culturelles, pourquoi alors l’unité nationale canadienne ne doit-elle pas transcender la différence québécoise et canadienne-française, ceci d’autant plus que, même dans cette unité, cette différence est reconnue, entre autres par la bilinguisme officiel et les pouvoirs des provinces?

      Aspirer à démanteler l’État-nation canadien pour en former un autre pour la raison que son groupe ethnique y serait majoritaire ne participe-t-il pas de cette force centrifuge que l’on dit regretter?

      Quant au fait que le canadien-anglais de souche ne se reconnaîtrait plus dans le Canada. Beaucoup l’ont accepté et n’aspirent pas nécessairement à faire du Canada un royaume pour WASP. C’est le sens du multiculturalisme si honni. C’est que l’État-nation peut être multiculturel tout en étant un État-nation – pas obligé d’avoir un État-nation par culture et un État-nation peut le reconnaître sans écrabouiller la diversité. De toute façon, il y a généralement des minoritaires dans tout État.

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 24 octobre 2019 11 h 10

      Lisant votre dernier paragraphe, je constate comme il arrive souvent que nous soyons un peu d'accord sur quelques affaires.

    • Raymond Labelle - Abonné 24 octobre 2019 11 h 46

      "(...) je constate comme il arrive souvent que nous soyons un peu d'accord sur quelques affaires". En effet M. Desjardins. Ma foi, ça fait du bien de temps en temps!

      Dans la plupart des cas, que nous soyons d'accord ou non, il semble que vous soyez parmi mes lectrices et lecteurs. Et je vous lis aussi, même dans les cas où je ne vous ostine pas (ça arrive). Quand je suis d'accord avec vous, je vous laisse généralement vous dépatouiller, ce que vous faites plutôt bien la plupart du temps - tout en suivant la chose avec intérêt.

    • Raymond Labelle - Abonné 24 octobre 2019 15 h 00

      Je peux aussi ne pas intervenir quand je ne suis pas d'accord M. Desjardins - si le sujet m'intéresse moins, me tient moins à coeur ou si j'ai peur de mettre le doigt dans cet engrenage, quand j'ai moins de temps.

  • Raynald Rouette - Abonné 23 octobre 2019 06 h 23

    Aussi longtemps que 1982 ne sera pas réglé


    L'assimilation du Québec au ROC n'est pas une option et ne le sera jamais.

    Trudeau père est le grand artisan du Canada actuel. Tous n'ont pas oublié...

    • Pierre Grandchamp - Abonné 23 octobre 2019 09 h 43

      Trudeau père: loi du multiculturalisme. Infâmie de 1982. Déclencheur du mouvement anti-Meech.

      Refaire 1982, tout un défi! D'abord, ce ne peut pas être un accord entre chefs de gouvernements, comme à Meech. Pcq des provinces ont adopté une résolution s'obligeant à aller en référendum. De deux, il faudrait, aussi, y inclure le dossier autochtone.

      Jason Kenney d'Alberta commence à parler de constitution. Il faut lui souhaiter la bienvenue. Je suis de ceux qui pensent que l'opportuniste Legault après avoir changé d'idée sur l'indépendance, après avoir changé d'idée sur le mode de scrutin, après avoir changé d'idée sur la "disparition des commissions scolaires(sic).....eh bien, un jour devra changer d'idée, sur l'avenir du Québec, pis revenir à l'indépendance.