Éloge du papier

C’est un peu comme de la philosophie venue d’en bas, des générations montantes, à destination des générations futures.

Mardi matin, le Planétarium de Montréal va sceller, dans une capsule temporelle à destination de 2050, le regard posé sur le futur de 25 élèves d’écoles primaires sélectionnés un peu partout au Québec. Vingt-cinq textes qui exposent du haut de leur 11-12 ans une autopsie amusante et parfois lucide du présent par projection dans l’avenir avec, étrangement, une préoccupation pour le papier, dont la mort, à les écouter, est loin d’être parfaitement programmées.

« J’aime la science et la technologie », écrit Virginie Houle, de Jonquière, dans l’une des lettres imprimées sur du papier pour être enchâssées dans la boîte. « J’utilise moi-même l’ordinateur, le baladeur et la tablette électronique. » Mais, « je serais triste de constater que les livres en papier [ont] tous [été] remplacés par des livres numériques », dit-elle au Québec de 2050.

« Il y a beaucoup d’objets qui pourraient être améliorés, mais on en a tous au moins un que l’on ne voudrait pas qu’il change dans le futur, n’est-ce pas ? Les miens, ce sont les livres », écrit Ludovic Brillon, de Varennes. « Il faut préserver les livres en papier, ajoute Flore Lavoie, de Saint-Félicien, car avec une tablette de lecture électronique, nous n’avons pas l’odeur du papier et sa texture ». « Rien ne peut remplacer la beauté d’un livre, le calme qu’il procure et l’odeur qu’il dégage », complète Virginie.

Rassurant

Même s’il n’est question que de livres et à aucun moment de journaux — que cette génération s’attend visiblement à rencontrer dans des formats moins matériels —, la défense de l’objet qui, à l’image d’une capsule temporelle, permet de voyager sans bouger a un petit quelque chose de rassurant.

Une décennie d’existence suffit parfois pour mettre de la perspicacité dans l’air. Plusieurs de ces jeunes témoins du présent sélectionnés pour partager leur réflexion sur le ici-maintenant et leur vision d’avenir avec de lointains parents en témoignent d’ailleurs. Et pas seulement lorsqu’il est question de fétichisme et de papier…

« La chose que je voudrais que les humains conservent durant leurs années d’existence prochaines, les relations humaines, dit avec les mots qui sont les siens Victor Gagnon, de Québec. Je ne veux pas que les gens soient si absorbés par leur vie virtuelle qu’ils en oublient de parler avec des mots à leurs proches. »

Charles Gagnon, de Trois-Rivières-Ouest croit pour sa part qu’en 2050 les gens vivront mieux qu’aujourd’hui, mais il met également cet avenir en garde. « Il faudrait conserver le plaisir de faire de l’activité physique, écrit-il. Il faudrait aussi garder notre créativité comme dessiner, peinturer, jouer de la musique, jouer dehors… On dirait que de plus en plus que la technologie avance, de moins en moins nous bougeons. La vie est trop courte pour ne rien faire ! »

La tonalité est reprise par Roxanne Archambault, de Rouyn-Noranda, qui ajoute : « Je souhaite que vous, les jeunes qui vivrez en 2050, n’oubliiez pas la vraie vie, c’est-à-dire celle qui n’est pas sur votre ordinateur ou sur d’autres appareils électroniques », pose-t-elle sur le papier à destination du futur. « La technologie peut vraiment être amusante, mais je pense qu’il faut garder un certain équilibre entre la vie réelle et la vie virtuelle afin de ne pas dépendre d’un système informatique. » La sagesse, de toute évidence, n’est pas le privilège du troisième âge.

Entre rêve et réalité

Le projet de capsule temporelle, piloté par le Planétarium avec la complicité du ministère de l’Éducation, a été baptisé « 2050, entre le rêve et la réalité ». Il aurait pu également être nommé discrètement « psychanalyse du présent à l’attention des générations futures » qui au contact de ces lettres vont se retrouver en présence, certes, d’ancêtres préoccupés par l’environnement et la pollution, « que la technologie devrait toutefois réussir à déjouer », croit Xavier Gaudreault, de Mascouche, qui fait confiance aux progrès de la médecine et même de l’économie qui rendront la « vie plus paisible », estime Laetitia Taïrou-Lemieux tout en précisant qu’elle aura 48 ans en 2050, mais également d’ancêtres bien clairvoyants sur les freins à l’avancement envisagé.

Pour eux, ces entraves au progrès semblent tenir, paradoxalement, dans quelques-unes de ses composantes : le culte de l’instant et l’urgence d’exister qui transforment les réseaux sociaux en gouffre — et sans doute quelques-uns de leurs parents en zombie, particulièrement à l’heure des repas —, l’obsession d’une dématérialisation, dont le caractère irraisonné devient forcément un peu plus perceptible avec un regard distant… Comme celui d’un enfant.

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1 commentaire
  • Yvon Bureau - Abonné 30 mars 2015 21 h 11

    Utilité et solidarité

    Se sentir utile. Être en solidarité.

    Voilà ce qui nourrit bien notre cerveau reptilien, qui sera encore présent dans les cerveaux de nos jeunes ! Je leur souhaite, car source de bien des santés.

    Merci Fabien pour cet article. Fort inté!

    Et si on demandait cela au 41-42 ans ..., se voyant comment dans leur 3/4 de siècle !