Confessions d’un psy canin

On m’appelle Chico. Je suis nain, mais j’obtiens des résultats géants. Avec mon pote zoothérapeute, José Sarica, je sers de médiateur et j’arrive à faire tomber les défenses des plus coriaces.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir On m’appelle Chico. Je suis nain, mais j’obtiens des résultats géants. Avec mon pote zoothérapeute, José Sarica, je sers de médiateur et j’arrive à faire tomber les défenses des plus coriaces.

« Ha ! Si vous saviez comme j’aime mon travail. Il paraît que je rends la vie plus douce à des désespérés de tous poils, des troublés de toutes espèces chez les bipèdes. C’est pas la joie chez ces grands humains ; de mon point de vue de bichon maltais nain, bichonné, catiné et fleurant bon le salon de toilettage, y’a du boulot.

Combien d’entre eux, et même chez les enfants, carburent aux petites pilules du bonheur ? Tiens, juste chez les filles, les antidépresseurs étaient le 2e médicament le plus prescrit après les contraceptifs oraux, il y a 10 ans au Canada. Imaginez maintenant.

On m’appelle Chico, mais parfois, on me surnomme Xanax ou Ritalin parce que les gens que j’accompagne ont abandonné leurs médicaments grâce à moi. C’est tout de même ironique de penser que les grandes bêtes se sont graduellement éloignées de la nature et qu’aujourd’hui, elles font appel à nous, les animaux non humains, pour se sortir du pétrin dans lequel elles se sont fourvoyées de leur plein gré ou non.

Photo: Jacques Nadeau Le Devoir On m’appelle Chico. Je suis nain, mais j’obtiens des résultats géants. Avec mon pote zoothérapeute, José Sarica, je sers de médiateur et j’arrive à faire tomber les défenses des plus coriaces.

Mais bon, je ne juge pas. C’est pas mon truc, le jugement. J’ai onze ans, une vieille âme dans un petit corps de toutou en peluche, et j’ai tout vu. Surtout que José, mon pote, avec qui j’ai fait la formation de zoothérapeute, il m’en fait voir beaucoup. Il est affligé de “bougite aiguë” celui-là, tantôt en France (il est né en Ardenne), tantôt au Québec, tantôt en Israël avec les dauphins et les enfants autistes, et en plus, il est chef d’expédition pour des croisières en Antarctique. C’est qu’il connaît bien les animaux marins, mon José. Il est carrément tombé amoureux des orques à 10 ans, en regardant le film Orca. Il a même fait son doctorat au Québec en biologie marine et écotoxicologie, à Mont-Joli. Les baleines mortes dans le fleuve Saint-Laurent, il pourrait vous en parler longtemps. Mais ça, c’était avant ma naissance.

Aujourd’hui, José a tout plaqué, sa permanence de prof au cégep, la sécurité et le train-train quotidien, pour passer ses journées avec moi. Moi ! Quelques kilos de joie et des tonnes d’entrain. Je fais fondre des banquises en larmes. C’est tout juste si je ne tends pas les papiers mouchoirs, mais je sais tourner sur moi-même, me coucher, faire des high-five (les enfants adorent !), sauter en l’air, attraper la balle et écouter.

Je peux même parler quand on me le demande. Mais les gens, ils ont surtout besoin qu’on les entende pour que la confiance s’installe. »

Rien qu’un petit chien tout blanc

« Je suis le Milou de Tintin ou l’Idéfix d’Obélix, le petit chien blanc qui fut aussi celui des rois. J’ai fait deux ans de dressage thérapeutique avec José et bien franchement, ce que je préfère, ce sont les enfants trisos. Vraiment, j’ai rien à leur montrer. Ils ont trouvé la recette du bonheur tout seuls, ils sont dans l’instant. C’est pas eux qui ont besoin de moi, c’est toute la société qui se prive d’eux.

Mais j’ai aidé le jeune Jérémy, atteint de TDA et qui a pu éviter les médicaments grâce à notre connivence. Je lui ai réappris l’estime de soi, à faire confiance aux adultes, à ne plus avoir peur d’apprendre, à s’abandonner. Y a Patrick aussi, qui faisait une dépression sévère et s’habillait toujours en gris. À la fin, il a remis de la couleur dans ses chemises, s’est acheté un bichon maltais et a appris à dire non grâce à moi. Parfois, nous, les chiens, sommes le passeport qu’il fallait, le sésame vers l’autre, l’amorce d’un dialogue entre l’étranger qui risque de nous heurter et nous. Les humains sont de bien drôles de bêtes, à la fois chefs de meute et moutonniers, carnassiers et ruminants.

Quand vous caressez un chien, quand vous écoutez le ronronnement d’un chat, il arrive que vos pensées se figent en vol et qu’apparaisse en vous une sérénité sans bornes, un portail vers l’Être

J’ai même apprivoisé des jumelles égyptiennes adoptées en Europe de l’Est à l’âge de 4 ans et qui avaient été agressées sexuellement. Trois ans plus tard, elles ne parlaient qu’un dialecte inconnu entre elles. Leur maman leur a acheté un bichon comme moi et elles l’ont appelé… Chico !

Un jour, j’aurai mon monument, même si je ne suis pas bien grand. On dit que je suis doté d’une intelligence émotionnelle. Je sens même la mort venir. J’ai déjà aboyé dans la chambre d’une patiente atteinte d’Alzheimer. José ne comprenait pas ce qui me prenait. La voisine de lit venait de s’éteindre comme une bougie. Les morts ont une odeur, ça, les humains l’ignorent.

Et moi, les mourants, les ridés, les laids, les obèses morbides, les maigres, les handicapés, les autistes, les cancéreux, les chauves ou les mal-aimés, je n’ai pas d’étiquettes pour eux. La nature n’est pas une usine à Taïwan. La nature, elle nous fait tous différents pour que nous ayons quelque chose à apprendre. »

Y a un os, s’agit de le trouver

« La zoothérapie, José me l’a expliqué cent fois, c’est une relation triangulaire. Il se crée un lien invisible entre nous. Et ma présence de médiateur fait tomber les défenses. C’est immédiat. Je vais toujours vers celui qui en a le plus besoin. Les fragiles, je les sens. José aussi, il a des antennes. Dès que la personne fait de la projection sur moi (“Il a l’air triste, ton chien”), José rebondit comme la balle qu’il me lance. Il passe en deuxième vitesse, celle du coeur et de l’empathie, en un rien de temps. Déjà, enfant, José voulait aider les autres avec des animaux, sa passion. Il dit que c’est sa mission. Y a des gens comme ça, des missionnaires. Faut pas leur en vouloir d’être bons.

Et pour les enfants, c’est vraiment la clé, le pet therapy ; certains se disent qu’avec un petit chien aussi sympa, le « papa » ne doit pas être si mal non plus. Et c’est plus agréable que d’aller dans un bureau de psy. Je me rends à domicile même s’il m’arrive de travailler dans des établissements médicaux.

Tous les chiens pourraient faire de la zoothérapie, même les pitbulls ! José dit qu’il y a seulement de mauvais maîtres, pas de mauvais chiens. On utilise même les chevaux, les dauphins, les chats, les serpents, les perroquets.

J’ai l’avantage d’être désarmant et très portatif.

Les gens sont drôles, ils se forgent une carapace pour ne pas souffrir et après, ils sont pris à l’intérieur, comme dans une prison. Moi, j’arrive à passer à travers les barreaux et à les atteindre. Ce sont eux qui détiennent les clés, ils n’ont qu’à les retrouver. S’agit de savoir où on a enterré l’os. »

Lu Zoothérapie. Le pouvoir thérapeutique des animaux de José Sarica. Le biologiste et zoothérapeute nous initie aux balbutiements d’une discipline plus facile d’accès au Québec qu’en France et utilisée par les pédopsychiatres depuis une découverte accidentelle dans le bureau de l’un d’eux en 1953. Depuis, des instituts de santé mentale (Douglas depuis plus de 30 ans, Pinel) y ont recours. Le récit de José est un hommage à son chien Chico et relate les nombreuses victoires remportées par cette petite boule d’intelligence et de joie. On se demande pourquoi l’éditeur a mis un Jack Russel sur la couverture au lieu de Chico, le héros de ce livre inspirant. Éditions Arthaud

Aimé Enfants et animaux, des liens en partage de Karine Lou Matignon. Préfacé par le psychiatre Boris Cyrulnik, qui insiste sur l’effet tranquillisant de l’animal et l’importance de ce compagnon affectif « dans une culture où l’affection se dilue ». Un beau livre qui mélange photographies et textes (parfois d’écrivains), où on nous parle jeu et malice, voire guérison. En soignant l’animal, l’enfant apprend à prendre soin de. Et des cas d’enfants autistes « guéris » par le contact avec les dauphins, les chevaux sont présentés. La complicité naturelle entre enfants et animaux n’est plus à démontrer. L’animal sauve bien des enfants incompris d’un destin qui les aurait condamnés. Éditions De La Martinière

Les trolls trompettent et ça fait couac

Je viens de recevoir l’édition 2017 du Petit Robert et je réalise que je n’ai pas ouvert un dico papier depuis des lunes. Quel dommage. Lorsque je l’utilisais (plutôt qu’Antidote), j’ouvrais la page, je butais sur un mot, procrastinais sur le papier bible, faisais des découvertes. Tiens, je viens d’aller voir « troll » (internaute qui cherche à créer la polémique sur des forums de discussion) et j’y redécouvre « trompetter » (publier bien haut et partout) tout près, comme si le mot essaimait.

J’ai eu droit à un concert de trompettistes sur Facebook récemment après avoir publié sur le passage très peu apprécié (un euphémisme) d’un CF-18 au-dessus de Montréal, le jour du match des Alouettes, le 22 juin dernier. 212 trompettes pour ça. Et ça volait de plus en plus bas, couacs en sus. Tout Bagotville était au rendez-vous, ma foi. Je n’ai pas effacé le statut, car il présente un intérêt anthropologique indéniable.

Ce qui fait le plus peur là-dedans, ce ne sont pas les « trompetteurs », mais la certitude qu’un Trump n’a qu’à se pointer pour jouer le chef d’orchestre.

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1 commentaire
  • Michel Gélinas - Abonné 8 juillet 2017 13 h 42

    Texte captivant

    J'ai beaucoup apprécié ce texte, merci à Josée Blanchette et aussi à José Sarica pour son travail en zoothérapie et pour sa sensibilité.
    Moi et une amie aimerions assister au lancement de ce livre. Où cela se fera-t-il?

    J'habite Québec