Possibles vertus et occasions

Donald Trump est le premier candidat d’un des deux partis majeurs à accéder à la présidence des États-Unis après avoir remis en question les deux piliers de l’ordre international libéral que sont les alliances et le libre-échange. Il a ainsi exploité les aspirations isolationnistes de la population américaine. Au-delà, la politique étrangère que le président Trump pourrait mettre en oeuvre revêt quelques vertus et présente des occasions à saisir.

Les trois présidents qui se sont succédé depuis la fin de la guerre froide (Bill Clinton, George W. Bush et Barack Obama) avaient tous promis que leur arrivée à la Maison-Blanche serait synonyme d’une action internationale humble et modeste. Or, tous ont plus ou moins cédé aux sirènes de l’interventionnisme libéral, dont l’ambition est de transformer le monde à l’image des États-Unis. Cette grande stratégie a favorisé l’essor des démocraties et une formidable prospérité. Elle a également donné lieu à des aventures hasardeuses (en particulier en Irak), et ses dérives ont alimenté le scepticisme sur l’engagement américain dans le monde et sur les bienfaits des échanges commerciaux.

La retenue

Des éléments avancés par Donald Trump pendant sa campagne permettent d’envisager qu’il pourrait corriger certains excès des gouvernements précédents. Souligner que certains alliés ne participent pas suffisamment à la sécurité commune, reconnaître que le « nation building » n’est pas un point fort des États-Unis et peut se révéler désastreux ou affirmer que l’objectif de la politique étrangère doit être la promotion et la défense des intérêts nationaux, cela n’a rien de choquant. Ce sont même des évidences.

Redéfinir la grande stratégie des États-Unis n’est cependant pas aussi aisé que de répéter des slogans. Une telle entreprise ne manquerait pas de susciter des inquiétudes, des incertitudes, de l’instabilité et des risques sur la scène internationale. Elle exige donc doigté, cohérence, détermination et sagesse. Donald Trump n’a pas fait étalage de telles qualités et, à l’heure actuelle, rien n’indique que l’équipe de sécurité nationale dont il s’entoure sera à même d’encadrer son tempérament et de mener à bien une telle redéfinition de la politique étrangère américaine.

Au-delà des incertitudes concernant les aptitudes du prochain gouvernement Trump et sa capacité à surmonter les obstacles qui ne manqueront pas de se dresser devant une rupture avec l’internationalisme libéral, « l’Amérique en premier » prônée par Trump et son approche westphalienne des relations internationales laissent entrevoir deux occasions intéressantes.

La première est l’atténuation des tensions avec la Russie. Vladimir Poutine a placé le respect d’une zone d’influence russe en Europe centrale et orientale au coeur de son engagement politique. Il n’a pas hésité à recourir à la force lorsqu’un pays considéré comme appartenant à cette zone semblait tenté de rejoindre le camp occidental. Ce fut le cas avec la Géorgie en 2008 et avec l’Ukraine en 2014.

Le pilier européen de l’OTAN

Le président Trump devrait être sensible à cette position russe. En affirmant sans équivoque que l’OTAN ne procédera pas à des vagues d’expansion vers l’Est, il pourra calmer les inquiétudes de Moscou et créer un climat plus propice à une coopération sur des enjeux d’intérêt commun aux deux pays, par exemple la situation en Syrie ou la lutte contre la prolifération nucléaire.

Les partenaires européens de l’OTAN peuvent s’inquiéter de ce rapprochement entre Moscou et Washington. Ils peuvent également voir dans l’élection de Donald Trump une source de motivation. Réuni lundi 14 novembre, le Conseil des affaires étrangères de l’Union européenne a de fait adopté un texte volontariste. L’objectif affiché est de renforcer la défense européenne en la dotant notamment de capacités militaires accrues qui seraient développées en coopération.

Il faudra certes attendre pour voir ses bonnes intentions se matérialiser. Il n’en demeure pas moins que les partisans d’un pilier européen fort au sein de l’OTAN ont, avec l’arrivée de Donald Trump, un incitatif majeur pour agir. S’il est peu probable que le futur locataire de la Maison-Blanche retire les États-Unis de l’Alliance atlantique, il ne pourra qu’apprécier une certaine reprise en main par les Européens de leur sécurité.

L’Amérique forte et souveraine chère à Trump ne met donc peut-être pas en péril l’ordre international libéral issu de la Deuxième Guerre mondiale. Ses erreurs inévitables ne le feront pas plus. Le véritable danger réside en fait dans la possibilité, bien réelle, que Trump ne respecte pas la Constitution américaine et accapare le pouvoir, à la façon de Berlusconi, d’Erdogan ou de Poutine. La démocratie libérale perdrait alors sur la scène internationale sa meilleure, bien qu’imparfaite, incarnation.

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