Deux dans un

Tous ceux qui le connaissent en témoignent sans détour : Luis Alberto Suárez est un sacré bon gars. Affable, dévoué, généreux de son temps auprès des oeuvres de charité, sympathique, poli, bref la totale.

 

Ça, c’est à l’extérieur des terrains de foot. Car quand l’attaquant uruguayen franchit la ligne de touche et entre sur la pelouse, la bête se déchaîne. Teigneuse, hargneuse, impétueuse, transportée par la rage de vaincre. Cela peut donner des résultats proprement glorieux, comme ces deux buts pour moucher l’Angleterre. Cela peut aussi provoquer la consternation, comme cette morsure à l’épaule de Giorgio Chiellini qui vient d’inciter la FIFA à imposer une très, très lourde sanction.

 

Les images de l’agression ont fait le tour de la planète et ont pratiquement relégué à l’arrière-plan ce qui fut sans doute la phase de groupes la plus relevée et la plus spectaculaire de l’histoire de la Coupe du monde. Prophétique, le magazine Sports Illustrated se demandait justement, dans un reportage publié juste avant le tournoi, lequel des « V » associés à Suárez allait surgir : le Victorieux, meilleur buteur du championnat d’Angleterre la saison dernière, qui serait peut-être même capable d’emmener son pays jusqu’au titre mondial, ou le Vilain, celui qui avait déjà été suspendu deux fois pour avoir plongé les dents dans un joueur adverse, pour propos racistes aussi ? On tient maintenant la réponse : les deux, et le premier ne pourra de toute évidence pas assurer la rédemption de l’autre.

 

Depuis l’incident, une armée de psys et autres sondeurs de l’âme humaine a été appelée en renfort : comment un individu peut-il déployer deux personnalités aussi opposées ? Les réponses font dans la conjecture et vont un peu dans tous les sens, mais une chose est certaine : Suárez l’a dit lui-même, ses emportements font qu’il est le grand joueur qu’il est devenu. Sans cette ferveur démesurée, il ne serait qu’un compétiteur ordinaire. Certes, cela lui a attiré des problèmes alors qu’il a dépassé les bornes. Mais il jurait encore récemment que tout cela relevait du passé, qu’il avait changé et qu’il voulait se débarrasser de cette image de mauvais garçon qui lui colle aux basques. Le moins que l’on puisse dire, c’est que ce n’est pas particulièrement réussi.

 

Quant à l’ampleur de la punition, neuf matchs internationaux et quatre mois à l’écart — il est interdit de stade, ce qui signifie qu’il ne pourra même pas assister au match de samedi de la Celeste depuis les gradins —, la communauté footballistique a semblé s’entendre pour dire que Suárez méritait d’être réprimandé, mais pas aussi raide. Son statut de multirécidiviste n’a manifestement pas servi sa cause.

 

Mais si à quelque chose malheur est bon, tournons-nous du côté de… la Suède. Le preneur aux livres de Stockholm Betsafe a en effet annoncé que 167 personnes situées dans une vingtaine de pays avaient parié sur le fait que Suárez allait mordre quelqu’un pendant la Coupe du monde. La cote proposée était de 175 contre 1 et les gains des pronostiqueurs se sont élevés à 50 000 euros.

 

C’est dingue, parfois, tout ça.