Chat échaudé…

Au printemps dernier, le premier ministre Couillard avait cru faire un bon coup en accédant à la demande des organismes qui réclamaient la création d’une commission d’enquête sur la discrimination systémique et le racisme. L’opposition du PQ et de la CAQ démontrerait leur penchant pour l’intolérance et l’exclusion.

L’Ontario avait fait un exercice semblable un an plus tôt et tout le monde s’était entendu pour le qualifier de succès. Tout naturellement, M. Couillard avait cru que ce qui était bon ailleurs au Canada devait nécessairement l’être au Québec.

On connaît la suite. L’affaire a fait boomerang et c’est son gouvernement qui s’est vu reprocher de vouloir faire le procès de la société québécoise. À tort ou à raison, plusieurs y ont vu un facteur important de la cuisante défaite libérale à l’élection partielle dans Louis-Hébert, dont le PLQ ne s’est pas encore remis.

Le premier ministre en a rapidement tiré les leçons et a viré à 180 degrés. Celle qui avait orchestré ce cafouillage, Kathleen Weil, a été mutée aux Relations avec la communauté anglophone, et la consultation prévue a été remplacée par un forum éclair sur les problèmes d’employabilité des immigrants, lequel avait toutes les apparences d’une sortie de secours.

Il y a quelques mois, M. Couillard aurait peut-être accueilli avec enthousiasme la proposition du Conseil national des musulmans canadiens (CNMC), qui a demandé au gouvernement fédéral d’instituer une « Journée nationale d’action contre l’islamophobie », qui coïnciderait avec le premier anniversaire de la tuerie à la grande mosquée de Québec, le 29 janvier 2017. Chat échaudé craint cependant l’eau froide.

 

Encore une fois, le PQ et la CAQ sont contre, pour les mêmes raisons qui avaient motivé leur opposition à la commission sur la discrimination systémique et le racisme. Et, sans surprise, Québec solidaire y est de nouveau favorable.

Au bureau du premier ministre, on ne ferme pas la porte, mais on préfère réfléchir davantage avant de prendre officiellement position. « Tout ça est en analyse chez nous », a expliqué son porte-parole. À huit mois et demi de l’élection générale, est-ce bien avisé de donner aux partis d’opposition l’occasion de relancer un débat dont le PLQ ne peut rien espérer de bon ?

Même si elle risque d’être un jour invalidée par les tribunaux, on estime au gouvernement que l’adoption de la loi sur la neutralité religieuse de l’État permettra de maintenir le couvercle sur la marmite jusqu’au 1er octobre. Libre au PQ ou à la CAQ de rouvrir le dossier s’ils sont appelés à former un gouvernement.

Si Ottawa accepte d’instituer une Journée nationale d’action contre l’islamophobie le jour anniversaire de la tuerie à la grande mosquée, François Legault ne manquera pas de crier au Quebecbashing et il y a fort à parier qu’un grand nombre de Québécois penseront la même chose. « Il s’agit du geste intolérable d’une seule personne et non pas celui d’une société entière. Les Québécois sont ouverts et accueillants, ils ne sont pas islamophobes », peut-on lire dans le communiqué diffusé par la CAQ.

En sérieux recul dans l’électorat francophone, Jean-François Lisée ne voudra certainement pas abandonner ce terrain à son rival caquiste. La députée de Taschereau, Agnès Maltais, a donné un coup de semonce en brandissant l’épouvantail islamiste par excellence, Adil Charkaoui. Bref, le risque de récupération politique est dangereusement élevé.


 

Bien sûr, il y a des islamophobes au Québec, comme partout en Occident, mais il y a aussi un ras-le-bol de la culpabilisation collective. Ceux qui font la promotion d’une Journée nationale d’action contre l’islamophobie sont sans doute bien intentionnés, mais leur initiative pourrait avoir l’effet inverse de celui qu’ils recherchent.

Personne ne nie la nécessité de garder vivant le douloureux souvenir de la tragédie de Québec, qui a bouleversé l’ensemble de la société québécoise, mais il serait malheureux que cela contribue à aviver les tensions plutôt qu’à les apaiser. L’idée n’est certainement pas de provoquer un autre de ces psychodrames qui ont déjà fait suffisamment de tort au Québec et à tous ceux qui l’habitent au cours des dernières années.

Le mieux est souvent l’ennemi du bien. Déjà, une Journée internationale de lutte contre l’islamophobie est célébrée le 10 décembre dans plusieurs pays. Cela n’empêche nullement de commémorer le drame de Québec le 29 janvier et de manifester notre solidarité envers la communauté musulmane, mais il serait irresponsable de précipiter les choses. Sur une question aussi délicate, il vaut mieux laisser le temps au temps. À Québec, on connaît bien le concept du fruit qui doit encore mûrir. Quelqu’un devrait l’expliquer à la ministre du Patrimoine, Mélanie Joly, avant qu’elle ne commette une nouvelle sottise.

47 commentaires
  • Serge Pelletier - Abonné 11 janvier 2018 04 h 03

    Une nouvelle espèce s'ajoute à celles en voie de disparition

    Étrangement tout ce beau mode, qui crie à l’islamophobie, ne dit mot sur les tueries des chrétiens en Egypte ou ailleurs dans les pays à forte majorité musulmane... Mieux encore, dans certains pays musulmans, il est interdit d'avoir un lieu de culte d'une autre religion... Est-ce que nos bien-pensants qui s'auto-proclament défenseurs de l'interdiction de critiques sur l'islamisme peuvent cesser ces hurlements grotestes et respirer un peu par le nez. À voir et entendre l'hystérie criarde dès qu'il est question de critiques ou de questionnements sur l'islam, les mouches seront bientôt ajoutées aux espèces en voie de disparition.

    À quand une journée chrétiamophobe, gaymophobe, israëlomophobe, féminophobe, etc. dans les pays islamiques? C'est pourtant là, dans ces pays que le croit comme on te dit ou meurt est appliqué avec vigueur...

    • Gilles Théberge - Abonné 11 janvier 2018 09 h 35

      Monsieur pelletier a raison.

      Au ras le bol que mentionne Michel David, il ne faut pas oublier les divers attentats qui se sont produits en Occident, Charlie Hebdo, le marché casher, le Bataclan, St-Jean-sur-Richelieu, Ottawa. Sans oublier non plus les Québécois tués an Afrique l’an dernier, quatre si mon souvenir est bon, par des islamistes enragés, et j’en passe.


      C’est sans compter que l’on ne sait pas la vérité, toute la vérité sur l’attentat de Québec. Je sais que courent des rumeurs. Et que des rumeurs, c’est basé sur rien. Mais supposons que l’on découvre qu'elles s’avèrent ces rumeurs, après tout ne dit-on pas qu’il n’y a pas de fumée sans feu...

      Et si c’était une banale histoire qui était le moteur de l’attentat de Québec? On comprendrait mieux la méprise des chefs politiques à célébrer cet événement.

      On comprendrait mieux aussi le geste du larmoyant imam à cristalliser cette date pour des siècles à venir...

      Et pourquoi ce silence sur l’attentat de Québec?

      Pourquoi?

    • Yves Mercure - Abonné 11 janvier 2018 10 h 06

      En fait, on ne sait pas trop ce qui serait objet de commémoration? Ça semble pourtant clair : du terrorisme. Que ce soit contre femmes, juifs, musulmans, témoins de Jéhovah, meme le farfelu le lus obtu ou qui, que, ou quoi que ce soit, il s'agit de l'intention manifeste de détruire des vie. Est-ce la haine religieuse ou son contraire, la. Haine anti religion, c'est la haine. Venant d'une peine d'amour, d'une déception professionnelle ou... ça reste un message inacceptable.
      Au fait, l'assaut de Quebec répond bien à ces principes. Un type déjanté qui passe à l'acte. Dites-moi comment il se fait que l'accusation de terrorisme brille par son absence?

    • Pierre Grandchamp - Abonné 11 janvier 2018 11 h 41

      "Les crimes motivés par la haine religieuse visent principalement les Juifs, a indiqué le Bureau fédéral d’enquête (FBI).

      Le FBI a constaté que les taux de crimes haineux en 2014 ont chuté de près de 8% (6.400 cas contre près de 7000 en 2013).
      Selon les données de l’agence gouvernementale, 47% de ces 6400 cas étaient motivés par des préjugés raciaux.En 2014, comme les années précédentes, les Juifs ont été les principales victimes de ces attaques.

      Parmi les 1.140 victimes recensées de crimes haineux motivés par la haine religieuse, 648 étaient juives (57%)
      https://www.lemondejuif.info/2015/12/fbi-les-juifs-sont-les-principales-victimes-des-crimes-motives-par-la-haine-religieuse/

    • André Joyal - Abonné 11 janvier 2018 11 h 43

      @ Théberge: Je suis bien d'accord avec vous.

      Je réfère les lecteurs du Devoir à «La Presse» de ce matin qui se fait on ne peut mieux bien-pensante et très bisounours, comme on dit en France, d'abord sous la plume de l'ex-écolo François Cardinal. À ce dernier, il ne manque que le langage islamogauchiste propre à QS pour défendre l'idée d'une journée commémorative de la tragédie du 29 janvier.

      Cet éditorial fait suite à la chronique de l'excellent Patrice Lagacé qui, cependant, n'en manque jamais une, pour s'en prendre à ceux qui osent critiquer les avancées de l'islam. Enfin, cerise sur le gâteau: Une lettre du Conseil des musulmans canadiens destinée à Justin Trudeau pour réclamer cette journée contre l'islamophobie.

      Cette lettre est co-signée par un nombre incalculable d'organisations musulmanes du ROC et d'un grand nombre de partenairses communautaires également du ROC.

      Si cette proposition devait être adoptée, je suggère que la veille, le 28 janvier, soit déclarée Journée nationale d'action contre le «Québec bashing».

    • Pierre Desautels - Abonné 11 janvier 2018 17 h 41


      @Pierre Grandchamp

      Vos chiffres sont passé date. Nous sommes en 2018, pas en 2014.

  • Serge Lamarche - Abonné 11 janvier 2018 04 h 42

    La politique des drames

    Je trouve cet article bien amusant. On peut aussi étendre les mêmes arguments à toutes les commémorations. Chaque jour avait son saint. Si le jour est ferié il y a moins de résistances, haha! Bonne «thanksgiving»!

  • Hugo Tremblay - Abonné 11 janvier 2018 05 h 24

    Une autre sottise!

    Une sotte a tendance a commettre des sottises, il y en aura donc d'autres.
    C'est ce qui se passe quand on fait d'une personne ayant un CV qui tient en un petit paragraphe une ministre et vedette.

  • René Bourgouin - Inscrit 11 janvier 2018 06 h 20

    Pourquoi une catégorie spéciale?

    Créer une journée contre l'islamophobie, c'est accréditer la vision du monde de ces promoteurs: il y aurait un «racisme» ciblé contre les musulmans tellement pernicieux et omniprésent qu'il nécessiterait qu'on lui crée une catégorie à lui tout seul sur le modèle de l'antisémitisme, concept qui lui existe pour des raisons historiques évidentes. Le fanatisme criminel d'UN individu prouverait l'existence d'un tel poison dans notre société? Qui fait des amalgames ici?

    Les autochtones ont beaucoup souffert, pourquoi ils n'auraient pas une journée contre «l'autochtonophobie»? Parce qu'il n'y aurait pas de racisme spécifiquement dirigé contre les autochtones? Ah bon... On devrait demander à ceux qui ont dû fréquenter ces infâmes pensionats ce qu'ils en pensent... Et on ne parlera pas de l'hostilité aux «Canadiens français» dans certains milieux... Mais pour «nous», on ne créera jamais de catégorie spéciale ça c'est certain! Une journée «contre le Québec bashing et la francophobie» le jour anniversaire de l'échec de Meech, tiens on devrait proposer ça...

  • Nadia Alexan - Abonnée 11 janvier 2018 07 h 15

    Une journée contre contre les atrocités commises par les islamistes partout dans le monde.

    Je ne suis pas d'accord avec vous du tout que «l’opposition du PQ et de la CAQ démontre leur penchant pour l’intolérance et l’exclusion». La raison pour laquelle on s'oppose à «l'islamophobie» n'a rien à faire avec l'intolérance et l'exclusion. C'est une question de justice sociale et de la liberté d'expression.
    Premièrement, le mot «islamophobie» a été inventé pas les Frères musulmans pour faire taire toute critique du Wahabsime ou de l'intégrisme islamiste. Toute critique de l'islam relève de l'apostasie et elle est punissable par la mort selon la Charia. Avec le mot «islamophobie», on veut étouffer la liberté d'expression et la liberté de conscience.
    De plus, je ne comprends pas que les organisations islamistes réclament une journée contre l'islamophobie, pendent qu'ils passent au silence les massacres quotidiens de chrétiens coptes en Égypte, 111 jusqu'à présent, et les attentats qui en fait 241 morts en France depuis 2015. Commençant par avoir une journée de réflexion contre «la christianophobie» d'abord et contre les atrocités commissent par les islamistes partout dans le monde.

    • Sylvie Lapointe - Abonnée 11 janvier 2018 09 h 17

      Je n’ai pas compris exactement la même chose que vous en ce qui concerne la phrase que vous citez au début de votre commentaire. J’ai plutôt compris que cela faisait partie du ‘’bon coup’’ du PM Couillard et non de l’opinion de M. David. Pour le reste, je suis bien d’accord avec vous.

    • André Joyal - Abonné 11 janvier 2018 11 h 48

      @ Mme Lapointe: oui, de toute évidence, la très souvent pertinente Nadia Alexan, à 7-15 ce matin, ne devait pas être encore tout à fait éveillée. Ce qui l'a induite en erreur concernant le début de cette chronique

    • Pierre Desautels - Abonné 11 janvier 2018 13 h 17


      Pour votre information, il y a au Canada, à chaque année, le 23 juin, une journée nationale du souvenir des victimes de terrorisme, peu importe sa provenance.

    • Michèle Lévesque - Abonnée 11 janvier 2018 17 h 00

      @Nadia Alexan 11 janv. 2018 07 h 15
      et Sylvie Lapointe 11 janv. 2018 09 h 17

      J'ai tiqué moi aussi en lisant ce segment dans l'article, mais finalement j'ai compris la phrase de M. David comme l’a fait Mme Lapointe. Dans (je cite) "L’opposition du PQ et de la CAQ démontrerait leur penchant pour l’intolérance et l’exclusion" l’emploi du conditionnel présent et non de l’indicatif montre que M. David en fait une hypothèse sur le fonctionnement du PLQ et de QS et non l’énoncé de sa propre opinion. Ce l'est peut-être, mais en tout cas sa phrase ne le dit pas.

      En ce qui me concerne, cette hypothèse est une évidence si je me fie à ce à quoi le PLQ et QS, chacun à sa manière, nous ont habitué jusqu’ici dès que la CAQ et plus encore le PQ se prononcent sur ce genre de problématique. Une voie facile pour mousser la vente de programmes par ailleurs bien pauvres, voire même de cuisants échecs sur ces questions et qui ont usé le Québec jusqu’à la trame depuis 2004-2005 jusqu'à aujourd'hui, en passant par 2008-2009 et 2012-2014. J'espère bien que ces procédés sont à la veille d’atteindre leur limite et que nous apprendrons enfin à travailler à rassembler (mettre l'accent et l'effort sur ce qui unit - et je ne parle pas de l'artifice libéral), plutôt qu’à meuler sans cesse pour entretenir la division au nom de la compassion, de la justice et de la solidarité. C’est de plus en plus cousu de fils blancs.

      Pour le reste du propos de Mme Alexan, je suis d'accord avec elle sur tous les points qu'elle relève. Les Collectifs contrer l'Islamophobie, d'ici ou d’ailleurs (CCAI, CCIQ, CCIF, CCIB, etc.) ne chôment pas, non plus que les associations parentes qui sous différents raisons sociales visent à mousser sans relâche la culpabilisation collective, dont ce "Cours Islamophobie 101" vendu au nom de la laïcité.

      Il faut devenir raisonnablement teflon devant certains amalgames - d'aucuns certainement "bien intentionnés", comme dit M. David, mais pas tous, à l'évidence.

    • Marc Therrien - Abonné 11 janvier 2018 19 h 59

      Madame Alexan, par sa désapprobation erronée et vigoureusement exprimée, du propos de M. David, nous fait prendre conscience de comment la réalité est fragile dans sa construction. Combien de désaccords sont issus de simples malentendus; quand on comprend le contraire de ce qu'autrui a voulu dire?

      Marc Therrien