M. Coderre veut chauffer les trottoirs

La tentation était grande de vous parler de PKP aujourd’hui. J’ai décidé d’attendre un peu pour lui donner le temps de prendre la température de l’eau. Je sais très bien que l’eau n’est jamais très accueillante à l’Assemblée nationale. Ça va me permettre de vous parler du maire Coderre qui, comme tous les autres maires avant lui, a des projets pharaoniques.

Quand la nouvelle est sortie, j’avoue que ça m’a fait rire. Les maires ont tous besoin de gros projets, en plus des petites grenailles qu’ils administrent chaque jour. Leur désir de laisser leurs noms dans l’Histoire les porte à chercher un projet fou, énorme et très coûteux. C’est un classique.

Le maire Drapeau, en son temps, a eu son Stade olympique dont on ne sait toujours pas quoi faire, et le maire Coderre n’allait pas se contenter de réparer des nids de poule. Le projet n’était pas assez gros pour son ambition, pas assez cher non plus et pas assez durable surtout. Récemment, il a plutôt annoncé qu’il allait défoncer la rue Sainte-Catherine, ouvrir les trottoirs et y installer un système de chauffage qui nous permettra de nous croire en Floride au mois de janvier. J’avoue que c’est tentant d’applaudir un tel projet, surtout après l’hiver que nous avons vécu cette année.

Le problème, c’est qu’il n’y aura que la rue Sainte-Catherine qui sera chauffée. C’est loin d’être toute la ville de Montréal, c’est évident. Et c’est dommage. Ailleurs dans la métropole, on va patauger dans la neige en se demandant pourquoi la cueillette n’est pas faite plus rapidement.

En apprenant la nouvelle dans mon journal, je me suis souvenue avoir lu il y a quelque temps un article consacré plutôt à la réfrigération des espaces publics. J’avais trouvé l’article passionnant et, bien sûr, je suis partie à la recherche de mes papiers. Et miracle, je l’ai retrouvé.

L’article a été publié dans Le Nouvel Observateur, en août 2013. Si vous avez l’intention d’aller à Paris cet été, vous pourrez voir de vos propres yeux ce dont je vais vous parler.

À Paris, près du pont Alexandre-III, rive droite, vous découvrirez une dalle de béton de deux mètres de diamètre. Jusque-là, rien de spectaculaire. Mais sous cette dalle, il y a un escalier secret qui conduit à une centrale de climatisation qui a pour nom « Canada » de Climespace, dont on ne voit rien à la surface. La centrale elle-même a cinq niveaux sous terre pour un total de 30 mètres.

Climespace est une entreprise qui a 200 millions d’euros de chiffre d’affaires et c’est une filiale de GDF-Suez qui exploite sept centrales dans la capitale française, dissimulées dans des bâtiments, des parkings, sous les trottoirs ou dans les murs. C’est aussi 140 kilomètres de tuyaux cachés sous les trottoirs ou dans les murs et qui refroidissent cinq millions de mètres carrés de bâtiments publics ou de bureaux.

Ils refroidissent aussi bien l’Assemblée nationale que les Galeries Lafayette ou l’hôtel George-V. Ils ont même le contrat du Musée du Louvre. Une huitième unité et une neuvième sont en construction. Leurs réseaux de froid émettent deux fois moins de CO2 que les climatiseurs individuels, comme ceux qu’on voit presque partout à Montréal.

L’entreprise est déjà implantée à Londres, à Barcelone, à Lisbonne, en Malaisie et à Tianjin, en Chine. Comme nous savons tous que nos politiciens adorent être en mission un peu partout dans le monde, peut-être que les tuyaux de Paris seraient intéressants à visiter au lieu d’aller à Rome comme notre premier ministre s’apprête à le faire.

Surtout, pensons-y, dans un pays comme le nôtre où l’on gèle l’hiver et où l’on crève de chaleur en été, quand on sait que les changements climatiques ne nous épargneront pas, on aurait tort de penser que notre sort va s’améliorer tout seul. Un petit effort de cocologie du côté de nos dirigeants pourrait avoir un certain sens pour les citoyens que nous sommes.

En fait, me suis-je dit, tant qu’à ouvrir la rue Sainte-Catherine, aussi bien tout prévoir. Le chaud pour l’hiver et le froid pour l’été, le rêve de tout bon Québécois civilisé.

Le vrai problème, c’est ce que l’entreprise va finir par nous coûter. L’expérience du Stade olympique nous a laissé un goût amer dans la bouche. Je me pose la question. Est-ce un projet qu’on pourrait confier à Hydro-Québec ? C’est vrai qu’ils font plus dans les pylônes et qu’ils n’ont jamais été très excités par l’idée d’embellir nos paysages en mettant sous terre les pylônes et les fils électriques. Trop compliqué, trop cher, trop de trouble. J’ai l’impression que tout finit de plus en plus comme ça chez nous. L’avenir est à l’austérité, que voulez-vous, et on nous a tellement répété qu’on était nés pour un petit pain !

10 commentaires
  • Diane Gélinas - Inscrite 22 mai 2015 02 h 13

    La thermo-pompe aura la cote !!!

    Chère Madame Payette,

    Quelle idée de planifier chauffage et climatisation simultanément !
    Enfin, on parle «des vraies affaires».
    Ça prenait bien le sens pratique d'une femme pour y penser !

    De plus, ça nous changera des politiciens qui soufflent le chaud et le froid !

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    P. S. J'ignore qui a eu l'idée d'insérer une pub de Subway montrant un jeune homme qui s'apprête à entamer un énorme sandwich... à la suite de votre article qui se termine par : «... et on nous a tellement répété qu’on était nés pour un petit pain !»

    Cette pub serait-elle une allégorie du Québécois et de la Québécoise qui ont perdu leurs complexes d'infériorité ? Quelle heureuse coïncidence !

    • Nicole D. Sévigny - Abonnée 22 mai 2015 17 h 17

      C'est que maintenant pour pouvoir maintenir à flot Le Devoir, il nous faut accepter ces publicités.... parfois et souvent ...!!!!!!(qualificatif de votre choix)
      La cause et l'effet.

  • Denis Marseille - Inscrit 22 mai 2015 06 h 23

    C'est odieux (CO2)

    « Leurs réseaux de froid émettent deux fois moins de CO2 que les climatiseurs individuels, comme ceux qu’on voit presque partout à Montréal.»

    Pourriez-vous me dire comment un moteur électrique peut dégager du CO2?

    • Sylvain Auclair - Abonné 22 mai 2015 10 h 27

      Bien que la plus grand part de l'électricité mondiale soit produite en brûlant du pétrole ou du charbon, Mme Payette parlait peut-être ici de chlorofluorocarbures (CFC), qui sont tant des gaz à effet de serre que des gaz détruisant la couche d'ozone.

    • Denis Marseille - Inscrit 22 mai 2015 15 h 20

      @ M.Auclair

      Premièrement, les CFC ne sont plus utilisés en climatisation depuis au moins 20 ans. On parle maintenant d'halocarbure et les systèmes sont dotés de système de détectiuon de fuites.

      Deuxièmement, Au Québec, nous utilisons l'hydroélectricité et nous pouvons en être fier.

      Troisièmement, je ne savais pas que vous aviez accès aux pensées de madame Payette. D'ailleurs, elle devrait s'en tenir aux sujets qu'elle connait au lieux de dire des faussetés.

    • Nicole D. Sévigny - Abonnée 22 mai 2015 17 h 38

      @m. marseille Chercher des poux...parce qu'on n'est pas du même bord politiquement je trouve ça très...vilain... ouf! j'ai failli dire...n'oubliez pas
      que GDF veut dire Gaz de France... spécialisé dans le transport et distribution de gaz naturel...( maintenant depuis le 24 avril 2015 GDF-Suez est devenu ...ENGIE )

  • Robert Beauchamp - Abonné 22 mai 2015 08 h 20

    Le 15 m

    Le 15 m c'est le 15 minutes de gloire quotidien qui oxygène les populistes narcissiques. Rien de mieux qu'un projet même farfelu pour devenir le centre d'un quelconque intérêt. Plus ils déplacent de l'air (même chaud) ça donne l'impression qu'il sont toujours en action. Mais ce n'est que du surplace devant la caméra.

  • J-F Garneau - Abonné 22 mai 2015 13 h 20

    Pendant que vous riez...

    Quelqu'un pourrait aviser Mme Payette que plutôt que de casser du sucre sur le dos de M. Coderre, elle pourrait regarder ce qui se fait dans le monde en la matière.
    Plusieurs villes des pays Scandinaves ont implanté des systèmes de trottoirs chauffants sur les artères commerciales majeures. Oslo en Norvège, Lulea en Suède pour n'en nommer que deux.

    L'utilisation de chaleur résiduelle des eaux usées ou d'autres sources de chaleur peuvent être utilisées.

    Cette approche (effectivement pas généralisée à TOUTES les rues de la ville) permet cependant de réduire les encombres de l’hiver en encourageant la vie commerciale urbaine et animée, sur les rues commerciales principales, en encourageant les piétons à utiliser les artères commerciales de la ville (plutôt que les centres commerciaux de banlieue).

    Dans d’autres villes Scandinaves, des “îlots de chaleur”, zones chauffées ponctuelles, permettent aux piétons de petits oasis plus chaud, rendant la promenade hivernale plus agréable.

    Tant qu'à refaire la rue, j'aimerais bien voir l'ingéniosité québécoise trouver des solutions novatrices, et incluses dans une approche de développement durable, à notre climat et notre spécificité.

    J'aime mieux l'approche de M. Coderre qui est conscient des dangers qui guettent la vie du centre-ville, et la viabilité de ses commerces et de sa vie urbaine, en explorant des avenues intéressantes, que l'attitude de Mme Payette qui préfère s'en moquer.

  • Pierre M de Ruelle - Inscrit 22 mai 2015 14 h 44

    C'est chaud c'est chaud!

    Ce sujet brulant échauffe les esprits.... Mais va t il avoir comme effet de concencentrer les SDF dans ces lieux plus hot?