La dégringolade des rouges

L’annonce faite cette semaine par le Parti libéral du Canada d’un nouveau directeur de campagne pour les élections qui auront lieu cet automne a confirmé en quoi les libéraux sont en retard par rapport à leur principal adversaire, le Parti conservateur du Canada, à moins de six mois du vote.

Le manque de préparation du PLC préoccupait beaucoup de libéraux avant même que l’ancien secrétaire principal du premier ministre Justin Trudeau, Gerald Butts, fût obligé de quitter son poste en février dernier dans la foulée de l’affaire SNC-Lavalin. Mais le départ de M. Butts a encore bousculé la stratégie libérale en vue des élections d’octobre prochain. Écarté pour l’instant de la planification de campagne, on ne sait pas encore s’il jouera quelque rôle que ce soit dans l’élaboration de la stratégie électorale que les libéraux comptent dérouler sous peu.

C’était tout autrement en 2015. Avec la directrice de campagne de l’époque, Katie Telford, M. Butts avait assemblé une équipe du tonnerre pour amener les libéraux au pouvoir. Tout semblait fonctionner à merveille. En 2015, c’était les conservateurs, usés après près d’une décennie au pouvoir, qui semblaient manquer d’élan, de préparation et de stratégie.

Or, le partenariat entre M. Butts et Mme Telford, qui se sont tous deux retrouvés au bureau du premier ministre après les élections de 2015, n’aura pas survécu à l’usure du pouvoir. Alors que M. Butts prétendait récemment que les deux sont restés amis, d’autres prétendent que les relations de travail au sein du bureau du premier ministre étaient déjà devenues tendues avant même que l’affaire SNC-Lavalin n’éclate. Elles ne se sont pas améliorées depuis, alors que plusieurs organisateurs et députés libéraux réclament les têtes de bon nombre de conseillers du premier ministre. Alors que les libéraux pouvaient compter sur M. Trudeau pour remonter le moral des troupes en 2015, il ne peut plus jouer ce rôle en 2019, au moins parmi les bonzes du parti.

Les libéraux n’ont pas encore annoncé si Mme Telford quittera son poste de chef de cabinet de M. Trudeau cet été pour se consacrer à temps plein à la campagne. Laissée seule à la tête du bureau du premier ministre après de départ de M. Butts, qui ne sera pas remplacé, Mme Telford serait devenue trop critique quant au fonctionnement quotidien du gouvernement pour que M. Trudeau puisse lui permettre de retourner au poste clé qu’elle occupait durant la campagne de 2015.

C’est ainsi que les libéraux ont cette semaine nommé Jeremy Broadhurst au poste de directeur de campagne pour 2019. L’actuel chef de cabinet de la ministre des Affaires étrangères, Chrystia Freeland, occupera son nouveau poste à partir de la mi-mai, plus de 18 mois après que son homologue conservateur eut été nommé, en novembre 2017.

Certes, la nomination par le PCC de Hamish Marshall comme directeur de campagne n’a pas fait l’unanimité dans les rangs conservateurs. Certains craignaient que son association passée avec Rebel Media, considéré comme un organe de presse de la droite radicale (ou alt-right) canadienne, puisse faire de lui une cible de prédilection des libéraux qui cherchaient à associer le chef Andrew Scheer aux éléments radicaux. M. Scheer refuse de donner des entrevues à Rebel Media depuis sa couverture controversée des manifestations des suprémacistes blancs à Charlottesville, en Virginie, à l’été de 2017. Et depuis, M. Marshall aura gagné la confiance des troupes conservatrices. Selon un député conservateur centriste consulté, il serait un génie du marketing politique.

Depuis plusieurs mois déjà, les conservateurs rodent les messages et les thèmes qu’ils comptent privilégier durant la campagne qui s’en vient. Leurs candidats — ils en ont déjà choisi plus de 280 sur les 338 qu’ils présenteront cet automne — suivent les formations et sillonnent leurs circonscriptions en campagne non officielle. Surtout, les conservateurs ramassent de l’argent.

Le PCC a recueilli plus de 8 millions de dollars en dons de financement durant le premier trimestre de 2019, un record pour le parti et le double des 3,9 millions amassés par les libéraux durant la même période. S’il est vrai que les conservateurs dépensent beaucoup plus en frais d’administration que leurs adversaires, la capacité du parti d’attirer des dons ne semble pas avoir été entachée par la tiédeur de beaucoup de militants conservateurs envers M. Scheer. Ce dernier peine toujours à frapper l’esprit des Canadiens. Et c’est peut-être là où le bât blessera le plus en campagne électorale.

Pour l’instant, toutefois, les libéraux ont beaucoup de pain sur la planche pour rattraper les conservateurs non seulement dans les sondages, dont certains ont été dévastateurs à leur égard depuis quelques semaines, mais aussi en ce qui concerne leur niveau de préparation.

Une chose est certaine, la campagne de 2019 ne ressemblera guère à celle de 2015.

NOUVELLE INFOLETTRE

« Le Courrier des idées »

Recevez chaque fin de semaine nos meilleurs textes d’opinion de la semaine par courriel. Inscrivez-vous, c’est gratuit!


En vous inscrivant, vous acceptez de recevoir les communications du Devoir par courriel. Les envois débuteront la fin de semaine du 19 janvier 2019.

3 commentaires
  • Bernard LEIFFET - Abonné 4 mai 2019 06 h 59

    Libéraux, conservateurs,.il serait temps d'aller voir ailleurs!

    Les conservateurs ont été chassés du pouvoir sous l'impulsion de vouloir du changement! Les libéraux ont accédé au pouvoir par défaut dans ce contexte où les autres partis sont marginaux. Avec ce retour sans arrêt du balancier, il faut une proportionnelle. Comme Québécois, de toute façon, ni l'un ni l'autre ne m'intéresse puisqu'ils ne veulent pas considérer le Québec comme une entité, une vraie nation, où la culture et la langue sont aux antipodes du ROC!
    VLQF!

  • Robert Taillon - Abonné 4 mai 2019 09 h 45

    Ni les Rouges ni les Bleus

    En considérant les inactions des Libéraux dans des enjeux comme la sécurité environnementale et d'autres tels que les abrix fiscaux et les ventes d'armes certainement que plusieurs ne voteront plus pour eux. Si on considère aussi que les Conservateurs sont encore plus dangereux pour les populations dans tous les dossiers ci-haut mentionnés, il ne nous reste pour avoir une chance de donner un avenir aux futures populations que de se tourner vers les Verts qui sauront faire en sorte de bâtir une économie forte et respectueuse de l'environnement comme de plus en plus de Pays le font actuellement.

  • Pierre Rousseau - Abonné 4 mai 2019 11 h 22

    Trudeau le meilleur ami des Conservateurs

    Pour que Trudeau devienne le meilleur atout des Conservateurs il a fallu tout d'abord qu'il soit mal conseillé et la débâcle des libéraux est en grande partie causée justement par ces gens qui ont été excellents pendant la période électorale mais qui n'avaient pas l'étoffe qu'il fallait pour conseiller le Premier ministre. L'affaire SNC-L n'en est qu'une illustration: ces conseillers n'ont même pas senti qu'ils frôlaient dangereusement une ligne à ne pas franchir en tentant d'influencer la Procureure générale.

    Ça, c'est sans parler des promesses électorales que les libéraux ont platement refusé d'honorer et qui ont démontré aux électeurs la futilité des promesses de ces gens. Au moins les Conservateurs ont le mérite de dire tout haut ce qu'ils pensent et ce qu'ils vont faire alors que les Libéraux disent une chose mais font son contraire: pensez aux paroles mielleuses de la ministre de l'Environnement au sujet des changements climatiques alors que son chef achète un oléoduc avec l'argent des contribuables... Les Libéraux ont certes perdu le respect des électeurs sérieux et sont devenus par le fait même le meilleur atout des Conservateurs pour la prochaine élection.