Les crises de l’été

Prudents contre « va-t-en-guerre ». Américains « poule-sans-tête » contre Iraniens roués… La tension dans le golfe Persique a des chances de devenir « la » crise de l’été. En mai 2018, le gouvernement Trump avait renié la signature apposée à Vienne en juillet 2015, par le gouvernement Obama, à un accord historique à sept, qui contenait efficacement la menace nucléaire de l’Iran.

À Washington, on souligne avec raison le bilan déplorable de Téhéran sur la peine de mort, le traitement des femmes, la fausse démocratie à l’ombre des religieux. Sans oublier les ingérences régionales : Irak, Syrie, Liban…

Mais l’Iran, après 2015, a strictement respecté ses obligations nucléaires. Washington et Riyad lui font aujourd’hui un procès pétri de mauvaise foi. Et puis l’Arabie saoudite — un État meurtrier qui coupe les têtes, découpe les dissidents, bombarde un voisin appauvri — est probablement encore pire que l’Iran des ayatollahs.

Inspiré par l’obsession « obamophobe » de Trump, le retrait américain interloque les Européens, scandalise les Iraniens, fait saliver Saoudiens et Israéliens. Et provoque la séquence menaçante des dernières semaines : six bateaux attaqués, un drone abattu, les menaces du duo Pompeo-Bolton, l’attaque annulée in extremis par Trump…

Une crise profonde, où les dernières escarmouches ne sont peut-être qu’un avant-goût. Tous répètent qu’ils ne veulent pas la guerre. Mais un accident est vite arrivé. Cet antagonisme dans le Golfe vient de loin ; il reste une des grandes fractures géopolitiques de l’époque.

Également à suivre cet été : les hoquets du « modèle chinois », la lutte pour la démocratie au Venezuela, en Turquie, dans le monde arabe…

L’affrontement à Hong Kong a pris une tournure inattendue, lorsque la protestation massive, inouïe, de deux millions de manifestants (pour sept millions d’habitants) est indéniablement devenue un mouvement de refus global devant « la main de Pékin ».

Contre toute attente, ce mouvement a fait reculer Carrie Lam, qui dirige l’exécutif à Hong Kong… mais aussi le régime chinois. Pour une première fois, l’aura d’invincibilité de Xi Jinping, devant qui le monde entier se prosterne, a du plomb dans l’aile.

Dans les prochains mois, les prochaines années, la question du régime chinois — sa nature, ses rapports avec le monde — sera au coeur du devenir de l’humanité.

Alors que de plus en plus d’acteurs nationaux abdiquent devant Pékin, deux grains de sable, en apparence dérisoires, entravent cette marche conquérante : Hong Kong et Taïwan.

La lutte pour la démocratie dans le monde arabe, cause perdue selon certains, est toujours en cours en Algérie et au Soudan. Le « Printemps arabe bis » est-il condamné à l’échec, comme — partout sauf en Tunisie — celui de 2011 ?

À Alger et à Khartoum, un été chaud s’annonce, entre le pouvoir contesté de l’armée et de jeunes idéalistes dans la rue, suivis par de larges pans de la population. Entre l’exigence universelle d’une vraie démocratie, et la tentation « néo-totalitaire » à l’égyptienne…

En Turquie, la victoire de l’opposition, dimanche à l’élection municipale d’Istanbul, est une gifle pour l’autocrate Recep Tayyip Erdogan, qui avait forcé l’annulation de celle du 31 mars dernier.

Son dauphin a perdu, et cette fois très nettement, la mairie de la plus grande ville du pays : l’espoir d’un retour de pendule « démocratique » dans ce pays musulman qui avait versé, depuis 2013, dans l’autoritarisme brutal, l’ultranationalisme agressif et un islamisme menaçant ?

Nul doute que ça jouera dur, à la suite de cette première vraie défaite d’Erdogan depuis son arrivée au pouvoir en 2003.

En Amérique du Sud, on suivra le Venezuela, où l’effondrement social et économique accentue l’exode (plus de trois millions de personnes depuis 2015)… et la fuite en avant autoritaire, violente du régime chaviste de Nicolás Maduro, devenu une véritable dictature militaire.

À l’autre extrême, il faudra également regarder le Brésil, dont le régime fascisant du président Jair Bolsonaro est aujourd’hui ébranlé par les révélations sur son ministre de la Justice. Lorsqu’il était juge-vedette anticorruption, Sergio Moro avait manipulé les tribunaux pour évincer la gauche démocratique au pouvoir.

Démocratie, guerre et paix : les grandes affaires de l’été 2019… Quoi de neuf sous le soleil ?

Cette chronique fait relâche pour l’été. De retour le 19 août.

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7 commentaires
  • Daniel Pinard - Abonné 25 juin 2019 04 h 44

    Merci d'être là! Et bonnes vacances!

  • Pierre Jasmin - Abonné 25 juin 2019 08 h 03

    excellent éditorial MAIS...

    Parlant de démocratie mise à mal, pourquoi aucun parti politique en notre propre pays ne s'oppose aux dépenses militaristes projetées par Trudeau en continuation de Harper d'une centaine de milliards de $ pour des bateaux de guerre Irving/Lockheed Martin et des avions de chasse offensifs (F-35?), le tout en contravention avec les consignes de désarmement énoncées en vain par le Secrétaire général de l'ONU? Pendant ce temps, les 29 pays membres de l'OTAN ont haussé leurs dépenses à 963 milliards de $ annuels, autour de SEIZE FOIS celles déclinantes de la Russie. Ce déséquilibre provoque la course folle de Trump, encouragée par l'Arabie saoudite et Israël, vers l'abîme de guerres avec l'Iran et la Chine, sans parler de la catastrophe humanitaire au Yémen, "le voisin appauvri" dont parle cet éditorial sans hélas même le nommer.

  • Gilbert Talbot - Abonné 25 juin 2019 08 h 17

    D'autres crises nous attendent dans l'ombre de nos tilleuls.

    Il faut ajouter à ces crises politiques, la crise climatique qui va réchauffer notre été pour atteindre de plus haut niveaux de chaleur. On parle de la crise commercial avec la Chine, incluant le cas de Huawei, mais il y aussi une crise financière liée aux fluctuations des bourses qui menace à nouveau avec Trump en arrière-plan qui rêve de limoger le PDG de la FED. Enfin, il y a les crises sociales un peu partout qui s'accentuent à mesure que l'inégalité entre riches et pauvres grandit.Non, cet été est pleine de menaces. On ne sera pas tranquilles dans nos hamacs à l'ombre des tilleuls à siroter nos piña colada!

  • Gilbert Troutet - Abonné 25 juin 2019 08 h 50

    Attention aux raccourcis

    Sur le Venezuela, M. Brousseau fait un raccourci facile, comme souvent les chroniqueurs de nos grands medias. Voir cet article, que je ne peux résumer ici :
    https://www.legrandsoir.info/venezuela-les-faits-rien-que-les-faits.html?fbclid=IwAR23HT7r7eTbbmRPUOUIztl4s9Y37ijXjkMsX2TBFhJwaSMSFFFo5TkMbp0

  • Michel Lebel - Abonné 25 juin 2019 11 h 12

    Non à la guerre!

    Le monde n'a jamais été un long fleuve tranquille, mais un de guerres et de paix assez fragiles. Au moins il n'y a pas une autre Guerre mondiale! Et des progrès en divers domaines se font toujours grâce aux institutions internationales, publiques et privées. Pensons, par exemples, à l'Oms(Organisation mondiale de la santé), l'Unicef, l'Unesco ou à Amnistie internationale ou Médecins sans frontières. Rome n'est s'est pas construit en un jour. Il ne faut pas désespérer.

    M.L.