Des chrétiens martyrs en Orient

Dans les pays d’Orient, comme l’Égypte, l’Irak, le Liban, la Syrie, la Palestine et Israël, il n’est pas facile d’être chrétien. Ci-dessus, des chrétiennes assyriennes de la Syrie et de l’Irak assistaient à la messe de Noël dans une église de la région de Beyrouth, au Liban.
Photo: Anwar Amro Agence France-Presse Dans les pays d’Orient, comme l’Égypte, l’Irak, le Liban, la Syrie, la Palestine et Israël, il n’est pas facile d’être chrétien. Ci-dessus, des chrétiennes assyriennes de la Syrie et de l’Irak assistaient à la messe de Noël dans une église de la région de Beyrouth, au Liban.

Les médias en parlent si peu qu’on finit par l’oublier, mais le fait demeure, rappelé ici par Jean Mohsen Fahmy : « Les adeptes de la religion la plus persécutée aujourd’hui dans le monde sont les chrétiens. » On estime, en effet, que ces derniers « subissent aujourd’hui 75 % de toutes les persécutions religieuses dans le monde ». En Corée du Nord, en Chine, au Vietnam, à Cuba, au Congo, en Inde, au Pakistan et en Malaisie, être chrétien vous expose à de mauvais traitements.

Franco-Ontarien d’origine égyptienne, diplômé en littérature de l’Université du Caire, de l’Université de Montréal et de l’Université McGill, le romancier, essayiste et professeur Jean Mohsen Fahmy, dans Chrétiens d’Orient, se penche plus spécifiquement sur la difficile situation des chrétiens de l’Égypte, de l’Irak, du Liban, de la Syrie, de la Palestine et d’Israël, victimes, écrit-il, d’un « lent génocide silencieux », résultat de vagues d’émigration et de conversion engendrées par les persécutions qu’ils subissent.

Il y avait 1,3 million de chrétiens en Irak du temps de Saddam Hussein. Aujourd’hui, terrorisés par al-Qaïda et le groupe État islamique, ils ne sont plus que 300 000. En Terre sainte (Palestine et Israël), il y a 40 ans, les chrétiens représentaient 20 % de la population. Aujourd’hui, ils ne comptent que pour moins de 2 %. En Égypte, les Coptes restent nombreux, malgré une forte émigration, mais ils sont en proie à d’incessantes exactions.

Cri du coeur

Le malheur des chrétiens d’Orient, déplore toutefois Fahmy, ne fait pas souvent les manchettes en Occident. Serait-ce, comme le suggère le philosophe Régis Debray, parce qu’ils sont « trop chrétiens pour intéresser la gauche, trop étrangers pour intéresser la droite » ? Fahmy, pour sa part, invite les chrétiens occidentaux à se préoccuper du sort de leurs coreligionnaires, qui sont à l’origine de leur foi, et ajoute, dans un cri du coeur, que tous les humains de bonne volonté doivent faire de même, « car, au-delà de la dimension religieuse, le sort des chrétiens d’Orient est manifestement une question de défense des droits humains [sic] ».

Le portrait actuel de la situation est désespérant. Voir, en début de 2015, 21 Coptes se faire décapiter sur une plage libyenne par des assassins affiliés au groupe État islamique donnait froid dans le dos. Assister au sauve-qui-peut des chrétiens arméniens de la ville syrienne d’Alep, ville qui les avait accueillis 100 ans plus tôt alors qu’ils fuyaient la tentative de génocide orchestrée par les Ottomans, afflige.

L’histoire des chrétiens d’Orient, Fahmy le montre bien, est jalonnée de persécutions. Dans cette région, les disciples du Christ, jusqu’au début du IVe siècle, ont subi les attaques de l’Empire romain. Après l’arrivée des armées musulmanes sur le territoire, au VIIe siècle, ils ont été sans cesse ostracisés et maltraités. Les violences dont ils sont actuellement les victimes rappellent ces sombres épisodes et menacent leur existence même.

Islam moderne

Le fatalisme, pourtant, ne doit pas s’imposer. La guerre civile n’est pas inscrite dans l’ADN de ces régions. « Partout en Orient, rappelle Fahmy, musulmans et chrétiens, pendant les soixante premières années du XXe siècle, s’allièrent pour construire ensemble une société moderne et pour dépasser les clivages d’antan. » L’affirmation, évidemment, doit être nuancée, quand on tient compte du génocide arménien en 1915-1916.

Il reste, écrit Fahmy, que cette époque fut, en Égypte, « le véritable âge d’or de la coexistence des musulmans et des Coptes ». Cette détente est attribuable à la présence d’un courant moderniste dans l’islam, qui conteste l’interprétation littérale des textes sacrés et prône une alliance nationale entre musulmans et chrétiens contre l’occupant anglais. La Confrérie des Frères musulmans, fondée en 1928, s’opposera violemment à cette bonne entente, au nom d’un islam radical.

La coexistence pacifique dans cette région n’aura pas duré longtemps, mais le fait qu’elle a déjà existé montre qu’elle n’est pas impossible, à condition que l’interprétation rétrograde de l’islam soit remplacée par une version moderne de cette religion. On veut croire Fahmy quand il écrit que « cette évolution est souhaitée par la grande majorité des gens d’Orient, chrétiens et musulmans confondus », et qu’elle « dépendra, dans une large mesure, d’un débat qui a cours au sein des populations musulmanes ». En attendant, nous avons, en Occident, le devoir moral de nous informer de la situation, d’aider matériellement ces chrétiens persécutés et de veiller à ce que nos gouvernants ne les abandonnent pas.

Excellent résumé de la riche histoire des chrétiens d’Orient et plaidoyer très senti pour leur survie sur la terre d’origine du christianisme, l’essai de Jean Mohsen Fahmy, dont le seul petit défaut est de ne pas citer suffisamment ses sources, est un retentissant coup de semonce visant à briser notre indifférence envers des alliés en danger de mort.

Persécution! Le mot est sans équivoque. Les chrétiens d’Orient ne sont pas seulement les victimes des circonstances politiques ou des enjeux de la géostratégie. Ils sont ciblés par certains groupes intégristes, nommément, spécifiquement, «pour le seul fait d’être chrétiens».

Chrétiens d’Orient. Le courage et la foi

Jean Mohsen, Fahmy Médiaspaul, Montréal, 2015, 196 pages

12 commentaires
  • Michel Lebel - Abonné 31 décembre 2015 07 h 56

    Les préjugés et l'ignorance choisie


    En Occident, le mot"chrétien" soulève assez souvent la suspicion. Les médias s'intéressent peu en général au sort des chrétiens d'Orient. Tout cela témoigne de préjugés tenaces et d'une vacuité historique et intellectuelle. C'est ainsi et fort triste. Merci à l'auteur Fahmy et au chroniqueur Cornellier.

    M.L.

    • Jean Porret - Abonné 31 décembre 2015 11 h 24

      Un grand merci de garder vivant et de nous mettre de visu ce drame si méconnu des chétiens d'Orient. Que ferons-nous l'an prochain.
      Jean Porret lecteur sassidu des chroniques de louis Cornellier

  • Nadia Alexan - Abonnée 31 décembre 2015 08 h 34

    Où se trouvent les bien-pensants de l'islamophobie?

    Pendant que les bien-pensants de la gauche occidentale crient contre l'islamophobie , on prône le silence contre les atrocités commissent contre les chrétiens du Moyen-Orient. On a brûlé 80 églises, pendant l'ère noire de l'islamiste échu, Morsy, juste avant la libération de l'Égypte par le général, Al Sissi, dont la gauche accuse de bafoué la démocratie! Pas de cri alarmant à la «Christianophobie» de la part de la gauche bien pensante.

  • Jean-Pierre Lusignan - Abonné 31 décembre 2015 08 h 43

    J'ignore et espère que l'on me renseignera...

    Je ne comprends pas pourquoi on entend ici si peu parler ici de ces énormes persécutions religieuses, en particulier celles se faisant actuellement au Moyen-Orient. Il faut écouter les nouvelles internationales quotidiennes diffusées Radio-Ville-Marie pour savoir que des chrétiens sont persécutés. L'on sait très peu de choses. Plus généralement, l'église catholique du Québec et l'église catholique canadienne parlent très peu des réfugiés syriens qu'ils soient chrétiens ou musulmans. Pourquoi?

    • Michel Lebel - Abonné 31 décembre 2015 10 h 39

      Nous avons une Église(la hiérarchie) canadienne et québécoise bien molle, trop discrète, ayant il me semble peur de s'affirmer et de participer au débat public. "N'ayez pas peur", disait bien Jean-Paul II. On dirait plutôt que certains évêques ont lancé la serviette! Ils semblent incapables, contrairement au pape François, de rejoindre le monde actuel. Le constat est assez déprimant.

      M.L.

  • André Côté - Abonné 31 décembre 2015 09 h 38

    Une autre source intéressante...

    À ceux et celles que cela intéresse, vous pouvez vous procurer l'excellent livre sur le même sujet: Le livre noir de la condition des Chrétiens dans le monde publié aux Éditions XO en 2014 (Jean-Michel di Falco - Timothy Radcliffe - Andrea Riccardi). On ne peut trouver plus informé sur le sujet.

    • Jean-Pierre Lusignan - Abonné 1 janvier 2016 05 h 45

      Merci beaucoup. J'essaierai de trouver ce livre et ensuite de le lire.

  • Anne-Marie Cornellier - Abonnée 31 décembre 2015 10 h 45

    Les syriens de religion chrétienne sont les plus persécutés,on devrait en tenir compte quand vient le temps d'accueillir des réfugiés.

    • Sylvain Lavoie - Inscrit 31 décembre 2015 12 h 12

      C'est probablement le seul point ou j'étais d'accord avec M. Harper qui envisageait exactement de faire ce que vous suggérez plutôt que d'accueilir ceux qui ne veulent pas servir dans l'armée syrienne, associée aux Alaouites, qui combat leurs frères sunnites de Daech. Au nom de l'ouverture à l'Autre si chère à notre bon Justin, je suis sûr que les chrétiens, ces êtres rétrogrades, se retrouveront en queue de peloton lors de la sélection, derriere les musulmans qui eux incarnent la profession de foi libérale dans le multiculturalisme.