Une pirouette électorale

Les retraités actuels et futurs sont la nouvelle proie électorale. Le gouvernement conservateur veut tant les charmer qu’il a surpris tout le monde, mardi, en annonçant la tenue d’une consultation sur la création d’un régime de contributions volontaires au Régime de pension du Canada (RPC). À quelques semaines des élections ? Hmmm…

L’idée n’est pas nouvelle. Il s’agirait de permettre aux travailleurs qui paient des contributions obligatoires au Régime de pensions du Canada (RPC) — l’équivalent de la Régie des rentes du Québec (RRQ) — d’en verser volontairement plus, question de s’assurer une meilleure rente au moment de leur retraite.

Le procédé a de sérieux désavantages. Seuls les travailleurs verseraient des contributions volontaires. Leurs employeurs n’auraient pas à verser une contrepartie, comme dans le cas des contributions obligatoires et des fonds de pensions privés (dont bénéficient moins de 40 % des travailleurs).

L’autre défaut est justement le caractère volontaire des contributions. Les gens qui n’économisent pas aujourd’hui ne le feront pas plus demain. Pour toutes sortes de raison : insouciance, manque de moyens… Leur nombre va croissant et les actuaires notent que cela aura un impact sur les finances publiques puisque ces retraités aux revenus insuffisants dépendront davantage des programmes destinés aux personnes âgées à faible revenu.

 

Confrontés à une crise des retraites, la plupart des provinces et des syndicats font pression pour que le RPC soit bonifié. Les conservateurs ont toujours résisté. En 2010, par contre, ils étaient heureux de se ranger du côté des provinces pour écarter l’idée de contributions volontaires. Tout le monde jugeait, comme le montraient les études, que ce procédé était inefficace, difficile à mettre en oeuvre et coûteux.

Pourquoi ce virage à 180 degrés maintenant ? Pour la galerie, et rien d’autre, surtout que le gouvernement fédéral ne peut aller de l’avant seul. Il doit s’entendre avec les provinces pour modifier le RPC. Et s’il avait voulu bouger, il aurait fait état de ses intentions dans le dernier budget. Il a plutôt profité de ce dernier pour rendre encore plus généreux les mécanismes volontaires d’épargne, comme le CELI, qui profitent surtout aux mieux nantis.

La résistance conservatrice à toute hausse des contributions obligatoires est purement idéologique. Les conservateurs, et les alliancistes avant eux, disent défendre le libre choix en matière de retraite. En 1997, lorsque le libéral Paul Martin a procédé à une réforme du RPC — après consultations, négociations et accord avec les provinces —, l’Alliance canadienne s’est farouchement opposée à la hausse des contributions obligatoires, une décision qui a pourtant préservé le RPC, comme tout le monde le reconnaît aujourd’hui.

Ces alliancistes devenus conservateurs soutenaient et soutiennent encore que ces contributions sont une taxe. Mais ce n’est pas le cas. Ce sont des économies, forcées peut-être, mais des économies quand même qui ne profitent qu’à la personne qui cotise lorsqu’elle prend sa retraite.

Depuis mardi, les conservateurs pourfendent leurs adversaires en répétant que cette « taxe sur la masse salariale » que préconisent néodémocrates et libéraux risque de nuire à l’économie. Si c’est le cas, pourquoi garder le RPC alors ? Et pourquoi ce même gouvernement maintient-il les cotisations à l’assurance-emploi, dont vous ne bénéficierez peut-être jamais, à un niveau plus élevé que nécessaire ? Ces cotisations sont pourtant une véritable taxe sur la masse salariale.

 

Voici pourquoi. Le gouvernement peut comptabiliser l’excédent de la caisse de l’assurance-emploi dans son propre bilan, ce qui lui permet, cette année et l’année prochaine, d’afficher un surplus. Ce n’est pas le cas du RPC. Bref, il a tout à gagner à gonfler les coffres de l’assurance-emploi, mais pas ceux du RPC.

Le véritable souci des conservateurs est leur propre marge de manoeuvre, pas le fardeau fiscal et le bien-être futur des travailleurs. Sinon, ils imiteraient Paul Martin qui, en 1997, a réduit les cotisations à l’assurance-emploi pour atténuer, sinon effacer, l’effet de la hausse des contributions au RPC sur le chèque de paie des salariés. Le gouvernement actuel ne semble même pas y avoir pensé.

Là encore, la raison est simple. Ce sont avant tout des considérations électorales qui ont poussé les conservateurs à sortir ce lapin de leur chapeau à quelques mois des élections. Sans avoir eu à poser un seul geste concret, ils croient pouvoir se présenter comme les seuls défenseurs des payeurs de « taxes », contrairement au NPD et au PLC, qui préconisent une hausse des contributions obligatoires au RPC.

Les conservateurs veulent aussi se prémunir contre des attaques qui commencent à porter. Les partis d’opposition accusent le gouvernement de privilégier les mieux nantis avec la bonification du CELI, mais de pénaliser les futurs retraités les plus pauvres avec la hausse de l’âge d’admissibilité à la Sécurité de la vieillesse de 65 à 67 ans, une décision que le NPD et le PLC promettent d’infirmer.

Le gouvernement s’en défend, mais à la fin, les gestes parlent plus que les mots.

4 commentaires
  • Pascal Barrette - Abonné 30 mai 2015 05 h 46

    Le dévoiement

    «Le véritable souci des conservateurs est leur propre marge de manœuvre, pas le fardeau fiscal et le bien-être futur des travailleurs». En plein dans le mille, Madame Cornellier!

    Appeler un bas de laine une «taxe», déshabiller les cotisants à l'assurance-emploi pour nipper les bilans, étiqueter les écologistes et enfants-soldats en «terroristes», dépeindre les bandes indiennes protestataires en révolutionnaires, les juristes fédéraux en «bande d'avocats», les fonctionnaires en conspirateurs, les chômeurs en tricheurs, les artistes en «gras durs», les scientifiques en laquais, la cour est pleine, jamais un gouvernement canadien n'a tant lacéré le corps social, jamais n'a-t-il tant défiguré son visage, jamais n'a-t-il tant déchiqueté sa cohésion, jamais n'a-t-il tant dévoyé son respect et sa raison.

    Pascal Barrette, Ottawa

  • Julien Thériault - Abonné 30 mai 2015 09 h 20

    Et le régime volontaire d'épargne-retraite ?

    Modifier le Régime des rentes du Québec (le RPC pour le reste du Canada) pour permettre les contributions volontaires peut paraître politiquement compliqué, injuste et tout ce que vous voudrez, mais vous oubliez de signaler que, au Québec, les employeurs doivent maintenant offrir à leurs employés un régime volontaire d'épargne-retraite et le gérer. Pour les employeurs, il y aura un coût à tout cela. Les institutions financières, les gestionnaires de fonds, eux, se frottent les mains. N'aurait-il pas été plus simple, tous comptes faits, de permettre aux employés de faire augmenter volontairement leurs contributions au régime public ?

    • Sylvain Auclair - Abonné 30 mai 2015 16 h 51

      Bien sûr, mais les gestionnaires de la Caisse de dépôt ne contribuent pas au PLQ...

  • Yves Corbeil - Inscrit 30 mai 2015 09 h 57

    Une solution, le Pays

    On est pris en otage aux deux paliers gouvernementaux qui nous laisse tombé faute de vision des zexperts qui n'ont pas prévu la déconfiture des finances publique avec ce système dépassé et surtout corrompu qu'ils défendent becs et ongles avec leurs recettes d'experts pour les riches et toujours aussi nulles pour la masse.

    Il serait peut-être temps d'y pensé sérieusement à ce donné un vrai Pays à nous.