Que faire alors que le chaos menace le Moyen-Orient?

Des chrétiens d’Irak se reposant, le 7 août, dans l’église Saint-Joseph du village kurde d’Arbil aprés avoir fui les violences de leur village.
Photo: Safin Hamed Agence France-Presse Des chrétiens d’Irak se reposant, le 7 août, dans l’église Saint-Joseph du village kurde d’Arbil aprés avoir fui les violences de leur village.

Dans un appel dramatique, le pape François demande aux évêques et aux fidèles catholiques de prier pour la paix, et en particulier pour les chrétiens du Moyen-Orient. Des communautés millénaires sont en train de disparaître, en effet, de cette région du monde. Bien avant déjà, Jean-Paul II s’était opposé à la guerre en Irak, dont l’actuelle catastrophe politique et humanitaire était prévisible. Or, les Églises, pressées d’aider les victimes, sont divisées sur l’aide à leur apporter, alors que le chaos menace la région.

 

D’un côté, l’épiscopat catholique de France craint qu’en offrant des visas aux réfugiés chrétiens, l’on contribue à les déraciner. De retour d’Irak, Mgr Pascal Gollnisch voudrait que la première urgence soit de les aider « dans leur pays ». L’annonce du gouvernement, a-t-il fait valoir, « crée plus de problèmes qu’elle n’en résout ». Au reste, les chrétiens ne sont pas les seuls à subir la « purification » menée par les djihadistes. Mais comment croire que l’emprise de ces « gangs », comme dit Mgr Gollnisch, « ne durera pas » ?

 

D’un autre côté, en Grande-Bretagne, l’Église anglicane demande au gouvernement d’offrir un refuge aux milliers de chrétiens qui fuient le nord de l’Irak. Plusieurs évêques jugent sévèrement l’intransigeance de David Cameron, le premier ministre : le pays trahirait ses « obligations morales et historiques », croient-ils, en les abandonnant à leur sort après avoir envahi l’Irak de Saddam Hussein, aujourd’hui au bord de l’effondrement.

 

L’implosion du Moyen-Orient, en effet, n’est pas qu’un résultat de la politique immorale de Washington. C’est un héritage historique de la Première Guerre mondiale et du partage de l’Empire ottoman par les vainqueurs de Paris et de Londres. Le président Barack Obama s’en tient désormais à des secours humanitaires et à des frappes aériennes. Mais Londres, estime John Inge, l’évêque de Worcester, doit honorer la tradition d’accueil envers les opprimés.

 

Toutefois, la venue massive de réfugiés, fussent-ils chrétiens, risque d’être mal accueillie en Europe, où les partis hostiles à l’immigration ont gagné du terrain, mais aussi aux États-Unis, où la migration latino-américaine est devenue un enjeu toxique. Mais qu’en sera-t-il au Canada, terre d’immigration encore aujourd’hui, mais où l’accueil de réfugiés a longtemps fait l’objet de politiques contradictoires, quel que soit le parti au pouvoir ?

 

À l’appel du pape, les évêques catholiques du Canada se sont mis en prière pour les communautés frappées par cette grave crise. D’après Radio-Vatican, quelques diocèses invitent également les catholiques et d’autres citoyens à presser leurs députés d’exiger d’Ottawa d’en faire une « priorité ». Aide d’urgence et reconstruction, croit-on, rendraient plus acceptable aux communautés du pays l’acceptation de réfugiés. Mais les diocèses catholiques sont-ils disposés à en accueillir ?

 

À Vancouver, une vigile, au début d’août, invitait catholiques, protestants et non-chrétiens à venir prier pour la paix en Irak, en Syrie, en Israël, en Palestine et ailleurs au Moyen-Orient, ainsi qu’en Ukraine et en Russie. À Québec, une messe spéciale sera célébrée le 17 août en solidarité avec les chrétiens d’Irak et avec les gens vivant ailleurs dans la violence et la guerre. Le diocèse de Hamilton organisera aussi une célébration le 4 octobre, fête de François d’Assise, saint patron du pape.

 

Depuis trois ans, les catholiques de Toronto ont parrainé 820 réfugiés du Moyen-Orient, des chrétiens d’Irak, mais d’autres gens persécutés aussi. Ils sont invités par leur archevêque, le cardinal Thomas Collins, à en accueillir encore davantage. Le cardinal demande au gouvernement fédéral non seulement d’accorder plus de place pour ces exilés, mais aussi d’enlever « les obstacles bureaucratiques » à leur accueil. D’autres évêques voudront sans doute donner asile aux persécutés.

 

Selon le Programme de parrainage de l’archidiocèse de Toronto, un groupe de cinq personnes ou une organisation comme une paroisse ou autre institution religieuse détenant une entente avec Ottawa peut prendre en charge un réfugié. Mais la définition de réfugié ne s’applique pas aux gens qui sont encore dans leur pays. Quiconque refuse dans « l’État islamique » de se convertir n’échappe à la mort qu’en fuyant.

 

Quand des communautés entières se déplacent dans leur propre pays, elles ne sont pas « réfugiées » au sens strict. Et quand des milliers de personnes sinon des millions traversent la frontière, elles sont à la merci des autorités en place. Aucune Église ou autre institution caritative ne peut décider de leur sort. Parquées dans des camps, ces populations dépendent de la communauté internationale et des gouvernements qui ont les moyens d’intervenir.

 

Au Moyen-Orient, on ne compte plus les populations déplacées, laissées vulnérables, exploitées par des groupes internes ou des forces extérieures. La Palestine occupée, le Liban soumis aux soubresauts voisins, la Jordanie et ses réfugiés d’hier et d’aujourd’hui, la Syrie en pleine guerre confessionnelle affrontent des problèmes que ni l’exil ni la violence ne sauraient prévenir ou résoudre. Des mesures d’urgence humanitaire s’imposent, mais ne sauraient endiguer le chaos.

 

Au Canada, un cabinet conservateur choisit pourtant de favoriser des questions cruciales en fonction d’électorats et d’intérêts particuliers. Il en résulte que des communautés d’ici en sont à s’affronter sur la place publique. À quand donc une vraie conscience internationale dans les médias et chez les électeurs du pays ?


Jean-Claude Leclerc enseigne le journalisme à l’Université de Montréal.

5 commentaires
  • michel lebel - Inscrit 11 août 2014 11 h 51

    Et les évêques du Québec?

    Quand les évêques du Québec, dont l'archevêque de Montréal, interviendront-ils à la défense des minorités chrétiennes et autre persécutées au Moyen-Orient! Ils me paraissent beaucoup trop silencieux. Ce silence apparent a assez duré!

    Michel Lebel

    • François Dugal - Inscrit 11 août 2014 18 h 27

      Suivons le conseil du Pape François: "oremus" (prions)

  • Pierre Bernier - Abonné 11 août 2014 12 h 11

    Tour d'horizon incomplet ?


    Au fait, y a-t-il dans le monde des voix mulsulmanes qui se font entendre pour défendre les chrétiens d'Iraq ?

    • François Dugal - Inscrit 11 août 2014 18 h 28

      La réponse à votre question est négative.

  • Jean-Pierre Audet - Abonné 11 août 2014 13 h 08

    Que faire, en effet...

    Comment réagir sans prendre parti pour les uns contre les autres ? Cela fait un siècle que l'Occident est impliqué dans les troubles au Moyen-Orient. Faut-il intervenir davantage ? Ou, au contraire, les laisser s'entretuer ? En accueillir davantage, ou, au contraire, laisser s'établir là-bas un nouvel équilibre ethnique et religieux, comme plusieurs souhaitent pour les populations animales. Mais les humains d'ailleurs ne nous tiennent-ils pas à coeur ? Condamner les islamistes qui tuent à qui mieux mieux ceux qui ne partagent pas leur idéologie ? Mais Israël alors, ses tueries de civils pourraient-elles être qualifiées, comme faisait Jules César chez les Gaulois, de pacification ? Même écrire sur ces sujets brûlants est devenu une course à obstacles. Un humain est un humain, quelle que soit son idéologie. Et, côté raisons de prendre parti, les arguments fusent d'un côté comme de l'autre. Comme dirait le pape François, il reste la prière.