Enfin, je vous retrouve

Ces trois dernières semaines sans vous, sans vos commentaires, sans vos réactions, m’ont paru longues. La chronique est un formidable moyen de communication. Il s’en passe des choses en trois semaines. J’ai par contre profité de ces moments pour mettre le Collectif pour l’égalité des femmes solidement en piste et je dois dire que l’apport formidable des femmes qui m’entourent me permet d’affirmer que nous sommes en train de bâtir des documents solides et convaincants sur les solutions que nous allons défendre. Je vous tiendrai au courant.

Ce que j’ai fait d’autre ? J’ai suivi l’actualité, car mine de rien, les politiciens de tous nos gouvernements n’ont pas cessé de nous inonder ou de promesses ridicules ou de décisions sans allure parce qu’ils sont tous en phase de séduction. Certains le sont parce qu’une élection leur pend au bout du nez, et les autres parce qu’ils pensent qu’ils ont été élus pour l’éternité.

Pour me reposer de ces braves députés et ministres, j’ai fait une consommation démesurée de lectures. J’ai lu je ne sais combien de livres, des anciens et des nouveaux. J’ai relu les textes des conférences prononcées par Lionel Groulx sur la Confédération canadienne, publiés aux éditions du Devoir en 1918 puis réédités aux éditions Alain Stanké en 1978. Alors qu’Ottawa se propose de fêter le 150e anniversaire de ce document, il serait urgent de remettre ce livre en circulation. Ça nous confirmerait sûrement dans notre décision de ne pas faire partie de la fête.

J’ai lu aussi Peuple à genoux, une analyse de l’année 2014 par des auteurs auxquels rien n’échappe. Si ce livre était distribué gratuitement à toutes les portes québécoises, s’il était lu par tous les citoyens et citoyennes, nos décisions seraient moins hésitantes et la peur deviendrait un phénomène inconnu au Québec.

J’ai relu pour mémoire La passion du Québec de René Lévesque, publié chez Québec-Amérique. Ça m’a permis de mesurer à quel point le besoin d’indépendance avait gagné du terrain depuis la publication de ce livre précieux. Notre réflexion a mûri, les choix se précisent, nous sommes en fait moins hésitants que ne le paraît monsieur Lévesque lui-même. Ce livre mérite lecture parce qu’il est la base du grand rêve des Québécois et Québécoises.

Le livre qui m’a vraiment secouée est celui auquel mon collègue Louis Cornellier avait consacré une critique positive récemment et qui a pour titre La souveraineté par héritage du sociologue Jacques Beauchemin, publié chez Boréal. Son message est un cri d’alarme. Il affirme que « le temps presse pour le Québec ».

Lire son livre pendant que le premier ministre du Québec, souriant, s’entend avec tous les premiers ministres du Canada pour accepter qu’ils puissent utiliser le sol du Québec et son fleuve comme autoroute destinée à transporter le pétrole de l’Alberta, qui ne nous rapportera rien comme enrichissement, qui nous condamnera à subir les dommages environnementaux qui finissent toujours par arriver, c’est ahurissant.

Lire ce livre pendant que Stephen Harper, premier ministre du Canada, insatiable de puissance et provocant, agissant comme un tsar au mépris de la démocratie en méprisant les propres lois de son pays, le Canada, et en faisant une lutte sournoise à sa Cour suprême sans aucune gêne comme le ferait un dictateur, c’est fascinant. Quand le même homme achète des votes en envoyant des chèques aux parents d’enfants, c’est plus qu’inquiétant.

Comment ce fameux Canada peut-il être choisi comme « le plus meilleur pays du monde » une semaine, et la semaine suivante être rappelé à l’ordre par l’ONU quant à son traitement des autochtones et à l’adoption de la fameuse loi C-51 que M. Harper a fait adopter sous prétexte de l’urgent besoin de protection des citoyens face aux menaces terroristes et qui, par hasard, prive aussi les citoyens canadiens de droits garantis par la Charte.

Le message de Jacques Beauchemin, c’est que LE TEMPS PRESSE. Depuis que le Québec est assis entre deux chaises, sans jamais exercer la responsabilité totale de ses choix et de ses décisions, il se place lui-même à la merci des décisions venues d’ailleurs et qui la plupart du temps ne correspondent pas à nos véritables besoins.

Le temps presse parce que la réalité réelle, c’est que le sort des francophones en Amérique est fragile. Il suffit de regarder le sort des autres francophones ailleurs au Canada et aux États-Unis. Quand nous serons minoritaires chez nous, il ne sera plus temps de pleurer.

Les livres sont des compagnons essentiels. Non seulement pour nous apporter des moments de détente, mais aussi pour faire le ménage dans son propre cerveau quant aux idées acquises parfois depuis longtemps et le besoin de refaire le tri des idées nouvelles auxquelles on adhère librement et auxquelles on tient vraiment. Bonne lecture.

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19 commentaires
  • Dany Mailloux - Abonné 31 juillet 2015 00 h 33

    Content de votre contribution

    Merci pour ces références et pour vos réflexions bien senties et tellement pertinentes encore une fois partagées.

  • Patrick Daganaud - Abonné 31 juillet 2015 03 h 52

    Dame Lise, parle-nous du mutisme de Blais...

    Oui, les livres sont des compagnons essentiels qui nourrissent la culture, l'imaginaire, le rêve et l'espoir, y compris celui d'un pays.

    Mais...

    Mais 50 % de nos diplômés du secondaire ont un niveau 2 de littératie, proche parent de l'analphabétisme fonctionnel.
    Au collégial, ils sont 33 %.
    À l'université, 18 %.

    « Quand un peuple tombe esclave, tant qu'il tient sa langue, c'est comme s'il tenait la clef de sa prison...» (Alphonse Daudet)

    Ne trouves-tu pas, gente Dame, que notre ministre de l'Éducation, de l'Enseignement supérieur et de la Recherche cultive un dangereux mutisme sélectif?

  • Marthe Robitaille - Abonnée 31 juillet 2015 05 h 09

    Enfin je vous retrouve

    Bonjour Madame Payette,

    Les vendredis, je commence toujours avec votre chronique. Vos propos sont pertinents, percutants et surtout très intéressants.
    Je suis heureuse que vous ayez eu des belles vacances car elles semblent vous avoir permis de garnir le garde-manger. Ça donne la faim! Merci de nous fouetter les neurones, on en bien besoin quand on écoute les nouvelles.
    Santé et longue vie à vous.

    Marthe Robitaille, une lectrice fidèle.

  • Lise Bélanger - Abonnée 31 juillet 2015 06 h 13

    En effet, il est plus que temps de bouger et encore!

  • Josée Duplessis - Abonnée 31 juillet 2015 07 h 37

    Merci Mme Payette pour vos suggestions de lecture.Heureuse de vous retrouver.